ECLAIRAGE-Les minorités irakiennes dans l'angoisse de l'après-Mossoul

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    par Babak Dehghanpisheh et Michael Georgy 
    ALKOSH, Irak, 19 octobre (Reuters) - La reconquête 
programmée de la ville de Mossoul, tombée aux mains du groupe 
Etat islamique (EI) en 2014, ne changera rien au sort des 
nombreuses minorités qui vivent aujourd'hui en Irak. 
    C'est du moins l'avis de Behnam Abbouch. 
    A la tête d'une force paramilitaire d'environ 300 hommes, 
tous Assyriens, il promet de protéger les villages chrétiens des 
environs de Mossoul. Sans compter sur l'aide de quiconque, et 
surtout pas des troupes gouvernementales irakiennes. 
    Les autorités de Bagdad assurent que l'offensive lancée 
lundi pour chasser l'EI de Mossoul est une étape décisive vers 
le rétablissement de la sécurité dans un pays en proie à 
d'incessantes violences à caractère confessionnel. 
    Mais Behnam Abbouch n'a pas confiance. Et se fonde sur ce 
qu'il s'est passé il y a deux ans. 
    Le 6 août 2014, deux mois après la chute de Mossoul aux 
mains des djihadistes de l'EI, les Kurdes stationnés dans la 
ville de Karakosh ont tout d'un coup annoncé leur départ. 
    Nombre des 55.000 habitants de la ville parvinrent à 
s'enfuir avant l'arrivée des djihadistes mais Behnam Abbouch dit 
que cet épisode illustre bien le fait qu'en Irak les minorités - 
Chrétiens, Turkmènes, Yazidis ou encore Chabak - ne doivent 
compter que sur elles-mêmes pour leur avenir. 
    "Les Kurdes nous ont dit, on va vous protéger. Et puis à 
22h30, ils nous annoncent 'on s'en va'. Ça a été très difficile, 
en particulier pour les femmes et les enfants", se souvient-il. 
     
    "FORCE DE PROTECTION" 
    Ingénieur de formation, Behnam Abbouch est aujourd'hui le 
"général" d'une force assyrienne basée à Alkosh, à une 
cinquantaine de kilomètres de Mossoul.  
    Ses hommes ont reçu des armes du gouvernement central, mais 
seulement la moitié de la quantité promise, et comptent sur des 
dons de familles chrétiennes irakiennes vivant à l'étranger. "Si 
le gouvernement central était fort, on n'aurait besoin de rien. 
Mais si vous voulez régler les problèmes, il faut une force de 
protection", dit-il.  
    A Bagdad, Khisro Goran, un député kurde du Parlement 
irakien, explique que les peshmergas s'étaient retirés de 
Karakosh en 2014 parce qu'ils n'étaient pas suffisamment armés 
face aux hommes de l'EI.  
    Mais il partage l'opinion de Behnam Abbouch. "Je suis 
d'accord, les minorités devraient avoir leur propre force de 
police, c'est en fait le moyen idéal de résoudre cette question 
de la confiance", dit-il. 
    Ce n'est pas l'avis de l'armée irakienne. A Bagdad, un 
porte-parole fait remarquer que les autorités ne peuvent pas 
modifier sans cesse le budget de la défense pour s'aligner sur 
les besoins de minorités qui varient constamment. 
    Le gouvernement, assure-t-il répétant la ligne officielle, 
est "soucieux d'offrir son soutien à tous ceux qui combattent 
Daech". 
     
    CRAINTES DE GÉNOCIDE 
    A Erbil, capitale du Kurdistan autonome, la défiance envers 
le gouvernement central est aussi perceptible. 
    Le père Salim Saka invite dans ses sermons à oeuvrer pour la 
concorde nationale et l'harmonie entre toutes les communautés. 
Mais en privé, le discours est tout autre. "Cela fait deux ans 
que le gouvernement nous dit, on va libérer Mossoul. Ce ne sont 
que des mots. Il ne peut pas y avoir d'harmonie. On n'est pas 
acceptés. On se sent exclus", dit-il. 
    Autre minorité dont le sort a empiré dans les secteurs 
tombés sous l'emprise de l'EI, les Yazidis sont convaincus, eux 
aussi, qu'ils ne peuvent compter que sur eux-mêmes. 
    Des enquêteurs mandatés par l'Onu estiment que l'EI s'est 
rendu coupable de crime de génocide contre les Yazidis d'Irak et 
de Syrie. Les membres de cette communauté sont considérés comme 
des infidèles par les djihadistes sunnites de l'EI et à ce titre 
persécutés. 
    Une milice yazidie, les Unités de résistance de Sindjar 
(YBS), dit ne jouir que d'un soutien partiel du gouvernement 
central. Pourtant, ses hommes font partie des Forces de 
mobilisation populaire (FMP), milice chiite entraînée par l'Iran 
mais qui a un statut officiel reconnu à Bagdad. 
    Les YBS comptent 2.700 hommes mais un millier seulement 
d'entre eux reçoivent un salaire de Bagdad, dit leur commandant, 
Saeed Hassan. 
    Pour Haji Hassan, un civil qui travaille dans  
l'administration des YBS, "l'immense majorité des Yazidis 
souhaitent un statut d'autodétermination sous protection 
internationale. On a zéro confiance dans l'administration 
provinciale. Ils nous maltraitaient même avant que Daech 
arrive". 
    A Erbil, un camp de personnes déplacées, sorte de bidonville 
situé juste à côté d'une hôtel cinq étoiles, abrite des Yazidis 
qui vivent essentiellement de la générosité de membres de leur 
communauté. 
    "Les Yazidis sont seuls", constate Ali Khalaf, qui vivote de 
petits boulots. "Même si l'Etat islamique est chassé de Mossoul, 
ce qu'on veut c'est une force internationale pour nous protéger 
des risques de génocide".   
     
    VOIR AUSSI 
    LE POINT sur la bataille de Mossoul:   
 
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LE POINT sur la bataille de Mossoul      
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 (Gilles Trequesser pour le service français) 
 
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