ECLAIRAGE-Le voyage de Kerry à Moscou provoque l'agacement à Washington

le , mis à jour à 12:29
2
 (Actualisé avec les informations du Washington Post §5-6) 
    par Yara Bayoumy et John Walcott 
    WASHINGTON, 14 juillet (Reuters) - La visite, jeudi à 
Moscou, du secrétaire d'Etat John Kerry, qui cherche à améliorer 
la coopération entre les Etats-Unis et la Russie dans la lutte 
contre le groupe Etat islamique, provoque des grincements de 
dents à Washington.  
    Ce déplacement dans la capitale russe, le deuxième du chef 
de la diplomatie américaine cette année et le troisième en douze 
mois, intervient dans un contexte de fortes tensions entre les 
deux puissances, illustré ces dernières semaines par des 
expulsions réciproques de diplomates, des incidents impliquant 
la chasse russe et l'armée américaine et le bombardement par 
Moscou en Syrie des rebelles soutenus par Washington.  
    La crise ukrainienne et la stratégie de l'Otan pèsent 
également sur les relations entre les deux anciens ennemis de la 
Guerre froide.  
    John Kerry semble toutefois toujours espérer une 
collaboration plus étroite avec la Russie, ce qui laisse 
sceptiques de nombreux responsables gouvernementaux selon qui 
Washington n'a aucune stratégie face aux défis que la politique 
de Moscou représente en Europe et en Syrie. 
    Selon le Washington Post, les Etats-Unis proposent 
d'accroître sensiblement leur coopération militaire et leur 
partage de renseignements avec la Russie pour identifier et 
frapper les centres de commandement du Front al Nosra et de 
l'Etat islamique en Syrie, ainsi que les camps d'entraînement et 
les routes de ravitaillement des deux organisations djihadistes. 
   
    L'extension de cette coopération évoquée dans un document 
que publie le quotidien représenterait un tournant majeur dans 
les relations entre Washington et Moscou.      
    "Je ne vois pas trop pour quelle raison le secrétaire d'Etat 
pense qu'il va pouvoir rallier les Russes aux objectifs du 
gouvernement américain en Syrie", confie un responsable des 
services de renseignement.  
    "Il ignore le fait que les Russes et leurs alliés syriens ne 
font pas de distinction entre le fait de bombarder l'Etat 
islamique et de tuer les membres de l'opposition modérée, y 
compris des gens que nous formons", poursuit-il. "Pourquoi 
partager des renseignements avec eux ?" s'interroge-t-il.  
     
    "LA POLITIQUE RUSSE S'APPUIE SUR DES VALEURS"  
    Les responsables des agences de renseignement sont d'autant 
plus furieux contre cette politique d'ouverture envers Moscou 
qu'ils accusent la Russie d'avoir bombardé cette semaine deux 
camps en sachant qu'ils abritaient des rebelles soutenus par les 
Etats-Unis, ou leurs familles.  
    Ces camps, disent-ils, se trouvent dans un no man's land à 
la frontière syro-jordanienne, très loin de l'armée syrienne ou 
des djihadistes de l'Etat islamique, et ils ont été délibérément 
attaqués.  
    D'autres responsables jugent naïf de croire que les Russes, 
même s'ils disent chercher une solution négociée au conflit 
syrien, ont un objectif compatible avec celui des Etats-Unis ou 
de leurs alliés européens et arabes.  
    "Les Russes veulent un règlement qui maintiendra au pouvoir 
le président Bachar al Assad ou un remplaçant acceptable", 
commente un responsable du Pentagone. "Le président dit qu'Assad 
doit partir et nos alliés, en particulier les Saoudiens, en font 
une position de principe. En fait, ils n'arrêtent pas de nous 
demander pourquoi nous faisons ami-ami avec Moscou." 
    Dans une interview diffusée jeudi par la chaîne américaine 
NBC News, Bachar al Assad assure que la Russie ne lui a jamais 
demandé de quitter le pouvoir.  
    "Ils n'ont jamais dit un seul mot à ce propos", déclare 
l'homme fort de Damas en réponse à une question sur la 
transition politique en Syrie, où la guerre fait rage depuis 
2011. Le président syrien ajoute qu'il ne croit pas à la 
perspective d'un accord entre Moscou et Washington pour le 
contraindre à céder son poste. "Parce que la politique russe ne 
consiste pas à passer des accords mais s'appuie sur des 
valeurs", explique-t-il.  
     
    INCIDENT DIPLOMATIQUE 
    Justifiant le voyage à Moscou de John Kerry, le porte-parole 
du département d'Etat Mark Toner a déclaré qu'il s'agissait pour 
le secrétaire d'Etat de tenter une nouvelle fois de persuader 
Moscou de s'investir dans un processus pouvant conduire à une 
cessation des hostilités sur tout le territoire syrien. 
    "Il y a des domaines concernant la Syrie et les moyens de 
régler le conflit sur lesquels nous sommes d'accord", a souligné 
le porte-parole. "Même si nous avons conclu ces accords globaux, 
nous n'en avons pas constaté la réalité sur le terrain", a-t-il 
cependant reconnu.  
    Au sein même du département d'Etat, certains se demandent 
pourquoi leur patron prend la peine de se rendre à Moscou, où il 
s'entretiendra jeudi avec le président Vladimir Poutine puis 
vendredi avec son homologue Sergueï Lavrov, alors que les 
tensions entre les deux pays viennent encore d'être illustrées 
par l'arrestation puis l'expulsion de Jeff Shell, président du 
conseil des gouverneurs de l'US Broadcasting, qui supervise 
Radio Free Europe et d'autres organes d'information américains. 
    Jeff Shell, qui disposait d'un passeport et d'un visa 
valides, a été interdit d'entrée mercredi à l'aéroport de 
Moscou-Cheremetevo et retenu plusieurs heures dans une pièce 
fermée avant de reprendre un avion à destination d'Amsterdam. 
    La Russie lui a fait savoir qu'il était banni à vie du 
territoire russe car il figure sur une liste noire en tant que 
"l'un des organisateurs de la propagande anti-russe, financé par 
le budget américain".  
    "Je pense très franchement que la visite (de Kerry) résume 
le caractère confus de la politique américaine envers la 
Russie", estime Heather Conley, directrice pour l'Europe du 
Center for Strategic and International Studies à Washington. 
    "C'est dépenser beaucoup de capital politique que d'envoyer 
le secrétaire d'Etat (à Moscou) sans avoir une idée claire de 
ses objectifs." 
 
 (Jean-Stéphane Brosse pour le service français) 
 
Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
  • charleco le jeudi 14 juil 2016 à 13:43

    Les USA parlent un double langage alors que la Russie ne varie pas d'un iota. La position de la Russie est claire, les USA sont toujours retors et menteurs, ils reportent tous les problèmes sur la Russie.

  • M6426934 le jeudi 14 juil 2016 à 10:02

    C'est du obama ........ yes we can ne fait pas un programme ;voir chez nous :je suis l'ennemi de la finance !! des paroles qui sont du vent !!