ECLAIRAGE-Le rally des Bourses européennes s'essouffle, craintes de déception au G20

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* Un rebond de plus de 12% en 10 jours fondé sur des espoirs

* Interrompu par des déclarations allemandes qui refroidissent l'enthousiasme

* Consolidation attendue dans des marchés encore très fragiles

par Juliette Rouillon

PARIS, 17 octobre (Reuters) - Le rally boursier constaté depuis début octobre, qui s'appuie largement sur le sentiment que l'Europe s'est enfin engagée vers la mise en place de solutions durables à la crise de la dette, semble s'essouffler dans la crainte que les annonces promises d'ici début novembre ne soient pas à la hauteur des espoirs.

Le ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble, qui a prévenu lundi que le sommet européen du 23 octobre ne produirait pas de solution définitive à la crise de la dette en zone euro, a refroidi l'enthousiasme sur les marchés.

Vers 16h30, l'indice CAC 40 .FCHI et l'EuroStoxx 50

.STOXX50E , qui évoluaient encore dans le vert en matinée après un G20 Finances jugé plutôt prometteur samedi, perdaient tous deux environ 1,6% à la suite de ces déclarations.

Notant que la hausse de plus de 12% observée en 10 jours est essentiellement fondée sur des espoirs et s'est faite dans des volumes limités, ce qui laisse la porte ouverte à de grandes déceptions au moment des annonces, des investisseurs n'excluent pas des rechutes des marchés dans les semaines à venir.

"La réunion des ministres des Finances du G20 ce week-end a confirmé les espoirs du marché concernant la mise en place rapide d'un plan de sortie de crise", résume Franklin Pichard, directeur de Barclays Bourse France.

"Les politiques n'ont pas le droit à l'erreur en termes de communication. La moindre déception se traduire par une réaction violente à la baisse sur des marchés actions."

Les acheteurs tablent sur les annonces qui seront faites à l'issue du sommet du G20 des 3 et 4 novembre à Cannes : renforcement de la capacité du Fonds européen de stabilité financière (FESF), recapitalisation des banques européennes, réponses à la situation financière pire que prévu de la Grèce et réforme de la gouvernance européenne. (voir ID:nL5E7LF0GA )

"Bien que nous ayons une vision constructive à long terme de l'évolution du risque souverain en zone euro, les difficultés politiques à prévoir avant d'arriver à une solution définitive nous assurent que la route reste cahoteuse sur les marchés", estime cependant BNP Paribas Investment Partners.

Le groupe de gestion, qui a profité du rebond pour passer à sous-pondérer sur les actions, n'exclut pas "de nouvelles chutes des cours, comme nous en avons eu cet été semblent possibles".

ING Investment Management reste également sur la défensive, avec une position "sous-pondérée" sur les marchés d'actions en Europe, ainsi que sur les valeurs financières et cycliques.

Son stratégiste actions Patrick Moonen met surtout en avant les incertitudes qui planent, non seulement sur la taille du programme de recapitalisation des banques mais aussi sur les résultats trimestriels, qui pourraient eux aussi décevoir avec le ralentissement économique et la volatilité des changes.

"Le mois d'octobre a démarré sur un rally (...) fondé sur des espoirs et prises de positions, mais peu de faits", dit-il.

Les stratégistes sur les marchés de taux de la Société générale estiment eux aussi que "les derniers développements ne sont pas un facteur de soutien pour l'appétit au risque, bien que les marchés pensent différemment pour le moment."

CONSOLIDATION AU GRÉ DES ANNONCES

Les investisseurs sont encore plus réservés vis-à-vis de l'engagement affiché samedi par les ministres des Finances du G20 de soutenir et de rééquilibrer l'économie mondiale - avec un assainissement des finances publiques des pays avancés et un soutien à la consommation intérieure dans les pays émergents.

"Si ces promesses sont intéressantes, elles ressemblent beaucoup aux précédentes. Il y a beaucoup d'intentions positives mais assez peu de détails sur la concrétisation, à l'exception des Européens qui avancent à marche forcée", commente François Duhen, stratégiste chez CM-CIC Securities.

Du point de vue graphique, les analystes estiment que le CAC 40 devrait buter sur des zones de résistance clés, autour de 3.280-3.300 points, puis de 3.450-3.500 points, et l'EuroStoxx 50 sur la zone des 2.450-2.460 points.

"Les mouvements (de hausse de la semaine dernière) pourraient se prolonger encore un peu, mais nous anticipons des corrections, ou au moins des consolidations dans les jours à venir", commente Valérie Gastaldy, analyste de Day By Day.

Alexandre Le Drogoff, d'Aurel BGC, estime lui aussi que les niveaux actuels du marché devraient être le point de départ d'un mouvement de correction, vers un seuil de résistance de 3.060 points pour le CAC 40 et de 2.230 points pour l'EuroStoxx 50... à moins qu'il n'annonce une nouvelle tendance baissière.

"Je vois bien le marché français buter sur les 3.280-3.300 et consolider au gré des annonces avant de repartir, d'autant que l'on ne constate pas une frénésie d'achats pour le moment. Cela va un peu trop vite. Ce n'est peut-être pas tenable", estime Frédéric Rozier, gérant chez Meeschaert Gestion privée.

Toutefois, malgré le démantèlement forcé de Dexia DEXI.BR , certains intervenants soulignent que le "pire est passé", confiants dans la capacité des politiques à éviter une crise systémique comme en 2008, après la faillite de Lehman Brothers.

(Avec Alexandre Boksenbaum-Granier et Raoul Sachs, édité par Dominique Rodriguez)


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