ECLAIRAGE-Le Brexit fait ressurgir la question européenne en France

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    * Marine Le Pen demande le même référendum en France 
    * "L'une des questions centrales" en 2017 
    * A droite aussi, on demande une consultation 
 
    par Simon Carraud 
    PARIS, 24 juin (Reuters) - La question européenne a 
brutalement ressurgi dans le débat français à l'occasion de la 
sortie du Royaume-Uni de l'Union, qui crée un précédent et 
pousse des responsables politiques à réclamer l'organisation 
d'un référendum en France. 
    Voyant dans le "Brexit" le révélateur d'un mal profond, la 
classe politique juge désormais urgent de rebâtir la maison 
européenne, dont les fondations sortent plus ébranlées encore 
qu'après le "non" français au traité constitutionnel, en 2005. 
    A l'unanimité, les dirigeants des grandes formations 
estiment que l'UE, devenue trop technocratique, a perdu ces 
dernières années le fil avec le peuple au sens large. 
    "On n'a pas su lui parler, on n'a pas su s'adresser à lui, 
on n'a pas su dessiner de manière sensible et juste ce que 
l'avenir pourrait être", a déploré sur BFM TV François Bayrou, 
l'un des derniers fédéralistes de la classe politique.   
    "La question de l'Europe et d'un référendum va être l'une 
des questions centrales de l'élection présidentielle (de 2017)", 
anticipe le dirigeant centriste. 
    Se pose donc la question de la tenue en France d'une 
consultation, qui pourrait porter sur une réorientation du 
projet européen - une option privilégiée par certains à droite - 
ou sur une sortie sèche de l'UE, réclamée par le Front national 
et, en des termes différents, la gauche de la gauche. 
    Dès les premiers résultats connus à Londres, la présidente 
du FN, Marine Le Pen, a renouvelé sa demande de reproduire en 
France l'exemple britannique. 
    "Ce référendum sur l'appartenance de la France à l'Union 
européenne est une nécessité démocratique. Les Français doivent 
pouvoir choisir eux aussi cette voie de la liberté qui rendra à 
la France sa pleine et entière souveraineté", a-t-elle dit. 
    "Le Royaume-Uni vient d'initier un mouvement qui ne 
s'arrêtera pas. (...) J'espère que les initiatives vont émerger 
pour provoquer autant de répliques que possible de ce Brexit. 
J'y crois. Je pense que le mouvement est enclenché vers la fin 
de l'Union européenne telle que nous la connaissons." 
     
    "UNE BONNE AFFAIRE POUR MARINE LE PEN" 
    La jurisprudence britannique permet à l'extrême droite de 
trancher plus nettement ses débats internes sur l'UE et de faire 
apparaître un "Frexit" comme un horizon possible.   
    "C'est une bonne affaire pour Marine Le Pen parce que l'un 
des freins au vote FN, c'est la question européenne. Pour les 
cadres, les personnes âgées, c'est un saut dans l'inconnu avec 
la fin de l'euro", diagnostique Frédéric Dabi, directeur adjoint 
de l'Ifop. "Mais le vote au Royaume-Uni, c'est un précédent."  
    Le Parti de gauche de Jean-Luc Mélenchon plaide lui aussi 
pour une rupture avec l'Europe actuelle. 
    "Je crois que c'est une occasion extraordinaire pour la 
France de revenir sur le devant de la scène et de proposer de 
tout autres méthodes. Naturellement, pour cela, il faut sortir 
des traités existants", a dit le co-fondateur du parti.  
    D'après lui, "si nous laissons aller les choses comme elles 
sont et comme elles vont, alors il n'y aura plus qu'une 
alternative: changer l'Europe ou la quitter".  
    Aux yeux de l'exécutif français, il est donc vital de tendre 
un cordon sanitaire autour du Royaume-Uni pour éviter toute 
contagion, disait-on de source ministérielle et diplomatique 
avant le scrutin britannique. 
    Paris a donc l'intention de faire preuve de fermeté avec les 
partants, confiait un ministre français en privé. 
    A droite, il s'agit moins de savoir s'il faut sortir de l'UE 
- la réponse est "non" - que de refonder les institutions, au 
besoin en passant par un référendum. 
     
    "NOUVEL ACCORD" 
    "Ce projet, il faut le bâtir évidemment avec nos amis 
allemands mais aussi avec les six Etats fondateurs de l'Union 
européenne (...). Ce projet ensuite (...), il faudra le proposer 
par référendum au peuple français", a dit sur iTELE Bruno Le 
Maire, candidat à l'investiture de son camp 2017. 
    Pour l'instant favori à la primaire de la droite, l'ancien 
Premier ministre Alain Juppé considère également que "rien ne 
sera plus comme avant" et qu'il faut "écrire une nouvelle page, 
un nouveau chapitre de l'Histoire de l'Europe". 
    Il est donc nécessaire selon lui de convenir avec 
l'Allemagne, puis avec un groupe de pays volontaires d'un 
"nouvel accord", préalable à la tenue d'un référendum dans les 
pays concernés par les traités rénovés. 
    "C'est la responsabilité des gouvernements (...) d'avoir le 
courage de proposer une nouvelle Europe et à ce moment-là de la 
soumettre en même temps au vote des peuples qui sont prêts à 
s'engager dans cette voie", a-t-il déclaré à la presse. 
    Même si les candidats à la primaire s'accordaient sur la 
nécessité d'une refondation européenne, le maire de Bordeaux se 
refusait jusqu'à présent, comme Nicolas Sarkozy et François 
Fillon, à évoquer l'idée de recourir à un référendum. 
    Le mois dernier, Nicolas Sarkozy avait rejeté sans 
ambiguïté, dans un entretien au Monde, l'hypothèse d'un 
référendum sur les questions européennes, "qui sont de la 
compétence de la représentation parlementaire". 
    Alain Juppé et Bruno Le Maire se gardent toutefois de 
proposer un vote sur le modèle britannique, qui se solderait à 
coup sûr par le même résultat. 
    "Organiser un référendum aujourd'hui en France, c'est offrir 
une victoire sur un plateau à Madame Le Pen", a estimé Alain 
Juppé sur Europe 1. 
 
 (Avec Sophie Louet et Ingrid Melander) 
 
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