ECLAIRAGE-La participation, seule inconnue du référendum hongrois sur les migrants

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    par Marton Dunai et Krisztina  Than 
    ASOTTHALOM, Hongrie, 21 septembre (Reuters) - "Les 
trafiquants d'êtres humains ne sont jamais au chômage." Zsolt 
Gulyas est officier de la police hongroise et ses services 
surveillent la frontière avec la Serbie, fermée par une barrière 
il y a juste un an.  
    A une dizaine de jours du référendum voulu par le Premier 
ministre Viktor Orban pour refuser les quotas obligatoires de 
migrants dans les pays membres de l'Union européenne, l'endroit 
est calme. 
    Les autorités hongroises autorisent l'entrée de 30 migrants 
par jour dans deux zones de transit où ces derniers peuvent 
déposer des demandes d'asile. Toute personne qui franchit 
illégalement la frontière est reconduite aux portes de la 
barrière si elle est prise dans un périmètre de huit kilomètres. 
    La Hongrie a coupé la route des Balkans, bloquant le flux de 
migrants qui transitaient par le pays avec l'espoir de gagner 
les pays d'Europe, plus au nord, notamment l'Allemagne. 
    Des capteurs de chaleurs ont été installés sur la barrière 
hérissée de lames d'acier coupant. Mais comme le fait remarquer 
Zsolt Gulyas, les passeurs ne manquent pas de travail, ni 
d'imagination pour tromper la surveillance des gardes. "Leurs 
drones à vision nocturne surveillent nos patrouilles", 
explique-t-il.  
    Viktor Orban entend sceller dans les urnes la décision 
d'imposer à son pays un repli sur soi face à l'arrivée de 
migrants principalement de confession musulmane, dont il estime 
que la culture, la religion et les traditions sont des menaces 
pour l'homogénéité de la société hongroise. 
    Le référendum du 2 octobre vise à rejeter le plan de la 
Commission européenne demandant à chaque Etat de l'UE 
d'accueillir obligatoirement sur son territoire un quota de 
réfugiés établi en fonction de divers critères. 
    Le refus opposé à Bruxelles par Orban a eu pour effet de 
renforcer l'assise de son parti, le Fidesz, avant les élections 
législatives prévues en 2018. Un récent sondage du cercle de 
réflexion Szazadveg, proche du pouvoir, montrait que 79% des 
Hongrois étaient favorables à l'édification de la barrière à la 
frontière sud du pays. 
    "Nous perdons nos valeurs et notre identité européenne comme 
on fait lentement bouillir des grenouilles dans de l'eau. Assez 
simplement, lentement, il y aura de plus en plus de musulmans et 
nous ne reconnaîtrons plus l'Europe", a affirmé Orban devant le 
parlement lundi. 
     
    LA PARTICIPATION DOIT DÉPASSER 50% 
    Selon l'opposition et certains analystes, le Premier 
ministre se sert du thème de la crise migratoire pour masquer 
différents problèmes dans les secteurs de l'éducation ou de la 
santé mais également pour éviter d'aborder la question de la 
corruption. 
    "Le soutien au Fidesz s'accroît lorsque le débat porte sur 
l'immigration et il baisse lorsque l'on aborde d'autres sujets. 
Il est vital pour le Fidesz de maintenir la question de 
l'immigration au centre de débat", estime Csaba Toth, directeur 
du Republikon Institute, un centre de réflexion. 
    Le principal danger pour Orban est de se faire déborder sur 
sa droite par le parti nationaliste Jobbik. Ce dernier n'est 
pour l'instant crédité que de 10% des intentions de vote contre 
28% pour le Fidesz mais la moindre inflexion du pouvoir sur la 
question migratoire pourrait modifier ce rapport de force en 
faveur des nationalistes. 
    Gabor Vona, chef de file de Jobbik, a appelé lui aussi à 
refuser les quotas de migrants mais il a plaidé pour une 
démission d'Orban si le taux de participation au référendum est 
inférieur à 50%, plancher exigé par la loi pour que la 
consultation soit valide. 
    Les socialistes ont appelé au boycott de ce scrutin qu'Orban 
rêve de transformer en plébiscite mais leur position manque de 
clarté sur cette question puisque le président du parti, Gyula 
Molnar, s'est prononcé contre les quotas européens. 
    La seule incertitude concerne donc le taux de participation 
car le résultat lui ne fait aucun doute : le rejet du plan de la 
Commission européenne est acquis. 
    "Nous savons que, même si cela n'est pas un référendum 
légalement valide, avec seulement 30 ou 40% de participation, 
ceux qui iront voter soutiennent le gouvernement", note Csaba 
Toth. 
 
 (Pierre Sérisier pour le service français) 
 
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