ECLAIRAGE-L'Irak et la coalition préparent la campagne de Mossoul

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    * Le Premier ministre irakien veut une offensive en octobre 
    * Certains jugent le calendrier trop ambitieux 
    * Incertitude sur la stratégie des djihadistes 
 
    par Stephen Kalin et Phil Stewart 
    BAGDAD, 24 juillet (Reuters) - Quand le Premier ministre 
irakien, Haïdar al Abadi, a déclaré en décembre dernier que 
l'Irak reprendrait Mossoul, fief de l'organisation Etat 
islamique, d'ici la fin 2016, l'annonce a été accueillie avec 
scepticisme par ses alliés irakiens et occidentaux. 
    Moins de sept mois plus tard, l'armée irakienne a repris la 
plupart des positions du groupe djihadiste dans la province 
occidentale d'Anbar, et elle avance vers Mossoul, deuxième ville 
du pays, la plus grande encore sous le contrôle de l'EI en Irak. 
    La reprise de Falloudja le mois dernier, suivie de celle de 
la base aérienne de Qayara à 60 kilomètres au sud de Mossoul, 
ainsi que l'annonce du déploiement de 560 hommes supplémentaires 
par l'état-major américain, entretiennent un élan de reconquête. 
    "La libération de Mossoul est désormais en vue", a dit jeudi 
l'émissaire spécial du président américain pour la lutte contre 
le groupe Etat islamique, Brett McGurk, ajoutant qu'un 
calendrier était en cours d'élaboration.  
    Le président américain Barack Obama entend finir l'opération 
avant janvier.   
    Soutenu par la coalition internationale, le Premier ministre 
irakien table désormais sur un assaut en octobre, rapportent un 
diplomate basé à Bagdad ainsi qu'un responsable occidental, qui 
ont tous deux requis l'anonymat. 
    Interrogé sur cette date, un porte-parole d'Haïdar al Abadi 
a maintenu que l'attaque aurait lieu d'ici la fin de l'année, 
ajoutant que le calendrier des actions était du ressort des 
chefs militaires et ne serait pas rendu public. 
    Deux ans après la déroute de l'armée irakienne et la 
proclamation à Mossoul du califat de l'EI, la reprise de la 
ville nécessite toutefois des préparatifs importants et certains 
jugent que l'échéance de la fin 2016 est encore trop ambitieuse. 
    Mossoul et Tel Afar, autre bastion de l'EI situé à 65 
kilomètre à l'ouest, ont été partiellement encerclés par les 
peshmergas kurdes à l'est, au nord et à l'ouest depuis plusieurs 
mois. Mais les djihadistes tiennent toujours une zone désertique 
au sud des deux villes, vaste de 14.000 kilomètres carrés et 
délimitée par la frontière syrienne à l'ouest, le Tigre à l'est. 
    Les stratèges militaires anticipent que la campagne de 
Mossoul nécessitera 20.000 à 30.000 hommes. Les forces armées 
devront partir de Qayara, où sont déjà stationnés 5.000 
militaires ainsi qu'une division des services antiterroristes.  
     
    TOURNANT IMPORTANT 
    Quelques milliers de policiers et 15.000 combattants locaux 
sont en outre en train de s'organiser en vue d'occuper la ville 
après l'assaut des forces armées. 
    Des moyens d'artillerie français seront mis à disposition de 
l'armée irakienne dès août, a annoncé vendredi François 
Hollande, tandis que l'état-major américain va probablement 
demander l'envoi de nouveaux renforts, selon le général Joseph 
Votel, commandant des forces américaines au Moyen-Orient. 
  et   
    "Bien que Qayara représente un tournant important pour les 
Irakiens, ils ont encore un long chemin devant eux avant 
d'atteindre les faubourgs de Mossoul, et ensuite la plus grande 
difficulté sera d'encercler le sud de Mossoul", a dit une source 
kurde. "Qayara n'est qu'un point dans ce large couloir". 
    Les forces américaines, qui ont compté jusqu'à 170.000 
hommes après l'invasion de l'Irak en 2003, ont échoué à faire 
cette jonction quand elles combattaient le prédécesseur de l'EI 
dans la zone, Al Qaïda. 
    Plusieurs responsables occidentaux jugent que la prise de 
Mossoul doit s'accompagner d'un plan pour rétablir la sécurité, 
les services les plus essentiels et une gouvernance, ainsi que 
des moyens suffisants pour la mettre en oeuvre rapidement. 
    Dans le cas contraire, l'opération pourrait répéter les 
erreurs commises sous George W. Bush, en 2003, lorsque les 
Américains ont destitué Saddam Hussein sans suffisamment prévoir 
la suite, jugent-ils. 
    La reconquête de la métropole du nord de l'Irak risque par 
ailleurs d'entraîner le déplacement et la mort de nombreux 
civils et de coûter jusqu'à 1,8 milliard de dollars (1,6 
milliard d'euros) en aide humanitaire, estime l'Onu. 
  
     
    FUIR OU COMBATTRE 
    Les forces irakiennes et de la coalition sont susceptibles 
d'utiliser à Mossoul une technique qui a fait ses preuves lors 
des récents succès militaires, en associant des frappes 
aériennes sur le centre de la ville à des attaques sur les 
défenses de l'EI par l'arrière.  
    Mais le succès de l'assaut sur la ville dépendra pour 
beaucoup de la réponse des djihadistes. Mossoul, qui abrite 
encore un million de civils, est un bastion symbolique pour 
l'EI. 
    De source sécuritaire kurde, on anticipe que les djihadistes 
vont "combattre jusqu'à la mort, jusqu'à la dernière balle".  
    Jusqu'à dix mille membres de l'EI occupent la ville, 
rapporte cette même source, mais il est probable que ce nombre 
chute avant la reconquête de Mossoul, selon un porte-parole de 
la coalition. 
    Dans un autre scénario éventuel, les djihadistes pourraient 
fuir en masse et se résigner à perdre la ville pour poursuivre 
la lutte ailleurs. 
    Le général américain Sean MacFarland, qui dirige la 
coalition internationale contre l'EI, estime que les haut 
responsables et les combattants étrangers de l'organisation 
pourraient fuir "exactement comme ils ont essayé de le faire à 
Falloudja, en vain".   
    Il juge cependant que la présence encore récente du 
"ministre de la guerre" de l'EI, Abou Omar al Chichani, dont 
l'EI a annoncé la mort au sud de Mossoul le 13 juillet, montre 
que l'EI concentre ses rangs dans la région. 
 
 (Julie Carriat pour le service français, édité par Simon 
Carraud) 
 
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