ECLAIRAGE-L'Afrique australe relance le débat sur le commerce de l'ivoire

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    par Ed Stoddard 
    PARC NATIONAL KRUGER, Afrique du Sud, 21 septembre (Reuters) 
- L 'immense Parc national Kruger, joyau du tourisme 
sud-africain, est jonché de troncs d'arbres déracinés dont 
l'écorce a été arrachée par la population croissante 
d'éléphants, un des animaux les plus fréquemment vus dans la 
réserve. 
    Si l'avenir des éléphants est menacé par les braconniers qui 
convoitent l'ivoire de leurs défenses sur une grande partie du 
continent, ce n'est pas encore le cas dans les pays d'Afrique 
australe où ils ont bénéficié des politiques de conservation et 
vivent parfois dans des lieux peu accessibles. 
    Dans certains pays, leur nombre est si élevé que les plus 
grands mammifères du monde sortent des parcs et causent des 
dégâts importants aux cultures, fragilisant davantage les 
paysans pauvres, dévastant les forêts et menaçant la survie 
d'autres espèces. 
    C'est la raison invoquée par le Zimbabwe et la Namibie pour 
demander la levée de l'interdiction du commerce international de 
l'ivoire, arguant du fait qu'ils pourront ainsi financer leurs 
efforts de conservation et dédommager les populations riveraines 
des parcs. 
    Ces deux pays demandent à pouvoir vendre l'ivoire confisqué 
aux braconniers et contrebandiers ou collecté sur les animaux 
morts naturellement, dont le commerce est totalement interdit 
depuis 1989. 
    La question, très polémique, sera au coeur de la prochaine 
conférence de la CITES (Convention sur le commerce international 
des espèces de faune et de flore menacées d'extinction), du 24 
septembre au 5 octobre à Johannesburg. 
    "Les éléphants représentent une lourde responsabilité et un 
coût économique pour les communautés rurales, qui souffrent des 
récoltes détruites, d'autres dégâts, et de la perte de vies 
humaines", dit la proposition namibienne, où le nombre de 
pachydermes est passé de 7.500 à 20.000 en 20 ans. 
    Le Zimbabwe, qui dit avoir 80.000 éléphants et évalue la 
valeur des 70 tonnes d'ivoire qu'il a en stock à 35 millions de 
dollars, explique pour sa part ne pas avoir le choix en raison 
d'une profonde crise économique encore aggravée ces dernières 
années par la sécheresse qui sévit dans la région. 
     
    LUTTER CONTRE LE BRACONNAGE 
    Cette demande est loin de faire l'unanimité car dans les 
années 2000, la CITES a déjà autorisé la Namibie, le Zimbabwe, 
l'Afrique du Sud et le Botswana à vendre leurs stocks d'ivoire à 
la Chine et au Japon, ce qui a eu pour effet, selon de nombreux 
experts, de relancer le braconnage alors qu'il avait enfin été 
jugulé après le gigantesque massacre des années 1980. 
    Les adversaires du projet redoutent qu'il ait des 
conséquences similaires à l'heure où 20.000 éléphants sont tués 
chaque année sur le continent, et au moment où de gros efforts 
diplomatiques sont faits pour convaincre la Chine et les autres 
pays asiatiques de lutter plus efficacement contre le trafic. 
    Pour faire avancer cette cause, plusieurs pays, dont le 
Kenya et le Gabon mais aussi la France ou les Etats-Unis, ont 
récemment brûlé leurs stocks de défenses et interdit le commerce 
intérieur de l'ivoire. 
    Outre la survie de l'éléphant en tant que telle, ces pays 
soulignent que le braconnage à grande échelle, orchestré par de 
puissants réseaux criminels internationaux, permet aux groupes 
terroristes et autres mouvements de guérillas de financer leurs 
activités, alimentant la violence et la corruption en Afrique. 
    Pour obtenir la levée de l'interdiction, le Zimbabwe et la 
Namibie doivent obtenir le soutien de deux-tiers des 183 pays 
membres de la CITES, ce qui semble difficile, d'autant que le 
Botswana qui avait bénéficié de la précédente mesure a annoncé 
qu'il y était cette fois opposé. 
    "Ce n'est pas parce que nous nous en sortons bien que nous 
devons être égoïstes", a expliqué le président botswanais Ian 
Khama, en référence aux pays d'Afrique centrale et orientale 
frappés de plein fouet par le braconnage. 
    A l'inverse, l'Afrique du Sud, qui entretient une position 
ambiguë sur le sujet, comme sur celui, tout aussi controversé, 
de la légalisation du commerce des cornes de rhinocéros, a 
souhaité que les pays d'Afrique australe présentent un "front 
uni" à Johannesburg. 
    "Il faut penser aux communautés qui portent le poids de la 
vie avec ces animaux, leurs écosystèmes sont dégradés et ils 
perdent en sécurité alimentaire et en pâturages", a plaidé la 
ministre sud-africaine de l'Environnement, Edna Molewa, dont le 
pays n'est pas directement concerné par ces problèmes car les 
parcs y sont clôturés. 
    L'Afrique du Sud et le Zimbabwe autorisent par ailleurs la 
chasse à l'éléphant, comme celle d'autres animaux menacés, et 
permettent aux chasseurs d'emporter les défenses comme trophée, 
une activité lucrative à laquelle ils n'entendent pas renoncer. 
     
    30% D'ÉLÉPHANTS EN MOINS EN 7 ANS 
    Si la population de pachydermes est stabilisée en Afrique 
australe, il n'en va pas de même sur le reste du continent. 
    Selon une étude menée par l'ONG Elephants Without Borders, 
le nombre d'éléphants de savane a chuté de 30% entre 2007 et 
2014 pour tomber à environ 350.000 individus. 
    En Afrique centrale, la situation est encore plus critique 
pour les quelque 70.000 éléphants de forêt, auxquels il faudrait 
un siècle pour se remettre du braconnage actuel en raison de 
leur faible taux de natalité. 
    Pour la plupart des scientifiques, les dégâts provoqués par 
les éléphants sont en outre largement exagérés par les partisans 
de la légalisation du commerce de l'ivoire. 
    A l'inverse, disent-ils, la présence de ces géants est 
cruciale pour la préservation d'écosystèmes en bonne santé, 
grâce à leurs excréments qui favorisent la dispersion des 
graines et des fertilisants, et aux arbres abattus qui limitent 
la transformation de la savane en forêt et fournissent abris et 
nourriture à de nombreuses autres espèces. 
    "Les éléphants sont un élément clé de la biodiversité", 
résume Sam Ferreira, zoologue au Parc national Kruger. 
    Depuis que les autorités du parc ont renoncé en 1994 à la 
politique qui consistait à tuer les éléphants "en surnombre", 
ceux-ci sont passés d'environ 8.000 à 17.000 sans qu'aucune 
autre espèce ne souffre de leurs énormes besoins en eau et en 
nourriture, assure-t-il. 
    Le constat est identique dans le parc Chobe, au Botswana, où 
il ne restait que 30 éléphants en 1930 et où leur nombre est 
aujourd'hui estimé à 130.000, une hausse spectaculaire qui s'est 
accompagnée de celle de toutes les autres espèces, notamment des 
antilopes favorisant un habitat plus clairsemé et par ricochet 
de leurs prédateurs comme les lions. 
    En revanche, tout les experts reconnaissent que les 
éléphants créent de nombreux conflits avec les populations 
humaines en Namibie et au Zimbabwe. Mais disent-ils, cela ne 
justifie pas que ces pays bénéficient d'un traitement faveur au 
détriment de tous les autres.     
 
 (Tangi Salaün pour le service français, édité par Henri-Pierre 
André) 
 
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