ECLAIRAGE-France 2017-Le plébiscite de Fillon ou la victoire de l'anti-sarkozysme

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    * Basculement soudain en faveur de l'ex-Premier ministre 
    * Il a profité du désaveu de Sarkozy 
    * Alain Juppé n'a pas su en tirer parti 
 
    par Simon Carraud 
    PARIS, 21 novembre (Reuters) - La victoire aussi large 
qu'inattendue de François Fillon au premier tour de la primaire 
de la droite est aussi celle de l'anti-sarkozysme, qui a trouvé 
dans les dernières semaines de campagne son représentant après 
des mois de tâtonnements. 
    Alain Juppé, à qui les sondages laissaient encore récemment 
espérer un plébiscite, a longtemps profité du désaveu frappant 
l'ex-président mais le profil de l'héritier chiraquien, soutenu 
par le centre au quasi-complet, ne lui a pas permis de faire le 
plein des déçus du sarkozysme, relèvent les analystes. 
    Le premier tour s'est donc soldé par la consécration de 
l'ex-numéro deux (44,1% selon des résultats presque définitifs), 
un score mitigé pour Alain Juppé (28,6%) et un soufflet pour 
l'ancien président (20,6%), qui se disait pourtant persuadé de 
pouvoir s'imposer comme l'homme providentiel de son camp. 
    Ces résultats, qui ont stupéfié toute la droite, jusqu'aux 
fillonistes les plus zélés, s'expliquent par la dynamique 
enclenchée dans les derniers instants d'une campagne menée en 
marathonien par l'ex-Premier ministre, en lice depuis 2013.  
    "Fillon est apparu d'un coup comme un compromis, au centre 
de gravité idéologique de la droite", note Jérôme Fourquet, de 
l'institut Ifop, pour qui l'ex-Premier ministre a incarné la 
synthèse grâce à un "conservatisme sur les questions sociétales, 
des ambitions réformatrices d'inspiration libérale en matière 
économique et une dureté en matière sécuritaire et migratoire". 
     
    REPORTS DE VOIX SARKOZYSTES SUR FILLON 
    Le sondeur dit avoir observé trois phases dans la poussée de 
François Fillon : celui-ci a d'abord puisé dans l'électorat de 
Bruno Le Maire, réticent à voter pour l'un ou l'autre des deux 
favoris, puis dans celui d'Alain Juppé, qui s'est découvert un 
nouveau champion de la cause anti-sarkozyste, et enfin dans 
celui de l'ancien chef de l'Etat lui-même.  
    "On savait qu'il y avait un anti-sarkozysme important en 
France, à gauche notamment, mais cet anti-sarkozysme était aussi 
virulent dans toute une partie de la droite, qui avait choisi 
comme premier débouché politique Juppé", ajoute Jérôme Fourquet. 
   
    Les scores enregistrés par le prédécesseur de François 
Hollande sur ses terres d'élection témoignent de l'ampleur de la 
désaffection dont il fait l'objet. 
    Nicolas Sarkozy a plafonné à 15% dans les Hauts-de-Seine, 
son fief depuis ses débuts en politique, et n'a viré qu'en 
deuxième position derrière François Fillon dans les 
Alpes-Maritimes, un département ancré à droite et tenu par deux 
de ses fidèles, Eric Ciotti et Christian Estrosi. 
    "Je suis (...) frappé par l'ampleur des reports des voix 
sarkozystes sur François Fillon", analysait dimanche soir le 
député juppéiste Hervé Gaymard devant la presse. 
    L'ancien ministre y voit deux raisons: "les catholiques 
n'ont pas digéré le changement de position de Nicolas Sarkozy 
sur le mariage pour tous (il a d'abord promis de revenir sur la 
loi Taubira avant de se raviser-NDLR) et beaucoup ont estimé 
qu'en 2017, notre ancien président était celui qui avait le 
moins de chances de l'emporter."  
    Alain Juppé n'est pas parvenu à séduire cette clientèle en 
déshérence, en dépit de ses efforts pour apparaître comme le 
contraire de l'ancien président "bling-bling" et adepte d'une 
stratégie droitière. 
    "Les gens qui sont allés voter veulent un vrai programme de 
droite, totalement affirmé. Alain Juppé a profité pendant sa 
campagne de l'anti-sarkozysme mais son programme, en tant que 
tel, ne répondait pas aux attentes de cet électorat", selon 
Stéphane Zumsteeg, de l'institut Ipsos. 
         
    LES VOIX D'ALAIN JUPPÉ "SIPHONNÉES" 
    "A partir du moment où François Fillon a été visible grâce 
aux trois débats (organisés entre le 13 octobre et le 17 
novembre-NDLR), il a complètement siphonné les voix d'Alain 
Juppé", poursuit-il. 
    Ce basculement des électeurs s'est fait en quelques semaines 
et s'est encore accéléré juste avant le scrutin. 
    Selon un sondage Harris Interactive réalisé dimanche auprès 
de 799 votants, plus de six électeurs de François Fillon sur dix 
(62%) se sont décidés ces dernières semaines et, parmi eux, 36% 
dans les derniers jours. 
    Il faut chercher dans le format de cette primaire, un 
exercice jusque-là inédit dans l'histoire de la droite, les 
raisons de cette soudaineté, jugent les sondeurs. 
    La taille du corps électoral, réduit en théorie aux seuls 
sympathisants de droite et du centre, permet aux prétendants de 
faire des bonds spectaculaires dans les sondages en ralliant 
seulement quelques centaines de milliers d'électeurs.  
    La relative homogénéité des candidats en lice, dont six sur 
sept étaient issus des Républicains, facilite par ailleurs le 
passage des électeurs de l'un à l'autre.   
 
 (avec Emmanuel Jarry et Sophie Louet, édité par Yves Clarisse) 
 
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