ECLAIRAGE-En difficulté en Irak, l'EI perd ses revenus pétroliers

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    * Le pétrole a fourni des millions de dollars à 
l'organisation 
    * Le trafic aurait chuté en Irak de 90% depuis un pic en 
2014 
    * La plupart des gisements ont été récupérés 
    * Les conducteurs de camions-citernes refusent un travail 
trop périlleux 
 
    par Ahmed Rasheed 
    BAGDAD, 28 juillet (Reuters) - L'organisation Etat islamique 
(EI), qui a perdu plus de la moitié de son territoire irakien 
conquis en 2014, est confrontée à une chute de ses revenus 
pétroliers, l'obligeant à augmenter diverses taxes et à réduire 
le salaire de ses combattants, rapportent les autorités 
irakiennes. 
    En plus des taxes, des rançons et du commerce d'antiquités, 
le pétrole était jusqu'alors l'une des principales sources de 
revenus de l'EI.  
    Néanmoins, les djihadistes n'ont désormais accès qu'à deux 
des cinq gisements de pétrole irakiens qu'ils contrôlaient, 
depuis les succès sur le terrain des forces gouvernementales 
irakiennes, aidées des troupes kurdes et des milices chiites.  
    La contrebande de pétrole de l'Etat islamique a chuté d'au 
moins 90%, selon des responsables des services de sécurité et 
des responsables municipaux. Le groupe extrémiste pouvait vendre 
jusqu'à 50 camions-citernes de pétrole par jour, tiré de ses 
gisements de Kayara et Najma, au sud de son fief de Mossoul. 
    "Maintenant, avec les forces irakiennes qui se rapprochent 
et l'augmentation des frappes aériennes, Daech peut vendre à 
peine cinq petits camions-citernes", indique un conseiller de la 
province de Mossoul, Abdoul Rahman al-Wagga. 
    Louaï Al-Khattib, directeur exécutif de l'Institut irakien 
de l'Energie qui analyse le trafic pétrolier de l'EI, estime que 
les recettes des djihadistes pouvaient atteindre 700.000 dollars 
par jour (environ 631.000 euros) "dans leurs meilleurs jours", 
même s'il reste difficile d'établir un chiffre exact. 
    En mai, les Etats-Unis ont annoncé que les revenus de l'EI 
en Irak et en Syrie avaient diminué de moitié pour atteindre 250 
millions de dollars à l'année (environ 225 millions d'euros).  
    Depuis, l'EI a encore perdu des territoires mais garde le 
contrôle de nombreux gisements dans l'est de la Syrie, où les 
troupes rebelles soutenues par les Américains ont plus de 
difficulté à les repousser. 
     
    COMBATTRE LE TRAFIC 
    L'Etat islamique a pris possession des gisements irakiens, 
d'une capacité de 60.000 barils par jour, il y a deux ans lors 
de sa percée dans le nord et l'ouest du pays. 
    Mais sa production diminue depuis longtemps. Les peshmergas 
kurdes avaient déjà récupéré le gisement d'Ain Zala, au 
nord-ouest de Mossoul, fin 2014. 
    Selon un conseiller du ministère du Pétrole et des officiels 
irakiens, les revenus de l'EI ont encore baissé d'un million de 
dollars (901.000 euros) par jour en avril 2015 après la perte 
des gisements d'Adjil et Himrin, près de Tikrit, à 150 km au 
nord de Bagdad. 
    Préparant leur offensive sur Mossoul, les forces irakiennes 
sont maintenant suffisamment proches des gisements de Kayara et 
Najma, 60 km au sud de la ville, pour contraindre l'EI à réduire 
considérablement sa production, a-t-on appris de sources 
sécuritaires et locales. 
    "Nous avons détruit presque toutes les installations et les 
entrepôts de stockage utilisés par Daech pour son trafic de 
pétrole dans les zones proches de Mossoul", a déclaré Sabah 
al-Numan, porte-parole des services irakiens de 
contre-terrorisme.  
    Kayara, avec des réserves d'environ 800 millions de barils, 
produisait 7.000 barils par jour avant que l'EI ne contrôle le 
gisement. Najma, qui est plutôt un gisement de gaz, donne 5.000 
barils par jour. 
    L'autre objectif de l'avancée sur Mossoul est de récupérer 
une raffinerie dans les environs de Kayara, dont la capacité de 
production est estimée à 16.000 barils par jour. 
    Au début du mois, les troupes ont également pris le contrôle 
de la base aérienne de Kayara, qu'elles comptent utiliser comme 
point d'appui pour la reprise de Mossoul.  
     
    MOINS DE REVENUS, PLUS DE TAXES 
    Les risques auxquels font face les trafiquants pour acheter 
le pétrole de l'EI, comme les frappes aériennes de la coalition, 
ont obligé les djihadistes à sacrifier les prix. 
    "Daech incite les négociants locaux à acheter leur pétrole 
de Kayara et Najma en baissant leur prix de 6.000 dollars le 
réservoir à seulement 2.000 dollars", explique le conseiller 
Abdoul Rahman al-Wagga. 
    Abou Abdoulla, qui expédie du pétrole de Mossoul, a expliqué 
à Reuters que les conducteurs refusaient de prendre la route 
entre Mossoul et la Syrie pour récupérer du pétrole car celle-ci 
est devenu un "piège mortel". 
    "C'est une route désertique qui nous transforme en cibles 
faciles", explique un chauffeur se faisant appeler Mouamar. 
"J'ai vu mon frère se faire tuer dans une frappe aérienne alors 
qu'il était assis dans son camion. Les autres camions ont été 
détruits comme dans un jeu vidéo." 
    Les djihadistes ont dû baisser les salaires d'un tiers à 
cause de la perte de ces revenus, affirme Moussana Djbara, un 
membre des forces de sécurité dans le nord de l'Irak. 
    Ils ont également imposé de nouvelles taxes aux fermiers, 
aux camionneurs et aux commerçants et augmenté les amendes pour 
ceux qui fumeraient des cigarettes ou se raseraient la barbe. 
     
    VOIR AUSSI:  
    Les raffineries d'Europe n'achètent pas de pétrole à 
Daech-rapport   
 
 (Laura Martin pour le service français, édité par Jean-Stéphane 
Brosse) 
 
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