ECLAIRAGE-Des Gardiens de la révolution iranienne combattent en Irak

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par Babak Dehghanpisheh BEYROUTH, 4 août (Reuters) - Les autorités chiites iraniennes considèrent la progression et l'implantation des djihadistes sunnites de l'Etat islamique dans le nord de l'Irak comme une menace. En dépit de démentis officiels, la présence de pasdaran, les Gardiens de la révolution, sur le sol irakien est désormais attestée. Comme en Syrie, où Téhéran a longtemps nié avoir envoyé des combattants se battre au côté des troupes de Bachar al Assad, les premières informations démontrant l'implication directe de forces iraniennes auprès de l'armée gouvernementale irakienne et des milices chiites proviennent d'enterrements. Un organe de presse affilié aux Bassidji, une milice contrôlée par les Gardiens de la révolution, a ainsi révélé qu'un colonel du nom de Kamal Shirkani enterré en uniforme des pasdaran début juillet à Lavasan, une petite localité située au nord-est de Téhéran, avait été tué en Irak dans une attaque au mortier de combattants de l'Etat islamique. Shirkani, précisait cet organe de presse, a été tué "en accomplissant sa mission de défendre" un mausolée révéré par les musulmans chiites à Samarra, à une centaine de kilomètres au nord de Bagdad. Deux autres membres au moins du corps d'élite des forces iraniennes ont trouvé la mort en Irak depuis la mi-juin, dont Shojaat Alamdari Mourjani, un aviateur enterré le 4 juillet à Shiraz (sud) et dont l'agence officielle de presse IRNA précise qu'"il est tombé en martyr en défendant le sanctuaire de Samarra". Dès les premiers temps de l'offensive éclair lancée début juin par l'Etat islamique en Irak et au Levant, renommé depuis Etat islamique et dont le chef, Abou Bakr al Baghdadi, a été élevé au rang de calife - ou "successeur" du prophète Mahomet -, Téhéran a affiché son soutien au gouvernement de Bagdad dirigé par le chiite Nouri al Maliki. Le président iranien Hassan Rohani a promis que son gouvernement aiderait les autorités irakiennes à faire face à la menace si ces dernières en exprimaient le besoin. Qassem Soleimani, qui commande la Force al Qods, la force spéciale d'intervention extérieure des Gardiens de la révolution, s'est récemment déplacé à Bagdad, selon un certain nombre de sites d'information iraniens. AVIONS D'ATTAQUE AU SOL ET RENFORTS VENUS DE SYRIE "Quand les combattants de l'Etat islamique ont atteint des secteurs chiites d'Irak, les Gardiens de la révolution disposaient sur place de forces qui les ont combattus", dit Mohsen Sazegara, un des dirigeants historiques de la révolution de 1979 et membre fondateur des pasdaran entré depuis en dissidence et aujourd'hui exilé aux Etats-Unis. Selon l'Institut international d'études stratégiques (IISS) de Londres, l'Iran a livré à l'Irak quelques Soukhoï SU-25, des avions d'attaque au sol et de soutien rapproché dont seuls les pasdaran sont équipés au sein des forces iraniennes. "Ces avions ont vraisemblablement été livrés à l'Irak par des pilotes iraniens", ajoute l'IISS qui n'a en revanche aucun élément pour dire qui les pilote dans les combats en Irak. Cette présence militaire iranienne expliquerait en partie pourquoi la progression de l'Etat islamique s'est arrêtée à Samarra alors que les djihadistes avaient profité jusque-là de la débandade de l'armée irakienne pour avancer rapidement. Le "gel" du front doit aussi beaucoup à la mobilisation des milices chiites irakiennes que la république islamique finance et soutient depuis des années en Irak. D'après un haut responsable des services irakiens de sécurité, quelque 20.000 miliciens chiites irakiens formés et financés par l'Iran seraient actuellement déployés de Bagdad à Samarra de même que dans des régions rurales au sud de la capitale. Le même responsable ajoute que plusieurs milliers de combattants iraniens ont été transférés de Syrie en Irak. Certains, dit-il, ont été intégrés à des unités des forces de sécurité dépendant des ministères irakiens de l'Intérieur et de la Défense. Des dizaines de membres du Hezbollah libanais se sont par ailleurs installés en Irak, dit-on de source proche du mouvement chiite armé déjà actif en Syrie depuis plus de deux ans en soutien au régime d'Assad. Il s'agit de combattants aguerris, précise-t-on de même source, engagés dans des tâches de commandement et de coordination des opérations. L'un d'eux, Ibrahim al Hadj, vétéran du conflit de 2006 contre Israël, a récemment été tué dans le nord, près de Mossoul, la deuxième plus grande ville d'Irak que l'Etat islamique contrôle depuis les tout premiers temps de son offensive de juin. (avec Mariam Karouny à Beyrouth et Ned Parker à Bagdad; Henri-Pierre André pour le service français)

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