ECLAIRAGE-Comment la mort d'un poissonnier secoue le Maroc

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    par Aziz  El Yaakoubi 
    RABAT, 3 novembre (Reuters) - La mort d'un poissonnier broyé 
dans une benne de ramassage d'ordures ménagères a déclenché au 
Maroc un vaste mouvement de protestation qui n'est pas sans 
rappeler les germes du "printemps arabe" en 2011 en Afrique du 
Nord. 
    La mort horrible de Mouhcine Fikri, qui a péri alors qu'il 
tentait de récupérer du poisson confisqué par la police, a jeté 
des milliers de Marocains dans la rue. Pendant quatre jours.  
    Non seulement à Al Hoceima, ville du rif où se sont déroulés 
les faits vendredi dernier, mais dans plusieurs grandes villes 
du royaume, à Rabat, la capitale, et aussi à Casablanca et 
Marrakech. 
    Les manifestations ont été organisées à l'appel de militants 
du Mouvement du 20 février, qui avaient protesté pendant des 
mois lors du "printemps arabe" il y a plus de cinq ans. 
    Et comme à chaque fois que la population perçoit un abus des 
autorités, police ou autre, le ressentiment social - alimenté 
par les échanges sur les réseaux sociaux - s'est mué en 
manifestation de rue contre le "makhzen", terme recouvrant 
globalement les élites au pouvoir au palais royal. 
    En signe d'apaisement, et fait exceptionnel, le roi Mohamed 
VI a demandé au ministre de l'Intérieur de se rendre auprès de 
la famille de la victime pour présenter les condoléances du 
palais. 
    Autre mesure d'apaisement, la police n'est pas intervenue 
lors des manifestations. Elle se maintenait dans les rues 
adjacentes des avenues où passaient les défilés. 
     
    AUTORITÉ ROYALE 
    Tout le monde au Maghreb se souvient en effet que l'élément 
déclencheur du "printemps arabe" avait été en Tunisie le suicide 
dans la petite ville de Sidi Bouzid d'un commerçant ambulant. Il 
s'était immolé par le feu en réaction à la saisie de sa 
marchandise par les autorités. 
    Mais tout le monde sait aussi que la Tunisie d'alors, 
dirigée par l'autocrate Zine ben Ali, n'est pas le Maroc 
d'aujourd'hui, ou d'hier. 
    La monarchie chérifienne a toujours su, en 2011 comme depuis 
lors, acheter la paix sociale à coups de mesures d'apaisement. 
    Lors du "printemps arabe", ce furent des réformes 
constitutionnelles soumises à référendum par Mohammed VI qui 
octroyèrent un peu plus de pouvoirs au gouvernement par rapport 
au palais royal et plus de liberté d'expression. 
    Néanmoins, le roi demeure l'autorité suprême au Maroc et 
jouit du titre de commandeur des croyants. 
    Et ce que contestent les Marocains qui défilent dans la rue, 
ce n'est pas l'autorité du monarque mais ce sont avant tout les 
injustices sociales, le gouffre qui sépare riches et pauvres, 
les abus de pouvoir ou encore la corruption. 
    "Les gens ont appris du Mouvement du 20 février. Ils ne vont 
pas se laisser berner. On va continuer la lutte de toutes nos 
forces pour la dignité de Fikri, qu'il ne soit pas mort pour 
rien", dit Nasser Zatzafi, l'un des organisateurs du mouvement. 
    "On ne veut pas de boucs émissaires, seulement que les 
responsables soient punis". 
    Onze personnes ont été présentées à un juge mardi dans le 
cadre de l'enquête sur le décès de Mouhcine Fikri. 
     
    COP22 
    Ces événements tombent mal pour le Maroc qui s'apprête à 
accueillir ce mois-ci à Marrakech la 22e Conférence des parties 
à la convention des Nations unies sur le climat (COP22), 
première réunion du genre depuis l'adoption de l'accord de Paris 
sur le climat en décembre dernier.     
    Raison supplémentaire, dit-on dans les milieux politiques à 
Rabat, pour s'assurer que la situation ne dérape pas. 
    "Le régime marocain sait parfaitement comment acheter la 
paix sociale, en particulier avec la COP22 qui arrive", résume 
Larbi Ben Othmane, politologue à l'Université de Rabat. 
    "Il sait s'adapter aux circonstances, on pourrait même 
imaginer voir des membres du palais royal défiler aux côtés des 
manifestants. L'essentiel est de ne pas montrer la moindre 
faiblesse." 
 
 (Gilles Trequesser pour le service français, édité par Tangi 
Salaün) 
 
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