ECLAIRAGE-Après la reprise de Mossoul, on fait quoi ?

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    par Warren Strobel, Yara Bayoumy et Jonathan Landay 
    WASHINGTON, 18 octobre (Reuters) - L'offensive contre 
Mossoul, dernier grand fief urbain de l'Etat islamique en Irak, 
est lancée mais nombre de questions se posent sur ce qu'il 
conviendra de faire une fois la ville reprise. 
    A Washington, des responsables de l'administration 
américaine ne cachent pas leur inquiétude. Le nord de l'Irak est 
une poudrière ethnique et les risques d'un déchaînement de 
violences intercommunautaires que le pays a connues sont grands. 
    Mais, ajoutent-ils, il n'y a pas le choix. 
    Et puis les djihadistes de l'EI sont en situation de 
faiblesse sur le plan militaire et c'était donc le moment pour 
les forces irakiennes, soutenues par la coalition sous 
commandement américain, de frapper.   
    "Si l'on essaie de tout résoudre (en Irak) avant Mossoul, 
Daech ne quittera jamais la ville," expliquait ce mois-ci Brett 
McGurk, émissaire spécial du président Barack Obama. 
    Certains à Washington souhaitaient la conclusion d'accords 
politiques à Bagdad avant le déclenchement de l'offensive 
militaire. D'autres pensent le contraire. 
    "Si l'on quitte le terrain militaire pour d'abord résoudre 
les rivalités politiques présentes de longue date (à Bagdad), on 
perdra inévitablement l'élan qui existe pour se débarrasser de 
l'EI", résume un responsable de l'administration Obama. 
    Néanmoins, l'histoire récente des interventions militaires 
américaines dans la région ne prête guère à l'optimisme. 
    En 2003, les Etats-Unis ont envahi l'Irak, défait Saddam 
Hussein mais, tous les spécialistes de la question en 
conviennent, n'avaient pas de vision claire d'un Irak 
post-Saddam, et pas assez de troupes sur le terrain. 
    Treize ans plus tard, les faits le démontrent. 
    Même chose en Afghanistan, où les taliban continuent d'être 
actifs, quand ils ne menacent pas la stabilité du pays, quinze 
ans après l'intervention américaine consécutive au 11-Septembre. 
     
    RETOUR DU GOUVERNEUR 
    Cette fois, Barack Obama semble soucieux de voir les 
djihadistes perdre autant de terrain et d'influence que possible 
avant son départ de la Maison blanche en janvier. 
    "Manifestement, on cherche à avancer autant que possible 
face à Daech", confirme un diplomate occidental au fait de la 
stratégie de la Maison blanche. 
    Mais, dans les milieux de la défense et des services de 
renseignement, on se demande si l'armée irakienne a les moyens 
de mener de manière efficace à Mossoul une mission qui pourrait 
prendre des semaines, voire des mois à accomplir. 
    Sans parler de ce que certains dépeignent comme un cauchemar 
lorsque Sunnites, Kurdes et Chiites voudront tous leur part du 
gateau de Mossoul, en conservant les zones que leurs forces 
auront reprises. 
    Face aux risques de violences à caractère confessionnel, si 
fréquentes en Irak, un plan est prévu une fois la victoire à 
Mossoul acquise, dit-on à Washington. 
    Il prévoit le retour aux affaires du gouverneur de la 
province de Ninive, Naufal al Akoub, et la division de la ville 
en districts avec un maire à la tête de chacun d'eux. 
    Naufal al Akoub gouvernera aux côtés d'un haut représentant 
envoyé par Bagdad et d'un autre d'Irbil, la capitale du 
Kurdistan autonome. 
    La population locale est majoritairement sunnite, alors les 
autorités irakiennes ont éloigné les milices chiites des Forces 
de mobilisation populaire, qui ont pour mission de reprendre à 
l'EI la ville de Haouidja, à une centaine de kilomètres au sud. 
    Responsables irakiens comme américains veulent en outre 
s'assurer que les civils qui choisiront de quitter la ville le 
fassent par des voies sûres, afin d'éviter les exactions qui ont 
marqué la reprise à l'EI d'autres villes, notamment Falloudja. 
    Ils souhaitent aussi éviter un exode massif - les Nations 
unies craignent de voir jusqu'à un million de personnes 
déplacées - au fur et à mesure de l'avancée des forces 
gouvernementales. 
    Et ne pas voir se reproduire ce qui s'est passé à Falloudja, 
Tikrit ou Ramadi, pratiquement vidées de leurs habitants au 
moment de la fuite des djihadistes de l'EI. 
 
 (Gilles Trequesser pour le service français) 
 
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