ECLAIRAGE 2-La liquidité des banques pèse sur le triple A de la France

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(Actualisé avec commentaires d'analystes, cours de Bourse)

par Matthieu Protard

PARIS, 6 décembre (Reuters) - Les banques françaises, très dépendantes des financements à court terme, sont, pour Standard & Poor's, une menace pour le 'triple A' de la France et doivent, aux yeux des analystes, réduire cette dépendance et éviter une intervention publique si la crise de la dette dans le cas où la zone euro venait à s'exacerber.

Dans sa décision plaçant sous surveillance négative la plupart des pays de la zone euro, S&P met une pression particulière sur la France en précisant que la note française pourrait être dégradée de deux crans, contre un seulement pour les cinq autres pays AAA de la zone euro.(voir ID:nL5E7N546N et ID:nL5E7N542Z )

L'agence de notation souligne notamment que l'Etat français pourrait être contraint de soutenir le secteur bancaire si les tensions sur les financements devaient s'accentuer et si la qualité des actifs des banques venait à se dégrader.

"Les sujets de liquidité et l'affaiblissement de la qualité des actifs des portefeuilles de titres et de prêts des banques françaises pourraient, de notre point de vue, augmenter le risque pour l'Etat de devoir injecter du capital supplémentaire ou (d'envisager) des interventions similaires", relève ainsi l'agence.

Selon S&P, les grandes banques françaises dépendent à 60% de financements à court terme, ce qui constitue aux yeux des analystes et des investisseurs une source de vulnérabilité du secteur bancaire français régulièrement mise en exergue.

ID:nL5E7K83IB et ID:nL5E7MS3VK

"Cela implique des besoins considérables de refinancement externe pour le secteur en 2012, de notre point de vue", relève S&P.

A la Bourse de Paris, les titres Crédit agricole CAGR.PA et Société générale SOGN.PA cèdent respectivement 2,73% et 1,86% vers 13h00, tandis que BNP Paribas BNPP.PA gagne 0,06%. Au même moment, l'indice bancaire de la zone euro .SX7E recule de 0,43%.

"Quoi que les banques françaises décident de faire, elles ont besoin que les marchés fonctionnent correctement (pour se refinancer, NDLR)", commente Alex Koagne, analyste chez Natixis. "Moins les marchés fonctionneront correctement, plus la probabilité de réactivation des mécanismes de garanties sera forte."

"ENCORE DES EFFORTS"

Les banques françaises, qui ont toujours démenti avoir des difficultés de financement liées à la crise, ont néanmoins été contraintes, sous la pression des marchés financiers, d'engager depuis septembre des programmes destinés à réduire la taille de leur bilan et à diminuer leurs besoins de financement à court terme, principalement en dollar.

BNP Paribas, BPCE (Banque populaire-Caisse d'Epargne)

CNAT.PA , Crédit agricole et Société générale ont chacune exclu de faire appel au marché et à l'argent public pour renforcer leur solidité financière et leurs fonds propres.

"Les objectifs de 'deleveraging' (réduction de bilan, NDLR) sont faits, avant tout et seulement, pour réduire la dépendance en dollar. Le reste n'est pas du tout pris en compte", réagit un analyste londonien qui n'a pas souhaité être nommé. "Les banques françaises doivent encore faire des efforts sur les financements à court terme."

"Là où on manque de visibilité aujourd'hui, c'est sur la part du financement court terme concernée par le 'deleveraging'", poursuit Alex Koagne, chez Natixis.

Réagissant à la décision de S&P, les autorités françaises ont une nouvelle fois écarté l'idée d'un nouveau soutien public au secteur bancaire, comme ce fut le cas en 2008 et 2009 après la faillite de Lehman Brothers.

Si la France en arrivait à perdre son "triple A", que l'agence Moody's pourrait à son tour remettre en question d'ici trois mois, pourrait se traduire par une nouvelle dégradation des notes de crédit des établissements bancaires français, ce qui risquerait d'entraîner un renchérissement de leurs coûts de financement.

"On sait que les notes des banques françaises bénéficient d'un support implicite assez élevé de l'Etat", explique un analyste londonien. "Si la qualité du support souverain diminue, forcément le rating des banques diminue."

"Une éventuelle dégradation de la note de la France, même de deux crans, ne devrait pas nécessairement se traduire par la dégradation de la note des banques car leur notation est inférieur à AA", tempère néanmoins Alex Koagne chez Natixis.

Par ailleurs, la France participe au plan de sauvetage de la banque Dexia DEXI.BR , le deuxième en trois ans. Dans le cadre du plan de démantèlement de la banque, la Belgique, la France et le Luxembourg doivent apporter jusqu'à 90 milliards d'euros de garanties à l'établissement pour assurer ses besoins de financement sur les dix prochaines années. ID:nL5E7N507P

Voir aussi:

* LE POINT sur le AAA français après S&P ID:nL5E7N546S

* LE POINT sur l'actualité des banques BANK/FR

(Edité par Marc Angrand)


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  • M4189758 le mardi 6 déc 2011 à 13:30

    JPi - ...La liquidité des banques pèse sur le triple A de la France : ...Confondre l'effet et la cause. Le triple A est mis en question car nous sommes incables de réduire nos dépenses et donc notre dette augmente toujours. D'ou perte de confiance, d'où difficulté de trouver du crédit et donc résultat une mauvaise: une mauvaise liquidité pour nos banques.