EADS veut rassurer ses actionnaires sur sa mue

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EADS VEUT RASSURER SES ACTIONNAIRES SUR SA MUE
EADS VEUT RASSURER SES ACTIONNAIRES SUR SA MUE

par Tim Hepher et Cyril Altmeyer

AMSTERDAM/PARIS (Reuters) - EADS s'est efforcé mercredi de rassurer les actionnaires sur les implications de la mue historique de la gouvernance qu'ils ont votée, leur promettant une politique de dividende plus attractive et assurant que le groupe resterait protégé contre des OPA hostiles.

Les actionnaires ont approuvé mercredi lors d'une assemblée générale extraordinaire à Amsterdam ce changement de gouvernance et donné leur feu vert au lancement d'un programme de rachat d'actions portant sur un maximum de 15% du capital de la maison-mère d'Airbus.

Le groupe d'aérospatiale et de défense, qui opère sa transformation la plus spectaculaire depuis sa création en 2000, aura un actionnariat simplifié, la France et l'Allemagne ayant chacune 12% de son capital, l'Espagne 4% et un flottant porté d'environ 50% à 72% du capital.

EADS se débarrasse ainsi de l'imbroglio actionnarial qui pesait sur son fonctionnement et se dégage pour l'essentiel des influences étatiques, lui permettant se réinventer une stratégie en s'appuyant sur les succès d'Airbus.

"C'est un moment très crucial, un nouveau chapitre pour EADS, puisque nous nous préparons à dissoudre le fameux pacte actionnaire qui a donné à EADS une stabilité pour sa croissance", a déclaré aux actionnaires Arnaud Lagardère, président sortant du conseil d'administration.

Le gérant commandité du groupe de médias éponyme, qui présidait le conseil seulement depuis fin mai 2012, devrait céder son fauteuil à Denis Ranque, ex-patron de Thales.

Lagardère et le constructeur automobile allemand Daimler, qui représentaient les intérêts respectifs de la France et de l'Allemagne dans le pacte qui disparaît ce mercredi, devraient sortir du capital d'EADS cette année.

Arnaud Lagardère a confirmé dans un entretien publié mercredi par Les Echos que la cession de la participation restante de 7,5% de son groupe dans EADS devrait se faire avant l'été.

L'Espagne, qui devrait ramener sa participation aux environs de 4%, pourra vendre d'ici au 9 avril jusqu'à 1,15% des parts qu'elle détient dans le capital du groupe, a précisé EADS dans un communiqué publié avant l'AG. L'Etat espagnol devrait récupérer ainsi environ 400 millions d'euros.

L'action EADS a gagné 34,7% depuis le début de l'année après un gain de 22% en 2012. Elle cède 2,99% à 39,70 euros mercredi vers 13h25 à la Bourse de Paris, donnant une capitalisation de 32,9 milliards.

Madrid pourra ainsi renflouer ses caisses pour faire face à la crise, alors que Paris a parallèlement annoncé la cession d'une participation de 3,12% dans l'équipementier d'aéronautique, de défense et de sécurité Safran pour 448,5 millions d'euros.

Le président exécutif Tom Enders a assuré aux actionnaires que le nouvel EADS serait doté des protections nécessaires pour éviter qu'il ne devienne une proie.

La France et l'Allemagne disposeront notamment chacune d'une "société holding de défense" où seront logés leurs intérêts stratégiques spécifiques, notamment en matière d'armement nucléaire.

L'ex-président de la Banque centrale européenne Jean-Claude Trichet et l'ancienne présidente du groupe nucléaire public Areva Anne Lauvergeon, qui ont été tous deux pressentis pour diriger le conseil d'administration d'EADS, y représenteront les intérêts français.

VERS UNE POLITIQUE DE DIVIDENDE PLUS ATTRACTIVE

Tom Enders, et le responsable de la stratégie du groupe, Marwan Lahoud, peuvent ainsi concrétiser la réorganisation du groupe, fruit d'un accord signé en décembre dernier sur les ruines du projet de fusion avec le britannique BAE Systems.

La réorganisation prendra effet le 2 avril, a précisé mercredi EADS dans un communiqué. Le délai s'explique par le week-end pascal pendant lequel le greffe néerlandais chargé d'enregistrer l'accord sera fermé.

L'une des premières tâches du nouveau conseil sera de mettre en oeuvre le programme de rachat d'actions dont il fixera le montant, les modalités et le prix en fonction des conditions du marché.

Tom Enders a précisé qu'il ne devrait pas dépasser un tiers du dernier solde en date de sa trésorerie nette. Celle-ci atteignait 12,3 milliards d'euros au 31 décembre 2012.

Il a également indiqué que le groupe ne procéderait pas à une augmentation de capital et que la politique de dividende du nouveau conseil serait probablement "beaucoup plus attractive que par le passé".

EADS a proposé un dividende de 0,60 euro par action au titre de 2012 contre 0,45 euro pour 2011. L'assemblée générale annuelle du groupe est prévue le 29 mai.

Tom Enders, qui va pouvoir discuter avec le nouveau conseil de la révision stratégique en préparation du groupe, s'est montré confiant dans sa capacité à continuer à améliorer ses performances, après un bond de 68% de son bénéfice d'exploitation avant exceptionnels en 2012 grâce à Airbus.

Le directeur financier Harald Wilhelm a précisé de son côté que les contrôles effectués sur le programme à risque du futur long-courrier A350 d'Airbus permettraient de limiter tout impact trop important sur la trésorerie.

Avec Blandine Hénault, édité par Jean-Michel Bélot

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