EADS et BAE ont deux jours pour convaincre les Etats

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par Matthias Blamont et Tim Hepher

PARIS (Reuters) - EADS et BAE Systems veulent convaincre dans les 48 heures la France, l'Allemagne et le Royaume-Uni de s'entendre sur l'actionnariat du futur leader mondial d'aéronautique et de défense qu'ils veulent créer, étape indispensable pour espérer persuader les marchés ensuite.

En vertu de la législation boursière britannique, les deux entreprises ont jusqu'à mercredi à 16h00 GMT pour dévoiler le schéma de fusion retenu ou renoncer à leur projet.

EADS et BAE ont toutefois la possibilité de solliciter un report de cette date limite auprès du régulateur britannique, mais les sources interrogées par Reuters estiment que sans accord politique, leur demande pourrait être refusée.

"Si la question centrale de l'actionnariat est résolue, il y aura certainement plus de temps pour régler les autres questions comme celles des sièges sociaux ou de la place de chacun au sein du conseil d'administration", a déclaré lundi une source diplomatique.

"Dans le cas contraire, Tom Enders (le président exécutif d'EADS, NDLR) et Ian King (le PDG de BAE) ont déjà dit qu'ils jetteraient l'éponge le 10 (octobre)", a-t-elle ajouté.

EADS et BAE ont intérêt à faire pression sur les gouvernements. "Le (takeover) panel britannique peut tout à fait refuser d'accorder un report s'il estime que les Etats ne sont pas capables de converger", a de son côté expliqué une source industrielle.

Pour l'heure, Paris, Londres et Berlin ne semblent toujours pas à l'unisson.

La France, à la tête de 15% d'EADS, souhaite rester au capital. L'Allemagne, qui n'a pas d'actions, veut bénéficier du même traitement que la France et prendre une participation, ce dont Londres ne voulait pas entendre parler... avant de revenir en arrière dimanche.

TENSIONS

La participation des Etats constitue un sujet délicat au regard du positionnement de BAE aux Etats-Unis, premier marché de défense du monde au sein duquel la société britannique jouit d'un accès privilégié, notamment avec des contrats classés secret-défense.

L'Allemagne aimerait également que la nouvelle entité issue du rapprochement conserve un siège dans la banlieue de Münich, où sont déjà implantés des locaux d'EADS. Tom Enders a pour sa part plaidé en faveur d'un siège à Toulouse pour les activités civiles et à Londres pour celles de défense.

Cette demande aurait fortement tendu les négociations vendredi, indique la source industrielle.

Le Royaume-Uni estime par ailleurs que la France doit avoir une participation inférieure à 10% dans le nouvel ensemble et renoncer à la possibilité ultérieure de racheter la part de 7,5% détenue par le groupe de médias Lagardère.

"Notre position est la suivante : la France devrait sensiblement diminuer sa participation. Celle-ci doit être inférieure à un certain niveau pour qu'elle soit du même ordre que celles détenues par de grands investisseurs institutionnels (...)", a déclaré Philip Hammond, le secrétaire britannique à la Défense, au cours d'un entretien accordé à la BBC.

La France est opposée à cette condition.

"Si la France n'a même pas la possibilité d'envisager une reprise de la participation que Lagardère veut céder, pour nous ça ne semble pas jouable", fait valoir une source proche du gouvernement français.

MÉCONTENTEMENT

Des sources bancaires ont de leur côté indiqué qu'EADS et BAE s'étaient préparés à demander une prolongation des négociations mercredi.

Les deux groupes vont devoir répondre au mécontentement exprimé par plusieurs actionnaires privés.

La parité de fusion retenue - 60% pour les actionnaires de la maison mère d'Airbus et 40% pour ceux du britannique - est contestée.

Invesco Perpetual, qui dit détenir 13,3% des actions ordinaires de BAE, a dressé une longue liste d'objections à la fusion, citant notamment des craintes d'ingérence des Etats, l'absence de logique stratégique de l'opération et le manque de visibilité concernant les dividendes au-delà de 2013.

Lagardère a également appelé la semaine dernière à un réexamen du projet afin d'obtenir des conditions plus favorables.

Le constructeur automobile allemand Daimler, qui contrôle 15% d'EADS et envisage de sortir lui aussi du capital, n'a pas encore fait connaître sa position officiellement.

avec Emmanuel Jarry, édité par Dominique Rodriguez

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