EADS et BAE doivent encore convaincre Berlin

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LES ÉTATS AVANCENT SUR LE PLAFONNEMENT DANS LE DOSSIER EADS-BAE
LES ÉTATS AVANCENT SUR LE PLAFONNEMENT DANS LE DOSSIER EADS-BAE

par Matthias Blamont et Tim Hepher

PARIS (Reuters) - EADS et BAE Systems ont obtenu mardi le soutien décisif de la France et du Royaume-Uni à leur projet de fusion mais l'Allemagne, inquiète de perdre une partie de sa souveraineté, continue à résister.

Les dirigeants des deux groupes d'aéronautique et de défense, Tom Enders et Ian King, devaient s'entretenir en fin de journée pour décider des suites à donner à un processus rendu de plus en plus difficile ces derniers jours par la division des Etats et le mécontentement de plusieurs grands actionnaires.

La législation boursière britannique oblige les deux entreprises à dévoiler d'ici à mercredi (16h00 GMT) les modalités de leur rapprochement, à demander l'autorisation de poursuivre les négociations ou à renoncer.

Ce sont les deux dernières hypothèses qui semblaient les plus probables mardi après-midi.

EADS et BAE veulent croire à la viabilité de cette fusion géante qui donnerait naissance à un nouveau mastodonte du secteur, plus important en chiffre d'affaires que l'américain Boeing.

Les deux groupes, confrontés à la baisse des budgets de défense en Europe et aux effets de cycles de l'aviation civile, estiment que leur combinaison les renforcera face à la concurrence, notamment en Asie.

Le mariage passe toutefois par une réévaluation du poids des Etats au capital et par une redéfinition de leurs prérogatives en matière de gouvernance, deux points de friction pour les capitales européennes qui craignent pour l'emploi sur leur sol et leur capacité à peser sur les décisions du groupe.

Selon un projet de compromis vu par des sources interrogées par Reuters, la France - qui contrôle actuellement 15% d'EADS et souhaite pouvoir racheter la part de 7,5% du groupe Lagardère - serait autorisée à augmenter sa participation ultérieurement, à condition qu'un plafond global pour les participations publiques soit établi dans la nouvelle entité.

"Pour que cela marche, cela impliquerait de rompre le lien entre la future taille potentielle de la participation française et la participation allemande", a expliqué une source diplomatique au fait des discussions.

L'Allemagne, qui n'est pas présente au capital d'EADS, pourrait se voir offrir un ticket de 9% dans la nouvelle structure mais elle insiste toujours pour un traitement égal à celui des Français.

CONVAINCRE

Selon une autre source proche des discussions, l'Allemagne n'a pas changé de position et estime que peu de progrès a été accompli.

"La situation semble compromise pour la fusion car il n'y a toujours aucun consensus entre les gouvernements", a-t-elle dit.

EADS a démenti dans l'après-midi une information d'une agence de presse allemande évoquant un échec des discussions. L'information a brièvement fait grimper l'action du groupe européen jusqu'à 26,85 euros à la Bourse de Paris. Le titre a finalement clôturé sur une baisse de 0,57% à 26,1 euros.

A Londres, BAE a reculé de 0,28% à 324,24 pence.

D'autres sources ont indiqué cette semaine qu'EADS et BAE ne solliciteraient de délai qu'en cas d'avancées significatives.

En cas de prolongation, et sous réserve du feu vert des autorités boursières de Londres, EADS et BAE devront encore convaincre les investisseurs de la logique du rapprochement.

"Il faut qu'ils s'y mettent (...) je ne crois pas que la tactique consistant à apaiser les gouvernements va continuer à marcher", a déclaré un actionnaires de BAE.

Invesco Perpetual, qui dit détenir 13,3% des actions ordinaires de BAE, a dressé mardi une longue liste d'objections à la fusion, citant notamment des craintes d'ingérence des Etats, l'absence de logique stratégique de l'opération et le manque de visibilité concernant les dividendes au-delà de 2013.

Lagardère, désireux de sortir au meilleur prix possible, a également critiqué le projet de fusion.

Avec Sophie Sassard, Gilles Guillaume, Jason Neely, Gernot Heller

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