EADS envisage de demander sa propre licence bancaire

le
0
EADS envisage de demander sa propre licence bancaire
EADS envisage de demander sa propre licence bancaire

par Christian Plumb et Tim Hepher

PARIS/PEKIN (Reuters) - EADS, en envisageant de demander sa propre licence bancaire, relance un projet autrefois censé lui permettre d'apparaître aussi puissant que le géant américain General Electric mais qui aujourd'hui semble surtout être un moyen de protéger sa trésorerie.

Sur le départ, le directeur financier du groupe européen d'aéronautique et de défense Hans Peter Ring a créé la surprise la semaine dernière en disant réfléchir à l'opportunité de créer une banque. Raison évoquée ? La maison mère d'Airbus est aujourd'hui mieux notée que certains de ses créanciers.

L'initiative pourrait marquer le début d'une nouvelle phase brutale de la crise financière en Europe, EADS étant le dernier acteur industriel en date à rechercher des solutions pour se protéger des difficultés croissantes du Vieux Continent.

"A mes yeux, il s'agit avant tout d'un risque de contrepartie", explique un banquier d'affaires basé à Paris, qui a requis l'anonymat.

"Si le monde entier s'effondre, juridiquement, tout ce qui est à la BCE est sauf. Si c'est placé dans des fonds mis sur pied par une banque et que la banque est fragile, parfois il y a un risque", ajoute-t-il.

EADS emboîterait également le pas de groupes industriels comme Siemens à qui les licences bancaires permettent d'avoir accès directement aux prêts à taux faibles de la BCE.

Généralement, lorsqu'une société détient une licence bancaire et qu'elle est considérée comme une contrepartie éligible, elle est autorisée à déposer des fonds auprès de la banque centrale et à accéder à des fonds comme emprunteur, y compris d'éventuelles futures injections de cash à bas coûts comme celle offerte aux banques un peu plus tôt cette année. Dans certains cas, rares, la BCE peut toutefois refuser.

Une telle licence bancaire, relativement aisée à obtenir selon les analystes, pourrait en outre aider des clients à financer des achats d'avions, même s'il ne semble pas aujourd'hui que ce type d'aide soit nécessaire.

ACCÈS DIRECT

Certaines banques françaises se sont désengagées du financement d'appareils après un tarissement de l'accès au financement en dollar l'été dernier, mais les banques américaines et asiatiques ont pour l'essentiel pris le relais.

"Globalement, les banques françaises, qui avaient peut-être eu un rôle plus important, sont dans les faits revenues à un rôle normal", explique Sandy Morris, analyste à Jefferies. "L'idée, avec une banque, serait d'avoir une arme supplémentaire dans son arsenal en cas de nécessité."

EADS a un problème que beaucoup d'autres voudraient avoir : une trésorerie de 11 milliards d'euros qu'elle souhaite gérer et investir avec prudence.

Comme son concurrent américain Boeing, le groupe a été pour l'essentiel épargné par les difficultés qui ont affecté le secteur aéronautique.

"C'est un projet sage et prophylactique", estime Joseph Campbell, analyste à Barclays. "Cela va leur donner un accès direct à la BCE."

Il ajoute qu'EADS a recours aux banques pour se protéger du risque de change. Son portefeuille de couverture à ce risque représente 80,3 milliards de dollars (64,3 milliards d'euros), a révélé le groupe le mois dernier.

Nouvellement nommé à la présidence exécutive d'Airbus, Fabrice Brégier a déclaré vendredi que l'idée d'une banque était encore à l'étude et qu'aucune décision n'avait été prise.

"Ce n'est pas pour soutenir en tout cas des opérations très court terme, notamment des financements de ventes d'avions", a-t-il dit sur la radio BFM Business. "Pour cela, on a accès aux marchés financiers traditionnels."

PAS ENCORE DE DÉCISION

L'idée de demander une licence bancaire est dans l'air depuis une dizaine d'années chez EADS. Peu après sa création en 2000, ses dirigeants se sont interrogés sur l'opportunité d'en faire un mastodonte européen à l'image de General Electric.

Son bras armé financier GE Capital a permis au conglomérat américain de financer la vente et la location d'appareils d'Airbus et de Boeing, ainsi que le financement et la location de ses propres appareils et de ceux de ses concurrents.

"A l'époque, l'idée était 'nous sommes plus puissants pour nos clients si nous avons une banque', n'est-ce pas l'une des clefs du succès du GE ?", explique une source qui connaît bien le groupe. "Aujourd'hui, la question est plus de savoir si EADS a suffisamment confiance dans ses banques et comment il voit l'avenir."

Boeing a également un bras armé financier, Boeing Capital Corporation, "mais il agit davantage comme un facilitateur financier, en rassemblant des sources de financement pour les clients", souligne Robert Stallard, analyste à RBC.

La Bafin, l'autorité allemande qui accorde les licences bancaires, a précisé qu'elle n'indiquait jamais si elle recevait des demandes d'entreprise en ce sens. La Banque de France n'a pas fait de commentaire dans l'immédiat.

"Avec la crise, tout le monde réfléchit à des scénarios", a déclaré une source au fait du dossier. "C'est de nouveau sur l'écran radar mais je ne dirais pas qu'on est proche d'une décision."

Gwénaëlle Barzic pour le service français, édité par Dominique Rodriguez

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant