EADS conforte son indépendance avec le choix de son président

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DENIS RANQUE SERA PROPOSÉ POUR ÊTRE LE FUTUR PRÉSIDENT D'EADS
DENIS RANQUE SERA PROPOSÉ POUR ÊTRE LE FUTUR PRÉSIDENT D'EADS

par Tim Hepher

PARIS (Reuters) - EADS a coupé mardi encore un peu plus le cordon qui le liait dans le passé aux Etats en proposant de nommer à son conseil d'administration l'ancien PDG de Thales, Denis Ranque, qui deviendra ainsi le premier président indépendant du groupe européen d'aéronautique et d'espace.

Le comité de nomination d'EADS va proposer à la prochaine assemblée générale de porter Denis Ranque, 61 à la présidence (non exécutive) du conseil d'administration du groupe à l'issue d'une assemblée générale qui devrait être convoquée fin mars début avril, a-t-on appris de deux sources proches du dossier.

Denis Ranque a appris cette décision alors qu'il bouclait une traversée de l'Atlantique en bateau, près de quatre ans après avoir été poussé à démissionner de la présidence de Thales.

"C'est un capitaine d'industrie très respecté avec une grande expérience du secteur et des différentes activités d'un groupe comme EADS", a déclaré l'une de ces sources.

Denis Ranque est l'un des 12 candidats au futur conseil d'administration d'EADS. Une fois élu le nouveau conseil désignera son président lors de sa première réunion.

Cette nomination peut être considérée comme une victoire pour le président exécutif du groupe, Tom Enders, qui a dû manoeuvrer habilement afin de défendre l'indépendance tout juste conquise d'EADS face aux velléités du gouvernement français de placer Anne Lauvergeon, l'ancienne présidente d'Areva, à la tête du conseil.

L'histoire du groupe, créé en 2000, a été jalonné de conflits entre les actionnaires français et allemands.

La composition du conseil était en effet un test important pour le groupe, après l'adoption en décembre d'un nouveau pacte d'actionnaires qui doit réduire l'influence des Etats.

DENIS RANQUE, DE RETOUR D'UNE LONGUE TRAVERSÉE

Le soutien apporté récemment par le gouvernement français à une candidature d'Anne Lauvergeon avait laissé craindre un retour des vieux réflexes politiques au moment même où le groupe cherchait à s'affranchir du joug franco-allemand.

"C'était un processus difficile. Si jamais nous avions donné l'impression que le président avait été parachuté, le nouvel accord aurait été vidé de son sens", ajoute la même source.

Anne Lauvergeon sera tout de même présente au conseil d'administration d'EADS. Elle y représentera, avec Jean-Claude Trichet, l'ancien président de la Banque centrale européenne (BCE), les intérêts français.

Hans-Peter Keitel, 65 ans, vice-Président de la Fédération des Industries Allemandes (BDI) et Manfred Bischoff, 70 ans, ancien coprésident d'EADS, joueront le même rôle coté allemand.

La France et l'Allemagne auront chacune deux représentants au conseil du groupe, qui compte au total douze membres. Il était donc particulièrement important pour EADS de choisir le président du conseil d'administration parmi les huit autres administrateurs indépendants.

Par ailleurs, un américain, Ralph D. Crosby, sera pour la première fois au conseil du groupe européen.

Denis Ranque reviendra ainsi à la tête d'un grand groupe de défense européen après avoir été poussé en 2009 à la démission de la présidence de Thales, un an avant la fin de son mandat.

Il décida alors de prendre le large, au sens propre, en entamant un long tour du monde à la voile, qu'il n'a pas encore bouclé.

Ironiquement, Denis Ranque avait déjoué deux tentatives informelles d'EADS, la maison mère d'Airbus, de mettre la main sur Thales lorsqu'il était président de cette société.

Il entretient néanmoins de bonnes relations avec Tom Enders, qui a succédé l'an dernier à Louis Gallois à la présidence exécutive d'EADS.

A la présidence du conseil d'EADS, Denis Ranque devra contribuer à élaborer une nouvelle stratégie pour le groupe après l'échec l'an dernier du projet de fusion avec BAE Systems, qui devait lui permettre de rééquilibrer ses activités civiles et militaires.

Son arrivée ne devrait toutefois pas relancer les discussions sur une fusion avec le groupe Thales, désormais étroitement contrôlé par Dassault Aviation.

Avec la contribution de Jean-Michel Bélot, édité par Nicolas Delame

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