Duflot : les agents immobiliers rejettent la caricature

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Cécile Duflot s'est attaqué ce matin aux honoraires pratiqués lors de la signature des contrats de locations par les agences immobilières. Le texte est jugé contre-productif par les professionnels du secteur.

Les réseaux d'agences immobilières dénoncent déjà «un effet d'annonce» et «une victoire à la Pyrrhus». En choisissant de s'en prendre directement aux honoraires des professionnels, la ministre du Logement Cécile Duflot a provoqué le mécontentement de l'ensemble des acteurs du secteurs. Car si la ministre affirme que les mesures dévoilées ce matin ne porteront «pas tort à ceux qui exercent correctement leur métier», les responsables des principaux réseaux d'agences se sentent avant tout stigmatisés. «Ce n'est pas en tapant sur une profession que le gouvernement va régler le problème du logement en France», affirment-ils en ch½ur.

«Nous sommes un peu surpris», explique Bernard Cadeau, patron de Orpi. Membre, comme la plupart des grands réseaux d'agences de l'Union des professionnels des services immobiliers (UPSI), structure fondée pour travailler à la refonte de la loi Hoguet, et ainsi redorer l'image écornée du métier de commercial dans l'immobilier, il avait pu présenter des propositions au ministère. «Nos représentants avaient trouvé la ministre très à l'écoute», s'étonne Frédéric Monssu, directeur général de Guy Hoquêt l'Immobilier. Les suggestions, très éloignés de celles qui ont retenu son attention, portaient davantage sur la formation professionnelle... «Je ne dis pas que les abus n'existent pas, mais nous avons déjà pris nos responsabilités. Chez Orpi notamment, nous avons des instances en interne pour gérer les litiges», explique Bernard Cadeau. «Sachant qu'un acquéreur dépense en moyenne 190.000 euros pour acheter un appartement, et que le logement est aujourd'hui le premier poste de dépense des ménages, nous trouvons normal que les agents soient formés et détiennent un diplôme spécifique. Nous sommes aussi en faveur de la création d'un conseil supérieur pour chapeauterla profession», insiste Frédéric Monssu qui regrette qu'une profession qui cherche à s'améliorer soit sans cesse remise en question.

Démagogie

Même discours chez Lafôret Immobilier. Pour Yann Jehanno, directeur du réseau, les nouvelles mesures vont même aggraver la situation du marché déjà à la peine. «Si l'État entretient la défiance vis à vis des professionnels, il faut qu'il se prépare à régir les relations de particulier à particulier qui vont forcement augmenter, et qui ne sont pas du tout sécurisées». Les professionnels soulignent notamment que rédiger un bail n'est pas anodin. «Nous sommes responsables, en cas de problèmes, le locataires peut se retourner contre nous», précise Bernard Cadeau pour justifier les montants des honoraires qui correspondent à un réel service, et sont aujourd'hui payés tant par le locataire que par le bailleur. Yann Jehanno estime que sur le plan économique, les nouvelles mesures sont contre-productives. «La défiance envers les agences va forcément entraîner une perte de chiffre d'affaires, donc d'emplois, et pour l'État cela se traduira par une baisse de la TVA», assure-t-il. «On prend le problème par le petit bout de la lorgnette, ça va faire plaisir aux consommateurs à court terme mais cela ne résout rien!», renchérit le patron d'Orpi.

Surtout, tous redoutent une nouvelle salve qui achèverait de décourager les investisseurs. «Le vrai problème du marché est l'absence de construction pour faire pression sur les prix dans les zones tendues. Il faut des investisseurs, mais entre le blocage des loyers, la réforme de la fiscalité, et la réquisition des logements vacants, cela fait beaucoup de mesures décourageantes», explique Bernard Cadeau. Jean Perrin, porte parole de l'Union nationale de la propriété immobilière (UNPI), annonçait ce matin sur Europe 1 que les chiffres de la construction atteindraient leur niveau le plus faible avec seulement 250.000 logements pour l'année 2013. «Nous sommes toujours dans la caricature du méchant propriétaire et du mauvais professionnel, alors qu'il faut simplement sécuriser les relations», regrette Yann Jehanno chez Laforêt. Très remontés, les professionnels ont déjà prévu de solliciter un entretien avec la ministre pour qu'elle révise sa copie. Cécile Duflot a cependant prévenu ce matin sur RTL : «Je sais exactement ce qu'il en est de la situation. Je ne cèderai pas à des hauts cris».

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