Duel socialiste à Marseille sous l'?il de Matignon

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DUEL SOCIALISTE À MARSEILLE SOUS L'OEIL DE MATIGNON
DUEL SOCIALISTE À MARSEILLE SOUS L'OEIL DE MATIGNON

par Jean-François Rosnoblet

MARSEILLE (Reuters) - Le duel de la primaire socialiste pour l'élection municipale à Marseille se durcit entre Patrick Mennucci, qui engrange les soutiens, et Samia Ghali qui accuse Matignon d'?uvrer en sous-main à sa perte.

Les deux qualifiés du premier tour se sont affrontés mercredi lors d'un débat sur France Bleu Provence avant le second tour de la primaire dimanche prochain.

Deuxième derrière la sénatrice Samia Ghali (25,25%), le député Patrick Mennucci (20,65%) a pris un net avantage après le premier tour en enregistrant le soutien de trois des quatre vaincus, le quatrième laissant ses partisans libres de choisir.

Dernier renfort en date, celui du président de la communauté urbaine de Marseille, Eugène Caselli, qui a confirmé mercredi un choix derrière lequel Samia Ghali voit la main de Matignon.

"Si Eugène rejoint Patrick Mennucci, c'est que Matignon le lui a demandé. Il y a eu des coups de fil de Matignon", a -t-elle affirmé lors du débat.

"Tu es le candidat de Paris, de Matignon", a-t-elle lancé à son interlocuteur, ironisant sur ce qu'elle qualifie de "petits arrangements entre amis", fruits d'un "système qui perdure".

"Les premiers coups de fil ont eu lieu avant le premier tour et il a déjà failli se désister, et puis il s'est rétracté", a-t-elle ajouté, accusant l'élu de "n'avoir cessé d'appeler Matignon pour faire plier Caselli et les autres".

La sénatrice des Bouches-du-Rhône visait ainsi la grande battue du premier tour, Marie-Arlette Carlotti, qui a fini au pied du podium malgré son statut de favorite des sondages.

La ministre aux Personnes handicapées et à la Lutte contre l'exclusion avait dénoncé le "clientélisme" dont aurait usé Samia Ghali dans les quartiers Nord de la ville lors du premier tour, avant d'être rappelée à l'ordre par le Premier ministre, soucieux de ne pas laisser ces primaires virer au pugilat.

"J'AI LA TÊTE D'UN HOMME D'APPAREIL?"

Patrick Mennucci a récusé toute pression de Matignon. "Cela fait des années que je suis tout seul, que je suis différent. Est-ce que j'ai la tête d'un homme d'appareil?", a-t-il répondu lors d'une conférence de presse avec Eugène Caselli.

Ce dernier est allé dans le même sens : "Vous croyez qu'à 67 ans on peut encore me dicter ma conduite? J'ai la tête dure et je ne suis pas les consignes".

Niant avoir eu Jean-Marc Ayrault au téléphone, il a dit avoir juste appelé son cabinet pour "le prévenir de nos décisions". "C'est normal, c'est le chef de la majorité. Je ne voulais pas qu'il l'apprenne par un communiqué de presse".

Le président de la communauté urbaine avait pourtant eu des mots très durs envers le maire du 1er secteur de la ville, affirmant que "Patrick Mennucci ne sera jamais maire de Marseille".

"Dans toutes les familles, il y a toujours des débats, parfois des disputes. Dans toutes les campagnes, il y a des moments d'excès. Je sais faire la part des choses", dit-il aujourd'hui.

Le Parti socialiste a fait de la conquête de la deuxième ville de France, administrée depuis plus de 18 ans par l'UMP Jean-Claude Gaudin, sa priorité.

Dans ce contexte, Patrick Mennucci apparaît sans doute plus rassurant aux yeux de l'exécutif qu'une Samia Ghali qui revendique une "candidature hors du système".

Cette dernière s'est déjà frottée par le passé au gouvernement, que ce soit en réclamant l'intervention de l'armée pour enrayer une violence endémique à Marseille ou en s'opposant au projet de métropole inspiré par Matignon.

LA PROXIMITÉ EMBARRASSANTE DE GUÉRINI

Samia Ghali paie sans doute aussi sa proximité supposée avec Jean-Noël Guérini, l'ancien homme fort de la fédération socialiste dont le PS n'est pas parvenu à se débarrasser malgré ses multiples démêlés judiciaires.

Celui qui demeure sénateur et président du conseil général des Bouches-du-Rhône a été le dernier socialiste à défier le maire UMP de la ville et aurait fait de Samia Ghali sa première adjointe en cas de victoire.

"Chacun a les soutiens qu'il veut. Tout le monde connaît clairement ma position, mais il y a une candidate qui ne s'est pas exprimée là-dessus ", note Patrick Mennucci, qui fait de la rupture avec le système qu'incarne à ses yeux Jean-Noël Guérini un argument de campagne.

La constitution d'un front anti-Ghali semble susceptible de freiner l'élan qui a porté la sénatrice largement en tête des suffrages du premier tour.

"Apparemment, Samia Ghali est la candidate des quartiers Nord, mais je ne la vois pas séduire au-delà", juge le député Henri Jibrayel, autre soutien déclaré de Patrick Mennucci et rival historique de la sénatrice avec laquelle il partage le même territoire.

Soucieux de ne pas insulter l'avenir en créant les conditions d'une cassure trop visible, Patrick Mennucci joue la carte de l'apaisement et se prononce même pour le "pardon des offenses". Il entend ainsi se placer en capacité de "rassembler la gauche" sitôt l'épisode des primaires terminé.

Le poids des renforts négociés lui offre, sur le papier, une avance significative avec près de 58% des voix, mais il lui faut encore transformer l'essai face à la "pasionaria des quartiers Nord".

Edité par Gérard Bon

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  • M2280901 le mercredi 16 oct 2013 à 18:02

    Le PS comme le PC est un parti moribond rien à foutre