Duel Essebsi-Marzouki pour la présidence tunisienne

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* Six points séparent les deux candidats du second tour * Les reports de voix seront déterminants * Essebsi accuse Marzouki d'être soutenu par les islamistes * Marzouki pointe le retour à un parti unique d'avant la "révolution de jasmin" par Tarek Amara et Patrick Markey TUNIS, 25 novembre (Reuters) - Le second tour de l'élection présidentielle en Tunisie opposera comme prévu le mois prochain Béji Caïd Essebsi, candidat de l'alliance laïque Nidaa Tounes, au président sortant, Moncef Marzouki. Essebsi est arrivé en tête du premier tour avec 39,46% des suffrages, d'après les résultats provisoires publiés mardi par l'Instance supérieure indépendante pour les élections (ISIE). Il devance de six points Moncef Marzouki, crédité de 33,43% des voix exprimées dimanche. La date du second tour n'a pas encore été arrêté; il devrait avoir lieu le 14, le 21 ou le 28. Après les législatives d'octobre, qui ont vu Nidaa Tounes l'emporter avec 86 élus devant les islamistes d'Ennahda (69 députés), ce scrutin présidentiel, le premier au suffrage universel direct, est le point d'orgue de la transition démocratique souvent chaotique entamée après la "révolution de jasmin" de 2011 et l'éviction de Zine Ben Ali. Président du Parlement et ministre des Affaires étrangères sous Habib Bourguiba, père de l'indépendance, Béji Caïd Essebsi, qui est âgé de 87 ans, se présente comme un homme d'Etat expérimenté à même d'achever cette transition et de "rendre son prestige" à la Tunisie. Ses rivaux, Marzouki en tête, le dépeignent comme un vestige des régimes autocratiques de Bourguiba puis de Ben Ali et craignent, après le succès de l'alliance Nidaa Tounes aux législatives d'octobre, un retour à l'"hégémonie d'un parti unique" qui ramènerait la Tunisie en arrière. Les adversaires de Marzouki lui reprochent eux son alliance avec les islamistes d'Ennahda, qui lui a permis d'être élu président par intérim fin 2011 par les députés de l'Assemblée constituante. Le parti Ennahda n'avait pas présenté de candidat à l'élection présidentielle ni donné de consignes de vote mais Béji Caïd Essebsi affirme que son rival a fait le plein des voix islamistes. "S'il a fait ce résultat, c'est qu'il a été principalement soutenu par les cadres d'Ennahda, même si les dirigeants d'Ennahda ont toujours clamé qu'ils laissaient les gens voter pour qui ils veulent", a-t-il déclaré sur France 24. "Il a rameuté les ligues de protection de la révolution qui sont des ligues de violence (...) Il a invité à ses meetings certains salafistes, ce qui fait un peu trop", a-t-il ajouté. REPORT DE VOIX La marge dont dispose Essebsi dans la perspective du second tour est plus réduite que ne le pensait son équipe de campagne, qui affirmait dimanche soir qu'il devançait d'une dizaine de points le président sortant. Elle préfigure une campagne serrée. Et les tractations ont déjà commencé entre les états-majors des deux candidats encore en lice et de ceux qui ont été éliminés dimanche. Le Front populaire (gauche), dont le candidat Hamma Hammami est arrivé en troisième position avec 7,82%, a d'ores et déjà rejeté tout appel à voter Marzouki du fait même de ses liens avec les islamistes d'Ennahda. Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi, les deux opposants assassinés par des extrémistes islamistes en février et juillet 2013, étaient membres du Front populaire, qui accuse le gouvernement alors dirigé par Ennahda d'avoir été trop laxiste vis-à-vis de la mouvance islamiste radicale. Pour sa part, l'homme d'affaires Slim Riahi, qui a obtenu un peu plus de 5,5% des voix au premier tour, a indiqué qu'il était en contact avec les deux candidats mais a reporté sa décision à la semaine prochaine. Riccardo Fabiani, spécialiste de l'Afrique du Nord pour le groupe de consultants Eurasia, estime qu'Essebsi dispose d'un réservoir de voix plus large que Marzouki. "Il semble plus probable qu'Hammami et Riahi le soutiennent plutôt que le président sortant, parce qu'ils sont idéologiquement opposés à lui. En soutenant Essebsi, ils viseront à accentuer leur poids dans les négociations", explique-t-il. Les prérogatives présidentielles sont plus réduites que celles du Premier ministre, qui sera choisi parmi les membres du parti politique ou de la coalition ayant obtenu le plus grand nombre de sièges au parlement. Dans la nouvelle Assemblée, qui devrait tenir sa session inaugurale début décembre, Nidaa Tounes dispose de 86 des 217 élus. L'Union patriotique libre (UPL) de Riahi en a 16 et le Front populaire 15. (Tarek Amara et Patrick Markey, avec Sophie Louet à Paris; Danielle Rouquié et Jean-Philippe Lefief pour le service français, édité par Guy Kerivel)

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