Duel entre milliardaires pour SFR

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VIVENDI A REÇU DEUX OFFRES POUR SFR
VIVENDI A REÇU DEUX OFFRES POUR SFR

par Gwénaëlle Barzic et Leila Abboud

PARIS (Reuters) - Un duel oppose désormais deux milliardaires pour prendre le contrôle de l'opérateur SFR tandis qu'un troisième reste en embuscade. Une quatrième grande fortune française pourrait jouer les juges de paix.

Vivendi a annoncé mercredi soir avoir reçu deux offres pour sa filiale, numéro deux de la téléphonie mobile en France.

La première émane de Numericable sous la houlette de l'entrepreneur Patrick Drahi, qui pointe au 215e rang du classement Forbes des plus grandes fortunes et la seconde est portée par Bouygues dont le dirigeant Martin Bouygues se classe avec son frère Olivier à la 408e place.

Le fondateur d'Iliad, Xavier Niel (162e place), pourrait cependant jouer les trouble-fête en prenant le train en marche avec une contre-offre ou attendre son heure pour racheter Bouygues si ce dernier échoue à prendre le contrôle de SFR.

L'issue de ce duel est pour partie entre les mains d'un autre milliardaire, l'homme d'affaires Vincent Bolloré, vice-président du conseil de surveillance de Vivendi dont il est le deuxième plus grand actionnaire, et 183e fortune mondiale.

Resté silencieux depuis que la valse des prétendants s'est mise en marche autour de SFR, l'entrepreneur breton ne manquera pas de peser dans les délibérations du conseil de Vivendi pour décider de la meilleure option à suivre entre le projet initial d'introduction en Bourse de SFR ou une cession.

Pour réussir à mettre la main sur la marque au carré rouge qui compte 21 millions de clients mobiles, Martin Bouygues et Patrick Drahi ont multiplié les gages de bonne volonté.

Car, en plus de convaincre les actionnaires de Vivendi, les candidats devront également réussir avec succès l'examen de passage devant l'Autorité de la concurrence, seule habilitée à déterminer la validité d'une éventuelle opération, tout en répondant aux préoccupations des pouvoirs publics.

PAS DE FAVORI POUR LE GOUVERNEMENT

"L'analyse du gouvernement s'appuiera avant tout sur trois critères : l'emploi, la capacité à investir dans l'outil industriel et la qualité du service qui sera fourni au consommateur", a détaillé ce mercredi la porte-parole du gouvernement Najat Vallaud-Belkacem, en précisant que l'exécutif n'avait pas de candidat préféré.

Au jeu des comparaisons, l'offre de Numericable est jugée mieux positionnée par certains analystes financiers car comportant moins de contraintes sur le plan concurrentiel au vu de la présence réduite du cablô-opérateur dans le mobile.

"Pour Vivendi, la cession à Numericable est moins risquée, car elle a l'avantage de recevoir facilement le feu vert des régulateurs", estiment les analystes d'Oddo dans une note.

Patrick Drahi, qui cherche à mettre la main sur SFR depuis 2012, a bouclé auprès de neuf banques un montage de financement par endettement lui permettant de faire une offre de 14,75 milliards en numéraire et en actions dans un schéma qui verrait Vivendi conserver 32% du nouvel ensemble.

La partie financement bouclée, l'entrepreneur a enchaîné ces derniers jours les entrevues avec les membres de l'exécutif car bien qu'il ait bâti un empire dans le câble ces vingt dernières années, il était jusque-là peu connu dans les cercles politiques et économiques français.

Face à lui, Martin Bouygues, qui s'est entretenu la semaine dernière avec le président François Hollande, est une des figures du CAC 40.

Son groupe a attendu le dernier moment pour soumettre une offre à Vivendi qui, si elle aboutit, ramènerait de quatre à trois le nombre d'opérateurs mobiles en France.

Pour parer à d'éventuelles réticences des autorités de concurrence, le groupe est prêt à céder une partie de ses fréquences et de ses sites mobiles.

BOUYGUES PROMET 10 MILLIARDS D'EUROS DE SYNERGIES

Selon deux sources au fait du dossier, son offre sera financée en cash, en dette ainsi qu'avec des titres de la nouvelle entité fusionnée et ne nécessitera pas d'avoir recours à une augmentation de capital.

Le Figaro avance quant à lui que l'offre de Bouygues promet 10 milliards de synergies, un chiffre supérieur aux six milliards avancés par Numericable, et offre à Vivendi plus de 40% du nouvel ensemble, ce qui porterait la valorisation de sa proposition "au-dessus de 15 milliards d'euros".

L'enjeu est de taille pour Bouygues Telecom, affaibli dans le mobile depuis l'arrivée de Free sur ce marché en 2012.

"L'échec d'une offre sur SFR le laisserait structurellement vulnérable, à la merci d'un concurrent renforcé dans le fixe et toujours en difficulté pour résister sur un marché du mobile violent avec quatre acteurs", souligne Jefferies dans une note.

Selon une personne au fait du dossier, Bouygues n'a pas d'autre choix que de tenter de racheter SFR au risque sinon de devenir la proie du groupe de Xavier Niel.

"Les milliardaires n'aiment jamais se retrouver face à un autre milliardaire dans une négociation avec un mauvais jeu", a-t-elle expliqué.

Vivendi devrait trancher d'ici la fin du mois.

(Avec Matthieu Protard et Sophie Sassard, édité par Juliette Rouillon)

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  • olivie91 le mercredi 5 mar 2014 à 23:59

    Free gagnant au bout du compte non après tout ce qu il a détruit.La je quitte sfr et retourne chez Orange.À suivre ces petites histoires entre amis.