Du rêve au cauchemar

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Du rêve au cauchemar
Du rêve au cauchemar

Comment passer du rêve au cauchemar ? En l'espace de quelques années, le Mans FC a tristement répondu à la question. Entre réalité financière et échec sportif, le club présidé par Henri Legarda est passé d'une première accession en Ligue 1 en 2003 à une rétrogradation administrative en DH prononcée mardi par la DNCG. A l'aube de la saison 2013-14, retour sur les raisons d'un fiasco.

Henri Legarda, seul responsable ?

A la suite de l'annonce de la rétrogradation du Mans, les supporters se sont déchaînés sur les réseaux sociaux et les forums consacrés au club sarthois. Mais le président du MFC est-il le seul à blâmer ? « C'est un échec personnel, j'ai une pensée pour les salariés du club, les joueurs et les supporters (?) Je trouve la sanction très dure, j'attends les motivations de cette décision », a expliqué le président du club manceau, les yeux rougis, en conférence de presse. Des larmes qui ne risquent pas forcément d'attendrir les plus fervents fans du club, souvent très critiques envers l'homme d'affaires. Ils oublient pourtant que c'est lui qui a fait passer, en sept ans de présidence, leur club, ancré historiquement en Ligue 2, à un pensionnaire de milieu de tableau de Ligue 1. Avec comme point d'orgue une saison 2007-08 mémorable. Emmené par Rudi Garcia, le MUC 72 (comme il s'appelle à l'époque) termine à la 9eme place en Ligue 1 et atteint la demi-finale de la Coupe de la Ligue (éliminé par Lens aux tirs au but). Dans les rangs manceaux, on compte plusieurs joueurs qui confirmeront ensuite à plus haut niveau. On pense notamment à Gervinho, Tulio de Melo, Stéphane Sessegnon ou encore Marko Basa et Romaric. Le Mans est d'ailleurs renommé pour permettre l'éclosion de joueurs de talent (Ismaël Bangoura ou Modibo Maïga). Une marque de fabrique qui a fait défaut sur les dernières saisons.

Le MMArena, projet trop ambitieux ?

Inauguré en 2011, le MMArena devait, dans un premier temps, coûter 34,5 millions d'euros mais la facture a vite grimpé, passant de 50 à 70, puis finalement 104 M? ! Et s'il est le premier stade français à utiliser le naming comme source de financement (ndlr : en échange d'un million d'euros par an pendant dix ans, la compagnie d'assurance sarthoise MMA avait gagné le droit d'apposer son nom à côté de l'Arena), il s'est surtout signalé par l'élaboration d'un montage financier ubuesque. En clair, c'est le bâtisseur qui prend à sa charge une grosse partie (52 millions dans le cas présent) des dépenses en échange de la concession de l'exploitation du stade pendant 33 ans. Et ce dernier perçoit chaque année 1,332 millions d'euros de la ville du Mans, 700 000 euros par le club et une compensation pour l'aléa sportif. Pour résumer, si le club du Mans n'est pas en Ligue 1, ce qui est le cas depuis plusieurs saisons, c'est le contribuable qui doit payer les pots cassés pour combler le manque à gagner. Pour beaucoup, le projet mené par Henri Legarda et attribué à Le Mans Stadium, filiale de Vinci Concession, était démesuré. La ville du Mans n'est que la 28eme aire urbaine de France et, qu'on le veuille ou non, la Ligue 2 n'attire pas les foules. La moyenne de spectateurs est de 8 000 spectateurs, bien loin des 25 000 que compte le MMArena.

Un contexte économique et sportif insurmontable

Il y a eu la folle réussite des années 2 000 puis une longue descente vers l'anonymat. Un parcours atypique pour un club qui s'est vu certainement trop beau après des lendemains chantant. Après les belles trouvailles comme Didier Drogba et Gervinho, la cellule recrutement du Mans a perdu la clé. En même temps que le club a commencé à décliner sportivement parlant. Juste avant l'entrée dans le nouveau stade, le Mans est relégué en Ligue 2. Et manque d'un rien la remontée la saison suivante (4eme à la différence de buts face à Dijon). Il ne s'en remettra pas. Un timing pour le moins fâcheux qui va conduire le club vers le bas de la hiérarchie. Et les retombées négatives sont rapidement insurmontables. Les budgets sont revus à la baisse (De 42,8 M? en 2008-09 à 11M? en 2012-13) et les joueurs talentueux quittent le navire. Sous le coup d'un encadrement de la masse salariale depuis sa descente, le club ne parvient pas à remonter la pente. Le poids des salaires et la baisse des revenus des droits TV sont un handicap de plus. Henri Legarda tente bien d'insuffler un vent nouveau mais se heurte à la réalité économique. Les sponsors se font rares et le public déserte le MMArena, las de voir leur équipe jouer les seconds couteaux. Après une première alerte en juillet 2012 (ndlr : rétrogradé en National par la DNCG, le Mans obtient finalement son maintien en Ligue 2 après appel auprès du CNOSF), la deuxième sera la bonne. Malgré un appel désespéré aux collectivités locales et la recherche perpétuelle d'éventuels repreneurs, Henri Legarda a dû se résoudre au pire. A l'image de Grenoble, Gueugnon ou Strasbourg, c'est un nouveau club historique du championnat qui vit des moments difficiles. Et cela pourrait même être pire, car en cas de disparition du club, la ville se retrouverait à devoir rembourser le stade à hauteur de 45 millions d'euros. On appelle cela des dommages collatéraux.

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