"Du haut vol", quand les as de la voltige aérienne dansent pour Marseille Provence 2013

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La chorégraphe française Kitsou Dubois (Centre) avec les deux pilotes, le capitaine Pierre Varloteaux (G) et le capitaine François Le Vot (deuxième à droite) à Salon-de-Provence, le 7 mai AFP PHOTO / GERARD JULIEN
La chorégraphe française Kitsou Dubois (Centre) avec les deux pilotes, le capitaine Pierre Varloteaux (G) et le capitaine François Le Vot (deuxième à droite) à Salon-de-Provence, le 7 mai AFP PHOTO / GERARD JULIEN

(AFP) - Une scène d'un kilomètre cube et deux avions de voltige en vol simultané pour un véritable ballet de danse aérien: le spectacle "Du haut vol", présenté pour Marseille Provence 2013, réunit l'art de la chorégraphe Kitsou Dubois et la technique de l'équipe de Voltige de l'armée de l'Air.

Les deux pilotes y réalisent vrilles, tonneaux, et autres chutes en "feuilles mortes" à des vitesses atteignant par moment 300 km/heure et des accélérations de 10 fois la gravité. Rien d'exceptionnel pour eux, spécialistes de la voltige. Sauf que, pour ce spectacle, ils doivent voler ensemble, de manière synchronisée, et avec la volonté de "faire naître l'émotion".

À bord de leurs petits avions Walter Extra, 600 kilos pour 330 chevaux, les deux membres de l'équipe de Voltige de la base aérienne de Salon de Provence ont ainsi dû apprendre à gérer simultanément leur technique individuelle, la présence d'un autre voltigeur tout près d'eux, et la notion de chorégraphie.

"Il faut s'occuper non seulement de son avion, du spectateur, mais aussi de l'autre (pilote)", résume le capitaine Pierre Varloteaux, équipier. "Avant, on avait juste une petite idée de là où on voulait poser la figure", ajoute le capitaine François Le Vot, le leader de la formation. Dans cette discipline très codifiée, les juges valorisent d'habitude uniquement la technique de figure, expliquent les pilotes.

"Ils ont le point de vue de la figure, et moi, un autre point de vue, celui du ciel", analyse la chorégraphe Kitsou Dubois. Cette artiste "de l'apesanteur", prix de la villa Médicis, qui a travaillé sur des projets avec l'agence française de l'Espace (Cnes) et la Nasa, est restée près d'un an en résidence sur la base 701 de Salon pour monter le projet.

Pour imaginer ce spectacle, "je prends un plateau: un kilomètre cube, je le remplis, je le rythme", raconte-t-elle. On voit ainsi, sur l'un des tableaux, une vrille à plat du "leader" autour de laquelle le "second" vient s'enrouler, tout en lâchant un panache de fumée blanche, le tout parfaitement synchronisé sur une création sonore du "sculpteur sonore" Jean-Jacques Palix.

La confrontation des deux univers, de la rigueur de l'aviation militaire et de la culture artistique, n'est pas allée de soi immédiatement. "J'ai été assez modeste, j'ai essayé de comprendre comment ça se passe, l'agencement des figures, la rythmique", relève Kitsou Dubois. "Puis j'ai essayé de les amener à certaines choses", poursuit-elle.

La chorégraphe a ainsi apporté son "regard extérieur artistique", mais elle aussi dû apprendre un "langage particulier, un temps particulier", qui n'était pas si éloigné de la chorégraphie. "Lorsque l'on répète les figures au sol, c'est déjà une forme de danse", considère le capitaine Varloteaux.

Malgré cela, le capitaine Fabrice Camliti, commandant de l'équipe de voltige, a parfois dû faire office d'interprète. "Kitsou me donnait certains éléments que je m'efforçais de traduire en termes techniques", relève-t-il.

Pour mieux comprendre le point de vue du pilote, Kitsou Dubois est même montée à bord. Elle a aussi énormément échangé sur les capacités techniques des machines, "véritable prolongation du corps des pilotes", selon elle.

"Le regard de Kitsou a vraiment été fondamental. La confrontation de deux cultures, cette zone de friction, est intéressante", renchérit le capitaine Le Vot. "La maîtrise technique est un petit peu changée, sublimée" grâce à la mise en scène, juge le capitaine Varloteaux.

L'artiste a également recherché l'équilibre entre la dimension artistique et la prouesse technique. "Il doit y avoir une valeur, une virtuosité reconnue par leurs pairs", estime-t-elle. Malgré ce projet et le temps qu'ils y consacrent, les deux pilotes restent engagés dans les compétitions de voltige internationales.

Plus de 22 vols d'entraînement ont été nécessaires pour parfaire la chorégraphie de Kitsou Dubois. Elle sera "restituée" pour la première fois les 25 et 26 mai, lors de la célébration des 60 ans de la Patrouille de France. "Si on arrive à faire naître l'émotion, le geste artistique sera abouti", lance dans un sourire le capitaine Le Vot.

tlg/mfo/jag

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