Doutes sur le référendum après les élections en Catalogne

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VICTOIRE EN DEMI-TEINTE POUR LES SÉPARATISTES CATALANS
VICTOIRE EN DEMI-TEINTE POUR LES SÉPARATISTES CATALANS

par Fiona Ortiz et Braden Phillips

BARCELONE, Espagne (Reuters) - Les indépendantistes ont, comme prévu, remporté une large victoire lors des élections anticipées dimanche en Catalogne, mais un morcèlement dans la répartition des sièges pourrait compliquer la tenue d'un référendum sur une autonomie accrue de la région.

Les quatre formations favorables à une consultation référendaire sur l'indépendance obtiennent ensemble les deux tiers des 135 élus au parlement régional mais les électeurs ont sanctionné la première d'entre elle, la coalition Convergence et union (CiU, centre droit).

Le parti du président catalan, Artur Mas, demeure, certes, le plus important de la région, mais avec 50 élus il ne dispose pas d'une majorité absolue.

Les Catalans ont, semble-t-il, sanctionné la politique d'austérité menée par Artur Mas pour réduire l'important déficit budgétaire de la Catalogne, la CiU perdant 12 élus par rapport à sa représentation dans l'assemblée sortante.

Artur Mas, qui a fait du référendum le thème central de sa campagne après les grandes manifestations de septembre, sera contraint de nouer des alliances avec des formations plus petites, qui ont bénéficié du scrutin.

La Gauche républicaine (ERC), autre parti indépendantiste, apparaît ainsi comme le véritable vainqueur de cette consultation, doublant le nombre de ses élus de 10 à 21.

Artur Mas peut trouver un terrain d'entente avec ses partenaires, mais une coalition pourrait se révéler chaotique en raison de l'opposition de la Gauche républicaine à ses projets de stabilité financière.

ERREUR

"Disposer d'une large majorité aurait dégagé la voie vers l'indépendance. Il sera plus difficile désormais de faire pression sur Madrid en l'absence de majorité", juge Jesus Gilabert, militant de la CiU. "Dans ce processus, il est important d'avoir un seul chef de file, une personnalité à laquelle les gens peuvent s'identifier".

A Madrid, les résultats de ce scrutin ont été accueillis avec soulagement par les conservateurs du Parti populaire (PP) de Mariano Rajoy, président du gouvernement, et par les socialistes du PSOE. Le PP obtient 19 sièges et le PSOE, 20.

Le revers relatif subi par Artur Mas, dans un scrutin marqué par une mobilisation record (68%) depuis 1988, a été interprété comme un échec du projet de référendum.

"Mas voulait que les Catalans décident et c'est ce qu'ils ont fait. Ils ont dit non à sa majorité absolue et à une séparation de la Catalogne du reste de l'Espagne", a expliqué Alicia Sanchez-Camacho, chef de file du PP dans la région.

"Mas a manifestement commis une erreur", estime José Ignacio Torreblanca, directeur de l'antenne madrilène du Conseil européen des relations étrangères, un centre de réflexion. "Il a défendu un programme séparatiste, et les gens lui ont montré qu'ils voulaient voir d'autres personnes mener ce programme."

FRUSTRATION

Redoutant que le vent de séparatisme ne balaie également le Pays basque et d'autres régions, Mariano Rajoy avait estimé que le scrutin catalan était encore plus important que les élections générales.

"La question catalane est l'occasion de discuter d'un modèle qui est un sujet de débat depuis le début. Cela concerne le modèle territorial espagnol", a expliqué Antonio Barroso, analyste politique chez Eurasia Group.

Le séparatisme en Catalogne, comme au Pays basque espagnol, a été durement réprimé sous la dictature franquiste (1939-75) mais les 17 régions espagnoles ont obtenu une large autonomie après le rétablissement de la démocratie et les velléités indépendantistes sont restées limitées dans les années 1980-90.

Des événements récents ont cependant alimenté le sentiment de frustration des Catalans vis-à-vis de Madrid, à commencer par le rejet en 2010 par le Tribunal constitutionnel de plusieurs articles du nouveau statut d'autonomie régional, l'Estatut, dont celui reconnaissant une "nation" catalane.

La crise économique aiguë que traverse l'Espagne est venue renforcer l'argumentaire en faveur d'une sécession de la région, forte de 7,5 millions d'habitants et dont le PIB équivaut à celui du Portugal.

La récession qui frappe le royaume depuis l'éclatement de la bulle immobilière en 2007 entretient un ressentiment des Catalans à l'égard de Madrid. Nombreux sont ceux qui accusent le gouvernement central de prendre leurs impôts pour les reverser aux régions les plus pauvres. Les autorités régionales évaluent le manque à gagner à 16 milliards d'euros par an.

Agathe Machecourt, Julien Dury et Pierre Sérisier pour le service français, édité par Gilles Trequesser

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