Doutes sur la présence de l'Etat islamique en Afghanistan

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par Kay Johnson KABOUL, 23 avril (Reuters) - Les autorités afghanes et les forces de l'Otan en Afghanistan doutent de la responsabilité de l'organisation Etat islamique dans l'attentat suicide qui a fait au moins 33 morts samedi dernier à Jalalabad, dans l'est du pays. L'attaque a été revendiquée par un ancien porte-parole des taliban pakistanais au nom de l'EI en Afghanistan et au Pakistan. Et le président afghan Ashraf Ghani, qui a mis en garde le mois dernier à Washington contre la "terrible menace" que représenterait l'organisation extrémiste sunnite pour son pays, l'a rapidement mise en cause. Les taliban afghans ont quant à eux démenti toute implication dans un attentat qu'ils ont même condamné. (voir ID:nL5N0XF02U ) Mais la piste EI ne convainc pas. "Nous n'avons encore vu aucune preuve pointant dans la direction de l'Etat islamique ou même d'un soutien de l'EI à ces attaques", a déclaré le lieutenant-colonel Christopher Belcher, porte-parole de la coalition militaire internationale en Afghanistan. La ville de Jalalabad, a-t-il ajouté, est située dans un secteur où les taliban sont très présents. "Cette attaque correspond à celles menées par le passé par les taliban", a-t-il poursuivi. Au ministère afghan de la Défense, un porte-parole a lui aussi émis de très sérieux doutes sur un lien entre l'attaque et l'Etat islamique. "Je ne crois pas que cela ait été commis par Daech", a dit le général Dawlat Waziri. Un Etat islamique du Khorasan, terme antique décrivant les actuels Afghanistan et Pakistan, a bien été formé récemment par regroupement de petits groupes issus des taliban qui ont fait allégeance à l'organisation extrémiste sunnite. "Mais ces forces n'auront pas la puissance des combattants de Daech en Syrie et en Irak", ajoute-t-il. EFFET PSYCHOLOGIQUE Les chefs de cet Etat islamique du Khorasan ont été reconnus par la direction de l'Etat islamique dans une vidéo diffusée en janvier. Mais le soutien, militaire et financier, apporté par l'organisation d'Abou Bakr al Baghdadi à cette émanation afghane serait très réduit, voire nul. Michael Kugelman, spécialiste de l'Asie du sud et du sud-est au Wilson Center, basé aux Etats-Unis, souligne que le contexte afghan diffère largement des pays du Moyen-Orient où l'Etat islamique a affirmé son emprise. Il note d'abord que l'Afghanistan ne présente pas une division confessionnelle aussi profonde entre sunnites et chiites, que l'Etat islamique a largement exploitée en Irak. Il estime en outre que l'EI, qui fait face aux bombardements de la coalition mise sur pied par les Etats-Unis et aux contre-offensives des forces irakiennes soutenues par des milices chiites et par l'Iran, n'a guère de latitude pour transférer des ressources plus à l'est. Le mois dernier, les Nations unies se sont inquiétés de la présence de l'organisation Etat islamique en Afghanistan, non pas tant pour ses capacités opérationnelles que pour sa propension à fédérer sous sa bannière des groupuscules jusque-là isolés. "La mission de l'Onu en Afghanistan (Unama) estime que la présence du groupe est une source de préoccupation, mais l'importance de l'EI n'est pas tant liée à ses capacités intrinsèques dans la région qu'au potentiel de ralliement qu'il offre à des groupuscules insurgés dissidents", a dit le représentant spécial de l'Onu pour l'Afghanistan, Nicolas Haysom, devant le Conseil de sécurité. (voir ID:nL6N0WI4E6 ) Pour l'heure, l'un des principaux effets de l'EI en Afghanistan a été de produire un nouveau niveau de peur dans un pays où le conflit en cours depuis treize ans contre les taliban ne montre aucun signe d'essoufflement. (avec Mirwais Harooni à Kaboul et Michelle Nichols aux Nations unies; Jean-Stéphane Brosse et Henri-Pierre André pour le service français)

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