Doutes sur la capacité de la BCE à relancer le marché des ABS

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par John O'Donnell et Eva Taylor FRANCFORT, 20 novembre (Reuters) - La Banque centrale européenne (BCE) doit débuter vendredi ses achats de titres adossés à des actifs (ABS) mais sa capacité à ranimer ce marché mis à mal par la crise financière de 2008-2009 suscite des doutes y compris en son sein. Les ABS, valeurs mobilières adossées à un portefeuille de titres de créances présentant des niveaux de risque différenciés, ont été tenues pour responsables de l'éclatement de la crise financière de 2008-2009, lorsque les bénéficiaires de prêts immobiliers américains à haut risque (subprime) entrant dans la composition de certaines d'entre elles se sont révélés incapables de les rembourser. La BCE, qui vient de publier les modalités de ses interventions sur le marché des ABS, considère que ces instruments peuvent aujourd'hui contribuer à relancer le crédit aux entreprises, en panne dans une zone euro dont l'économie stagne et qui est menacée par la déflation. En cédant des crédits, les banques retrouveront des capacités de prêts, ce qui permettra de relancer les financements et l'activité. La BCE estime que les risques sur ce type d'instruments seront limités, car ce type de prêts comme les crédits auto ou ceux liés à des cartes de crédit, sont généralement remboursés en Europe et leur titrisation sera plus simple et lisible que celle des subprime aux Etats-Unis. Le programme est l'un des piliers de la stratégie du président de la BCE, Mario Draghi, visant à en augmenter le bilan jusqu'à 1.000 milliards d'euros supplémentaires. S'il ne donne pas les résultats escomptés, les pressions pour que la BCE se lance dans une véritable politique d'assouplissement quantitatif impliquant l'achat de dettes souveraines s'en trouveront renforcées. Régulateurs et investisseurs ne cachent pourtant pas leurs scepticisme et, même au sein de la BCE, les espoirs sont mitigés, ont dit plusieurs sources au fait des discussions au sein de la banque centrale. Afin de limiter les risques, la BCE n'envisage d'acheter que les parts les plus sécurisées de ces instruments (tranches seniors), espérant que d'autres investisseurs acquerront les parts plus risquées. "PEU DE CHANCE DE SUCCES" "C'est une stratégie qui a peu de chance de succès", a dit Jacques de Larosière, ancien président du Fonds monétaire international et ex-gouverneur de la Banque de France. "Si je me félicite de l'initiative de la BCE... elle ne peut pas fonctionner si elle est la seule acheteuse des tranches seniors", a-t-il dit à Reuters. "C'est exactement la catégorie pour laquelle il n'y a aucun problème pour trouver des acheteurs. Pour que cela ait un impact, il faut que la BCE et d'autres acheteurs puissent acheter les tranches des ABS dont la qualité (de crédit) est moins bonne et qui sont plus risquées." Un sentiment partagé par de nombreux professionnels des marchés. "Ce n'est pas suffisant en soi de ranimer ces marchés", a dit Richard Hopkin de l'Association for Financial Markets in Europe. "Les règles en matière de fonds propres doivent être modifiées pour qu'il soit plus facile et moins cher pour les assureurs d'investir" dans ce type de support. Les assureurs européens, dont les actifs totaux dépassent les 8.000 milliards d'euros, sont réticents à s'exprimer publiquement sur le sujet mais plusieurs dirigeants du secteur pointent en privé les risques liés au marché des ABS. Voilà qui augure mal des capacité de la BCE à développer un marché sur lequel les montants émis ont atteint 180 milliards d'euros l'année dernière environ quatre fois moins qu'en 2008. Aux Etats-Unis, il a représenté 1.500 milliards d'euros l'année dernière. Au sein même de la BCE, les perspectives ouvertes par les achats d'ABS ne laissent guère d'illusions. "Certaines personnes savent que ça ne va pas marcher", a dit récemment une source proche du dossier en référence aux achats d'ABS et à ceux d'obligations sécurisées, lancés mi-octobre. "C'est trop petit et le problème est beaucoup, beaucoup plus grand." Mais, si l'impact de ces achats d'actifs s'avèrent insuffisants, la BCE pourrait y trouver son compte, estiment certains de ses représentants. Les gouvernements de la zone euro seraient en effet soumis à une pression accrue pour réformer leurs économies et investir. Draghi n'a en tous cas guère eu de soutien des gouvernements pour son programme ABS, en particulier de Paris et de Berlin qui ont refusé d'apporter leur garantie aux tranches plus risqués, ce qui aurait facilité leur placement. Texte de la décision de la BCE sur la mise en oeuvre de son programme d'achats d'ABS (en anglais): http://bit.ly/1F41Amb (Marc Joanny pour le service français, édité par Patrick Vignal)

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