Doutes sur l'issue des discussions avec l'Iran à Genève

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LES NÉGOCIATIONS CONTINUENT À GENÉVE SUR LE NUCLÉAIRE IRANIEN
LES NÉGOCIATIONS CONTINUENT À GENÉVE SUR LE NUCLÉAIRE IRANIEN

par Lesley Wroughton et Fredrik Dahl et Yeganeh Torbati

GENEVE (Reuters) - Il n'y a pas de certitude qu'un accord puisse être conclu avec l'Iran, a déclaré samedi Laurent Fabius qui s'est rendu à Genève pour participer aux négociations multilatérales sur le programme nucléaire de Téhéran.

"Il y a un texte initial que nous n'acceptons pas (...) Je n'ai aucune certitude qu'on puisse conclure à l'heure où je vous parle", a dit le ministre français des Affaires étrangères sur France Inter.

La délégation iranienne et les représentants du groupe dit P5+1 formé par les membres permanents du conseil de sécurité de l'Onu et l'Allemagne ont repris samedi leurs discussions. Les négociations, qui devaient se dérouler jeudi et vendredi, ont été prolongées d'une journée.

Outre le chef de la diplomatie française, le secrétaire d'Etat américain John Kerry et les ministres des Affaires étrangères allemand, britannique et russe se sont rendus à Genève, ce qui semble accréditer l'hypothèse d'un accord.

Les discussions semblent porter sur un gel du programme nucléaire iranien, soupçonné de cacher un volet militaire, en échange d'un allègement des sanctions internationales imposées à la République islamique, qui affirme que ses activités sont purement pacifiques.

Ces mesures réciproques seraient mises en oeuvre de façon provisoire pour une durée d'environ six mois, le temps de négocier un accord définitif après plusieurs années de blocage.

Les négociations achoppent notamment sur le problème soulevé par le réacteur à eau lourde d'Arak, qui produit beaucoup de plutonium, et sur le programme iranien d'enrichissement d'uranium, que les Occidentaux jugent excessif pour un usage strictement civil, a précisé Laurent Fabius.

"On veut un accord mais pas de jeu de dupes", a dit le chef de la diplomatie française. "Il y a quelques points sur lesquels nous ne sommes pas satisfaits (...) Si ces questions-là ne sont pas réglées, ce ne sera pas possible" de parvenir à un accord.

"Ma position et celle du président de la République est celle d'être ouverts à un accord mais d'être extrêmement fermes", a ajouté Laurent Fabius, en précisant que l'unanimité était requise pour parvenir à un accord.

CONCESSION

Son homologue britannique a également douté de l'issue des discussions, tout en faisant état de progrès.

"Ces négociations ont permis d'accomplir de bons progrès et continuent à le faire, mais il y a encore des problèmes importants à résoudre. Il est clair qu'elles ne sont donc pas terminées. Il est trop tôt pour dire si nous parviendrons à une issue concluante aujourd'hui", a déclaré William Hague, s'adressant à la presse lors d'une pauses dans les discussions.

La délégation iranienne a clairement fait savoir à ses interlocuteurs qu'ils devraient envisager d'alléger les sanctions pétrolières et bancaires dès l'entrée en vigueur d'un accord provisoire.

L'une des principales mesures envisagées porterait sur le déblocage progressif d'environ 50 milliards de dollars d'avoirs iraniens gelés sur des comptes étrangers. Le groupe P5+1 pourrait aussi accepter d'assouplir les sanctions concernant le commerce des produits pétrochimiques et des métaux précieux.

Le ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif, qui se trouve lui aussi à Genève, n'a pas exclu une suspension partielle de l'enrichissement d'uranium, concession inenvisageable avant l'investiture du président Hassan Rohani, qui multiplie les signes d'ouverture.

Une telle mesure ne satisferait pas Israël, qui exige le démantèlement complet des installations nucléaires iraniennes. "C'est un très mauvais accord et Israël le rejette complètement", a déclaré vendredi le chef du gouvernement israélien. "Israël n'est pas lié par cet accord et Israël fera tout ce qu'il faut pour se défendre ainsi que protéger la sécurité de son peuple."

Avec Louis Charbonneau et Stephanie Nebehay à Genève, John Irish, Leigh Thomas, Patrick Vignal et Jean-Philippe Lefief à Paris

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