Doutes et scepticisme après une contre-enquête sur AZF

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DOUTES ET SCEPTICISME APRÈS UNE CONTRE-ENQUÊTE SUR LA CATASTROPHE AZF
DOUTES ET SCEPTICISME APRÈS UNE CONTRE-ENQUÊTE SUR LA CATASTROPHE AZF

par Jean Décotte

TOULOUSE (Reuters) - La publication mercredi d'une contre-enquête sur la catastrophe AZF, qui remet en cause la thèse de l'accusation, sème le doute à quelques jours d'un jugement en appel dans ce dossier, mais se heurte au scepticisme des avocats de parties civiles.

Publiée par le quotidien Sud-Ouest, la "contre-expertise" d'une revue spécialisée dans la gestion du risque met en avant l'hypothèse d'une première déflagration liée à une fuite de carburant pour fusée sur un site voisin, qui aurait déclenché l'explosion du site chimique.

L'explosion de l'usine AZF de Toulouse, qui a fait 31 morts en 2001, est la plus importante catastrophe industrielle en France depuis la Seconde Guerre mondiale. Elle a aussi fait 20.800 blessés, d'après les documents judiciaires officiels.

La cour d'appel de Toulouse doit prononcer le 24 septembre son jugement concernant l'ex-directeur de l'usine et la société Grande Paroisse, filiale à 100% du groupe Total et propriétaire du site, poursuivis pour "homicides et blessures involontaires".

Selon la revue spécialisée Préventique, une première déflagration s'est produite sur un site voisin d'AZF, appartenant à la Société nationale des poudres et explosifs (SNPE), et protégé à ce titre par le secret défense.

"(Des arcs électriques) ont provoqué une première explosion, mais dans l'enceinte de la SNPE. C'est un élément nouveau d'une portée considérable, car jusqu'ici seule AZF était en cause", écrivent les auteurs, qui, sous la direction du polytechnicien Laurent Jacob, se présentent comme des "scientifiques de grande expérience industrielle".

D'après eux, des bombes de la Seconde Guerre mondiale présentes dans le sol de l'usine AZF ont été activées par la déflagration, provoquant l'explosion d'un stock de nitrate d'ammonium du site chimique.

"TOTALEMENT FARFELU"

"Je ne sais pas d'où sortent ces faits. À mon avis c'est totalement farfelu", a réagi Me Stella Bisseuil, avocate d'une association de familles de victimes.

"Je connais très bien ce dossier, je vis avec depuis 10 ans, et jamais il n'y a eu de fuite de carburant à la SNPE. Les employés de la SNPE ont été interrogés et aucun d'entre eux n'a parlé d'une fuite", a-t-elle dit à Reuters.

Me Stella Bisseuil récuse également la thèse d'une "bombe dormante".

"On n'a pas retrouvé le moindre détonateur. Et si une bombe faisait exploser un tas, ça propagerait des lambeaux. Or, la zone a été passée au crible, tout le sous-sol a été fouillé, Total a même demandé de pouvoir fouiller plus profond, et on n'a retrouvé aucun reste de bombe."

Me Christophe Leguevaques, avocat de la mairie de Toulouse, évoque de son côté les "affabulations de quelqu'un qui ne connaît pas le dossier".

"Il n'y a pas de fait nouveau. La thèse de la SNPE, c'est vieux comme l'explosion, on en parle depuis le début. C'est une thèse connue et débattue depuis 10 ans (...) Toutes les analyses scientifiques font état d'une seule explosion sur le site AZF. C'est un non-événement."

PARTENARIAT PRÉVENTIQUE-TOTAL

Le PDG de Total, Christophe de Margerie, s'est montré prudent mercredi concernant la thèse avancée par la revue Préventique.

"(Cette hypothèse) ne nous dédouane pas, ça a déjà été soulevé comme un problème (...) mais nous n'avons aucune preuve, donc soyons prudents", a-t-il dit au micro de RTL.

Pour l'avocat de Grande Paroisse, Me Daniel Soulez-Larivière, le scénario d'une double explosion montre "que plus personne ne croit à l'hypothèse judiciaire officielle".

Selon l'explication avancée par les experts judiciaires, la catastrophe serait due au stockage imprudent dans le même hangar de matières chlorées et nitratées, explosives lorsqu'elles sont combinées. Mais en première instance en novembre 2009, le tribunal correctionnel avait jugé cette hypothèse trop fragile et relaxé les prévenus.

"À partir du moment où l'explication officielle ne tient plus, cela donne libre cours à la constitution d'hypothèses. (Le scénario de Préventique) est une tentative fort intelligente de donner une explication globale", a dit à Reuters Me Soulez-Larivière.

"On est dans le domaine de l'hypothèse, pas de la preuve irréfutable", a-t-il ajouté, écartant les critiques concernant le groupe Préventique, qui fait état sur son site internet d'un partenariat dans la formation noué avec le groupe Total sur le site de Lacq (Pyrénées-Atlantiques).

"Nous ne sommes pas à l'origine de ce numéro (de la revue)", a-t-il indiqué. "Total est très engagé partout, dans beaucoup de projets."

Lors du procès en appel, dont les débats se sont achevés en mars, l'avocat général a réclamé comme en première instance une amende de 225.000 euros à l'encontre de la société Grande Paroisse, soit la peine maximale prévue par la loi.

Il a en revanche réduit la réquisition contre l'ex-directeur de l'usine, Serge Biechelin, à 18 mois de prison avec sursis et 15.000 euros d'amende.

En première instance, la peine réclamée contre lui était de trois ans de prison avec sursis et 45.000 euros d'amende

Edité par Yves Clarisse

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