Double attentat meurtrier à Damas, le plan Annan remis en cause

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Double attentat meurtrier à Damas, le plan Annan remis en cause
Double attentat meurtrier à Damas, le plan Annan remis en cause

par Oliver Holmes et Mariam Karouny

BEYROUTH (Reuters) - Deux bombes ont explosé jeudi matin à Damas, faisant 55 morts et 372 blessés selon un bilan officiel et enfonçant un nouveau coin dans le plan de paix de Kofi Annan que certains dirigeants de l'opposition syrienne jugent désormais caduc.

Ce double attentat non revendiqué dans l'immédiat, le plus meurtrier à Damas depuis le début de la révolte dans le pays à la mi-mars 2011, a été imputé à des "terroristes" kamikazes par le gouvernement de Bachar al Assad.

Kofi Annan, émissaire de l'Onu et de la Ligue arabe pour la Syrie à l'origine d'une trêve entrée en vigueur le 12 avril mais violée quotidiennement depuis, a condamné des actes "odieux et inacceptables".

"La violence doit cesser", a martelé l'ancien secrétaire général de l'Onu, qui craint de voir le pays sombrer dans une guerre civile aux conséquences dramatiques pour l'ensemble de la région.

Les deux explosions, qui ont eu lieu presque simultanément, se sont produites peu après 08h00 (O5h00 GMT) dans le quartier d'Al Kazaz (sud), où se trouve un complexe abritant des services de renseignement militaire du régime de Bachar al Assad.

La télévision syrienne a diffusé les images de dizaines de véhicules calcinés, certains contenant des corps déchiquetés ou mutilés. L'une des bombes a creusé un cratère profond de trois mètres sur la rocade sud de la capitale.

Les murs des édifices situés des deux côtés de cette large avenue se sont écroulés sous la violence de la déflagration.

"C'est un nouvel exemple des souffrances du peuple syrien (...)", a déclaré le général Robert Mood, chef de la mission des observateurs de l'Onu chargés de superviser la trêve, qui s'est rendu sur le site.

La veille, un convoi transportant l'officier norvégien avait été attaqué dans la province de Deraa et le secrétaire général de l'Onu, Ban Ki-moon, s'était inquiété de la multiplication des attentats à la bombe.

L'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), qui s'efforce de recenser systématiquement les violences à travers le pays, a estimé avant le double attentat que 849 personnes -628 civils et 221 soldats parmi lesquels 31 déserteurs- avaient été tuées depuis la trêve du 12 avril.

"L'OEUVRE DES SAOUDIENS"

D'après l'OSDH, au moins l'une des deux explosions a été causée par une voiture piégée et la cible était un édifice des services de renseignement.

Les explosions auraient causé peu de dégâts à la façade du bâtiment fortifié où se trouve la Branche palestinienne, qui fait partie de la vingtaine d'organisations policières secrètes syriennes et l'une des plus redoutées par la population.

"Est-ce que c'est ça la liberté?", s'est interrogé un homme marchant au milieu des décombres et des cadavres, filmé par la télévision d'Etat.

"C'est l'oeuvre des Saoudiens", a-t-il ajouté, une allusion à l'Arabie Saoudite qui armerait les rebelles désireux de chasser le président Bachar al Assad du pouvoir.

Nadine Haddad, candidate aux élections législatives de lundi dernier boycottées par l'opposition, a accusé le Premier ministre du Qatar, Cheikh Hamad ben Djassim al Thani, qui a affiché son soutien aux projets de livraisons d'armes aux insurgés.

"Je m'adresse à Cheikh Hamad et je dis que vous faites honte. Vous détruisez à présent le peuple syrien, et non le régime. Vous tuez des enfants qui vont à l'école", a-t-elle dit.

Le Qatar a condamné les attentats et appelé toutes les parties à faire cesser le bain de sang, qui a fait plus de 9.000 morts depuis la mi-mars 2011 selon l'Onu et 2.600 morts dans les rangs des forces de sécurité selon Damas.

"UNE SPIRALE SANS ISSUE"

Le plan en six points de Kofi Annan, adopté par le Conseil de sécurité de l'Onu, comprend la cessation des hostilités, le déploiement d'observateurs et la liberté de mouvement pour les journalistes et les humanitaires.

Mais pour Samir Nachar, membre du bureau exécutif du Conseil national syrien, le gouvernement n'a rien appliqué du plan.

"Nous attendons que Kofi Annan déclare que son plan est dans l'impasse et que le régime syrien doit être considéré comme responsable de la poursuite de ses opérations, des meurtres et du recours à des armes lourdes", a-t-il dit à Reuters.

"Nous voulons une intervention internationale pour faire cesser cette politique meurtrière", a-t-il ajouté.

Samir Nachar a accusé l'Etat syrien d'avoir commis le double attentat, afin de faire peur aux manifestants et aux observateurs, un argument repris par les dirigeants de l'Armée syrienne libre (ASL).

"Le gouvernement cherche à faire échouer le plan Annan. Ces bombes ne sont pas l'oeuvre des combattants de l'opposition", a déclaré son chef, le général Moustafa al Cheikh, expliquant que l'ASL n'avait pas les moyens de mener de telles opérations.

Riad al Asaad, chef des opérations de l'ASL, a averti de son côté que les rebelles étaient prêts à reprendre leurs attaques dès qu'Annan annoncerait l'échec de son initiative.

"En choisissant une répression aveugle et brutale, le régime s'est enfoncé dans une spirale de violence sans issue", a commenté le porte-parole du ministère français des Affaires étrangères, Bernard Valero.

Avec Khaled Yacoub Oweis à Amman; Benjamin Massot et Jean-Stéphane Brosse pour le service français, édité par Gilles Trequesser

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