"Dossier retraite : l'impôt tout de suite, l'allongement de la durée du travail pour demain" - Débat avec Alain Trannoy du Cercle des économistes

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En toile de fond, il faut rappeler que la France est le pays de l'OCDE qui consacre après l'Italie le plus de ressources publiques au financement des retraites, 13,7% du PIB (en 2009), alors qu'elle est loin d'avoir la structure de population la plus âgée. On continue dans la même voie jusqu'en 2020 où on atteindra les 14%, puisque, dans le plan adopté, l'ajustement repose jusqu'à cette date essentiellement sur une augmentation des impôts à hauteur de près de 6 milliards d'euros complétée par une baisse de l'indexation des retraites et donc de leur niveau de vie de 1,4 milliards d'euros. On revient à la solution adoptée avant la réforme Balladur pour boucher les trous, l'augmentation des prélèvements obligatoires. Cette augmentation, qui ne pèse que sur les ménages, va forcément amputer le pouvoir d'achat et contribuer au ralentissement de la demande dans les années qui viennent. Cette augmentation concerne les actifs à hauteur de 4,4 milliards d'euros et donc en particulier les jeunes salariés dont on continue à demander beaucoup et en particulier beaucoup plus que dans les autres pays.

A ce stade, cette réforme ne traduit pas une préoccupation particulière pour la situation de la jeunesse, contrairement aux ambitions affichées. On notera l'habileté de la présentation, puisque les entreprises savent que la hausse des cotisations employeurs sera compensée et qu'elles n'auront rien à débourser selon les promesses de Pierre Moscovici, mais les ménages ne savent pas quel type d'impôt les concernant sera relevé. Le minimum de transparence exigerait, et il est à souhaiter que les rassemblements de salariés en fassent une revendication, que le gouvernement fasse toute la lumière sur cet aspect-là de la réforme. Il n'est pas neutre que soient décidés in fine une augmentation de la CSG, une hausse de l'impôt sur le revenu ou bien le recours à une éco-fiscalité.

Le choix de la croissance aurait été d'expliquer que la France dépense assez pour ses retraités, et qu'il fallait travailler plus longtemps tout de suite mais que cette obligation ne concernait pas forcément tout le monde de la même façon. L'augmentation de l'espérance de vie s'accompagne d'un évènement aussi important, l'amélioration de la santé des sexagénaires. Certains sont encore en pleine forme en quittant la vie active. La France est sans doute mûre pour une discussion sur la retraite à la carte et l'idée selon laquelle certains peuvent désirer travailler plus longtemps parce qu'ils se sentent encore en forme et que leur métier les intéresse ou qu'ils ont l'impression qu'ils s'ennuieront en retraite ne doit pas être taboue, d'autant qu'elle permet de contribuer à rétablir l'équilibre des comptes de la branche retraite. Il est franchement dommage que le rapport Moreau n'ait pas simplement entrouvert cette porte pourtant prometteuse, qui vaut d'ailleurs pour le régime général comme pour les régimes de la fonction publique et les régimes spéciaux dont les perspective de déficit restent inchangées.

Un mot sur la méthode. On avait compris que les réformes sociales n'allaient plus venir d'en haut, qu'elles allaient résulter d'un accord avec les partenaires sociaux comme l'accord sur la sécurisation de l'emploi entre le patronat et la CFDT, la CFTC et la CFE-CGC du 11 janvier 2013. Hélas, on est revenu à un Etat qui préempte l'accord des partenaires sociaux avec des annonces sur le perron de l'hôtel Matignon.

Alain Trannoy


L'économiste Alain Trannoy vous répondra mardi 10 septembre à 17h30. A vos questions !

Directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS) à Marseille, agrégé et docteur d'Etat en économie, Alain Trannoy dirige l'Aix-Marseille School of Economics et a dirigé le directeur de l'Institut d'économie publique de Marseille. Il est notamment membre du Conseil économique et du développement Durable et du CAE.

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