Dopage: le cyclisme entaché pour longtemps, dit Vaughters

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LE CYCLISME ENTACHÉ PAR LE DOPAGE POUR LONGTEMPS, SELON JONATHAN VAUGHTERS
LE CYCLISME ENTACHÉ PAR LE DOPAGE POUR LONGTEMPS, SELON JONATHAN VAUGHTERS

par Julien Pretot

PARIS (Reuters) - Il faudra du temps pour que le grand public, dupé pendant plus d'une décennie, accepte l'idée que le cyclisme soit devenu un sport sain et débarrassé du dopage, estime Jonathan Vaughters, manager de l'équipe Garmin-Sharp.

Le coureur à la retraite est l'un des onze anciens équipiers de Lance Armstrong qui ont témoigné auprès de l'Agence américaine antidopage (Usada) contre le septuple vainqueur du Tour de France dans l'affaire qui a précipité sa chute.

L'instance américaine a rendu public mercredi un épais rapport accablant pour l'ex-leader de l'US Postal, accusé d'avoir été au coeur du "programme de dopage le plus sophistiqué de l'histoire du sport".

Jonathan Vaughters, qui a reconnu s'être dopé durant sa carrière professionnelle, s'est depuis converti à la cause antidopage et met en oeuvre depuis quatre ans une vigoureuse politique dans ce sens au sein de la Garmin.

Il considère aujourd'hui que le cyclisme peut se servir de l'affaire Armstrong comme d'une aubaine dans cette lutte, comme il l'a dit dans un entretien à Reuters.

"Si l'on regarde la succession de scandales, Festina (1998), puis Cofidis en 2004, ensuite Tyler Hamilton et Floyd Landis, puis l'Opération Puerto, la succession de ces événements en dix ans donne le signal que le risque est plus grand que le bénéfice", dit-il.

RETOUR À DES VITESSES NORMALES

"Cette dernière enquête en offre un très bon exemple parce qu'elle regarde dans le rétroviseur", poursuit-il.

"Elle ne montre pas simplement que le risque est plus grand que le bénéfice, elle prouve aussi que même si on a l'impression d'être passé entre les gouttes il y a dix ans, ce n'est peut-être pas le cas et ça peut vous revenir en pleine figure. C'est un message clair", a insisté Jonathan Vaughters.

Les affaires récentes ont donc profondément changé les mentalités, selon son diagnostic, si bien que les performances paraissent désormais crédibles.

"En gros, on a vu un profond changement dans les mentalités à partir de 2006 à la fin de l'Opération Puerto et cette mentalité a continué à changer sous l'effet du passeport biologique en 2008."

"Les contrôles sanguins dans le peloton et les vitesses dans les ascensions clés du Tour de France et d'autres grandes courses montrent clairement que le cyclisme est revenu à des vitesses plus naturelles."

"Les vainqueurs des grands Tours présentent des caractéristiques physiologiques normales, les analyses sanguines sont tout à fait normales. C'est un gros changement par rapport à dix ans auparavant", a-t-il dit.

Mais, le retour à des pratiques propres mettra longtemps à produire ses effets dans l'opinion publique, dit craindre Jonathan Vaughters.

"Imaginons qu'on vous mente pendant 15 ou 20 ans et que quelqu'un vienne vous voir pour vous dire la vérité... C'est normal que les gens se montrent sceptiques. L'image ne va changer que très lentement."

Pour ce faire, l'Union cycliste internationale (UCI) ne doit pas se mêler de lutte antidopage sans quoi elle risque de jeter le discrédit sur les efforts accomplis, selon Jonathan Vaughters.

"Ils s'occupent de la promotion de leurs courses. Il y a là un conflit d'intérêt évident."

Simon Carraud pour le service français, édité par Grégory Blachier

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