Dopage: Lance Armstrong, des aveux mais pas de larmes

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LANCE ARMSTRONG, DES AVEUX MAIS PAS DE LARMES
LANCE ARMSTRONG, DES AVEUX MAIS PAS DE LARMES

par Julien Pretot

PARIS (Reuters) - Les mots ont changé. L'attitude, si peu.

S'il a marqué un moment important de l'histoire du cyclisme, le premier volet des aveux de dopage de Lance Armstrong a laissé jeudi trop de questions sans réponse.

Aussi froidement qu'il a menti pendant plus d'une décennie, l'Américain a finalement reconnu ce que tout le monde savait au moins depuis quelques mois.

D'un simple 'oui', ponctué du regard toujours aussi glacial d'un homme qui après avoir tout gagné se bat désormais pour ne pas tout perdre, Lance Armstrong a reconnu s'être dopé pour remporter ses sept titres sur le Tour de France.

Il l'a reconnu, le survivant du cancer qui domine le monde du cyclisme était "un mythe", un "grand mensonge répété de nombreuses fois".

A ceux qu'il a blessés, Armstrong, qui a reconnu avoir été un "tyran", a offert des excuses. Sans plus.

L'ensemble a grandement manqué de passion -peut-être réservée au second volet diffusé vendredi- et de conviction.

Comme si Armstrong, dopé pendant des années à l'EPO, la testostérone et aidé par d'innombrables transfusions sanguines, regrettait plus d'avoir été confondu que d'avoir fauté.

Sa plus grande erreur finalement? Etre revenu en 2009, déclenchant probablement les aveux de Floyd Landis, l'homme par qui tout est arrivé.

"Nous ne serions pas assis ici, sinon", a-t-il reconnu lors de son face-à-face avec Oprah Winfrey, dans une triste chambre d'hôtel d'Austin, au Texas.

Qu'a reconnu Armstrong, au juste?

Qu'il s'est dopé, sans même entrer des les détails. Et seulement jusqu'en 2005, essayant de faire croire qu'il a terminé, à 38 ans, troisième du Tour de France 2009 sans tricher.

Qu'il était un petit tyran, pas au point d'avoir pouvoir d'embauche et de licenciement au sein d'une équipe dont il était le leader indiscuté et en partie propriétaire.

"LA VICTOIRE À TOUT PRIX"

Rien en revanche sur les complicités présumées dont il aurait bénéficié de la part de l'Union cycliste internationale (UCI) notamment.

"Il n'y a jamais eu de contrôle positif (sur le Tour de Suisse 2001). L'UCI n'a rien couvert", a-t-il assuré.

Rien non plus sur le Dr Michele Ferrari, tête pensante du programme antidopage de l'US Postal puis de la Discovery Channel. "Un mec bien", selon Armstrong.

Emma O'Reilly, une soigneuse qui a témoigné contre lui, n'a pas eu droit aux mêmes égards lors d'un entretien au cours duquel Armstrong n'a jamais tremblé.

O'Reilly a été "renversée" au passage, traînée en justice.

"Pour être honnête Oprah, on a traîné en justice tant de gens... Je ne suis pas certain que ce soit le cas (pour O'Reilly)", a-t-il osé, sourire à l'appui.

Ironique ou non, Armstrong a expliqué qu'à l'époque il n'avait pas l'impression de tricher.

"J'ai regardé la définition de tricher dans le dictionnaire", a-t-il avancé, sans rire cette fois, concluant que cette définition ne s'appliquait pas à lui.

Puisque tout le monde le faisait. Christophe Bassons, contraint de quitter le Tour 1999 pour avoir émis quelques doutes sur les performances d'Armstrong, appréciera.

Cynique jusqu'au bout, Armstrong a même abattu la carte cancer pour se justifier.

"Après avoir vaincu le cancer, j'ai développé cette mentalité de la victoire à tout prix", a-t-il expliqué.

Il le dit lui-même toutefois: "Je ne suis pas le mec le plus crédible du monde".

Le cancer, ses enfants, notamment, devraient dominer le second volet du Lance/Oprah show, samedi à partir de 02h00 GMT. Comme lors de la première partie, Armstrong essaiera d'être le metteur en scène de sa propre déchéance.

Edité par Jean-Philippe Lefief

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