Dopage: Lance Armstrong, des aveux et des points d'interrogation

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LANCE ARMSTRONG PASSE AUX AVEUX
LANCE ARMSTRONG PASSE AUX AVEUX

par Julian Linden

NEW YORK (Reuters) - Lance Armstrong a reconnu s'être dopé pendant la majeure partie de sa carrière mais ses aveux et ses excuses du bout des lèvres ont laissé un peu sur leur faim ceux qui les attendaient depuis des années.

Le Texan a livré au moins en partie sa vérité devant les caméras de la célèbre animatrice américaine Oprah Winfrey dans une chambre d'hôtel à Austin au Texas, le tout dans une mise en scène savamment orchestrée.

L'entretien, dont la deuxième partie sera diffusé dans la nuit de vendredi à samedi, a en effet commencé par une série de questions fermées auxquelles Lance Armstrong a répondu de manière froide et affirmative.

"Vous êtes-vous dopé ? Oui."

"Avez-vous pris de l'EPO ? Oui."

"Avez-vous pratiqué des transfusions sanguines? Oui."

Si ce triple "oui" a eu le mérite de lancer l'entretien sur des bases aussi précises que minimalistes, Lance Armstrong a tenu à expliquer que la responsabilité de cette triche faisait "partie du boulot" d'un coureur qui entendait remporter la plus grande course cycliste du monde.

"Je n'avais pas l'impression que c'était mal (à l'époque). Je ne me sentais pas coupable", a-t-il expliqué. "Je n'ai pas inventé cette culture du dopage mais je n'ai pas essayé de changer cette culture. C'est mon erreur. C'est ma faute et j'en endosse toute la responsabilité."

"J'étais un tricheur et je le savais", a-t-il reconnu, ajoutant que la victoire avait toujours eu à ses yeux une importance gigantesque et qu'il n'avait pas d'autre choix que d'utiliser des produits dopants pour gagner.

"PROLONGER L'HISTOIRE ET CACHER LA VÉRITÉ"

"Cela était mon point de vue et c'est moi qui ai pris les décisions. Il s'agit d'un énorme mensonge que j'ai répété de nombreuses fois", a-t-il admis, un mensonge dont il s'est ensuite trouvé prisonnier.

"Il s'agissait de prolonger l'histoire et de cacher la vérité", a-t-il dit. "Cela est inexcusable. Il est probablement trop tard pour la majorité des gens et c'est ma faute".

Quelques heures après la diffusion de cette interview tant attendue, de nombreuses personnalités du cyclisme et du monde sport en général ont semblé frustrées que le Texan ne se montre pas plus précis dans ses aveux.

Ce fut le cas notamment de l'homme qui fut en quelque sorte le responsable de sa chute, le président l'Agence américaine antidopage (Usada), Travis Tygart, qui a immédiatement prié Lance Armstrong de venir préciser son propos devant des institutions comme la sienne.

"Le fait qu'il avoue s'être dopé au cours de sa carrière est un petit pas dans la bonne direction. S'il est sincère dans son désir de rectifier ses erreurs passées, il témoignera sous serment de l'ampleur complète de ses activités de dopage", a-t-il dit dans un communiqué.

Son homologue à l'Agence mondial antidopage (Ama) s'est montré lui aussi dubitatif. "J'ai trouvé qu'il agissait dans un style relations publiques très contrôlé. J'ai trouvé que cela n'était pas très sincère. Je n'ai pas été impressionné par cette soi-disant confession", a confié John Fahey à la BBC.

Le directeur du Tour de France, épreuve-reine du cyclisme grâce à laquelle Lance Armstrong a bâti sa légende, est allé un peu plus loin dans les reproches formulés au Texan.

"IL FAUT QU'ON EN SACHE PLUS"

"Après les fuites de ces derniers jours, on reste un peu sur sa faim", a dit Christian Prudhomme à Reuters.

"Il faut aller plus loin. Le rapport de l'Agence américaine antidopage a dénoncé un système. Il faut qu'on en sache plus, sur la manière dont il a pu se doper et notamment sur l'influence de son entourage", a-t-il ajouté.

Du côté de coureurs et des anciens coureurs, la déception s'est souvent conjuguée à la colère après la diffusion des aveux de celui qu'ils ont côtoyé dans le peloton.

"Lance a déçu tout le monde sur cette planète, y compris nous. Bien évidemment, on voulait tous croire qu'il avait gagné ses Tours de France en étant propre", a notamment expliqué Stuart O'Grady, ancien vainqueur d'étape sur le Tour.

"Quand on souffrait dans la montagne, on se disait tous qu'il s'entraînait plus dur que nous. Mais maintenant, tout est sorti. Je suis déçu, agacé et frustré", a-t-il ajouté.

Le Français Christophe Bassons, pris à partie par Lance Armstrong et par une partie du peloton pour ses déclarations sur le dopage il y a plusieurs années, a dit à Reuters son étonnement et souligné le côté calculateur du Texan.

"J'ai encore quelques regrets. Il avoue s'être dopé mais il ne donne pas de noms et puis je suis quand même un peu étonné qu'il ait dit être revenu en 2009 sans être dopé. Je n'y crois pas", a-t-il expliqué.

"Je crois qu'il cherche à se refaire, qu'il a des projets, qu'il a des ambitions politiques. S'il a reconnu ses erreurs, je suis sûr qu'il a négocié quelque chose avant."

Au-delà de ce sentiment général de frustration demeure un certain nombre de questions en suspens: Quel a été le rôle de l'UCI ? Qui a aidé Armstrong à se doper ? A-t-il négocié quelque chose en échange de ces aveux ? Que risque-t-il sur le plan judiciaire ?

Reste à voir si on connaîtra "la suite au prochain épisode".

Avec Julien Prétot à Paris, Pierre Sérisier et Olivier Guillemain pour le service français, édité par Simon Carraud

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