Dopage: Lance Armstrong, des aveux à risque

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LANCE ARMSTRONG A LIVRÉ UN TÉMOIGNAGE INATTENDU, DIT OPRAH WINFREY
LANCE ARMSTRONG A LIVRÉ UN TÉMOIGNAGE INATTENDU, DIT OPRAH WINFREY

par Julian Linden

NEW YORK (Reuters) - Lance Armstrong, déjà suspendu à vie et déchu de ses sept Tours de France pour dopage, s'apprête à faire face aux conséquences de sa confession publique, qui pourrait le conduire devant la justice et lui coûter des millions de dollars.

Le monde du cyclisme est lui aussi dans l'attente des déclarations de l'Américain qui, s'il venait à mettre en cause l'Union cycliste internationale (UCI), pourrait provoquer un scandale plus retentissant encore que sa propre disgrâce.

L'animatrice américaine Oprah Winfrey, qui a recueilli lundi son témoignage lors d'un entretien enregistré pour une diffusion dans la nuit de jeudi à vendredi (02h30 GMT), a confirmé mardi qu'il y avouait s'être dopé.

"Je suis là parce que c'est déjà confirmé", a-t-elle dit mardi à la chaîne CBS, réagissant aux informations parues la veille dans la presse américaine.

Depuis que l'interview a été annoncée la semaine dernière, tout le monde du sport s'attendait à ce que l'ancien coureur, aujourd'hui âgé de 41 ans, passe aux aveux.

Il avait, jusqu'alors, toujours nié s'être dopé, même s'il a renoncé au début de l'été à contester les accusations de l'Agence américaine antidopage (Usada) dont le rapport à charge accablant a précipité sa chute.

Le contenu de l'entretien, réalisé à Austin, au Texas, et long de deux heures, a surpris Oprah Winfrey.

"Il n'a pas fait ses aveux tels qu'on les attendait. Ça m'a surpris moi, mon équipe, nous tous dans la pièce", a-t-elle dit.

"Toutes mes questions n'ont pas trouvé réponse, mais je pense que les questions les plus importantes que les gens se posent à travers le monde ont été posées et que des réponses y ont été apportées."

S'il a effectivement reconnu s'être dopé, Armstrong risque des poursuites judiciaires, selon un avocat, et pourrait avoir à rembourser des millions de dollars pour avoir menti durant toute sa carrière.

"Ayant déjà témoigné sous serment et nié les allégations de dopage, le procureur pourrait facilement inculper Armstrong de parjure ou d'obstruction à la justice s'il avoue", a expliqué Andrew Stoltmann, avocat à Chicago.

"Ses anciens sponsors, dont Nike, Anheuser-Busch et même des marques plus modestes pourraient le poursuivre pour atteinte à leur image."

LE CYCLISME EN DANGER ?

Selon la chaîne CBS, Armstrong a déjà entamé des discussions pour rembourser au fisc américain une partie de l'argent public qu'il a gagné durant sa carrière et pourrait être tenté de témoigner à son tour contre d'autres dopés présumés.

Une telle collaboration avec les autorités sportives serait susceptible d'ouvrir la voie à un allègement de sa suspension, à condition qu'il parle à l'Agence mondiale antidopage (Ama).

"M. Armstrong ne pourra envisager que sa suspension à vie soit réétudiée dans le cadre d'une procédure légale que lorsqu'il aura fait ses aveux complets sous serment et aura dit tout ce qu'il sait aux autorités antidopage", a déclaré dans un communiqué le directeur général de l'Ama, David Howman.

Outre son cas personnel et celui des personnalités qu'il pourrait impliquer, Armstrong pourrait faire un peu plus de tort encore à son sport s'il vient à accuser l'UCI elle-même.

Selon le rapport à charge de l'Usada, Armstrong aurait déclaré à deux anciens coéquipiers que l'UCI l'a couvert lors d'un contrôle positif en 2001, contre rémunération.

Dick Pound, ancien patron de l'Ama et aujourd'hui membre du Comité international olympique (CIO), estime que son instance n'aurait alors d'autre choix que d'exclure le cyclisme des Jeux olympiques.

"Le seul moyen de nettoyer tout ça serait que tous ces gens se disent: 'Hé, on n'est plus aux Jeux et on veut y être, donc regagnons notre place", a-t-il dit dans un entretien téléphonique à Reuters.

"Le CIO devrait s'en saisir, (l'UCI) n'est pas connue pour ses actes forts contre le dopage."

L'UCI a déjà reconnu avoir reçu 100.000 dollars d'Armstrong en 2002 mais nie que cet argent lui ait été versé pour avoir dissimulé un contrôle positif.

L'instance a mis sur pied cet automne une commission indépendante chargée de faire la lumière sur ses allégations et a déclaré mardi qu'elle exhorterait Armstrong, une fois ses aveux diffusés, à témoigner devant ses membres.

Gregory Blachier pour le service français, édité par Jean-Philippe Lefief

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