Dopage: 12 ans après l'affaire Festina, toujours des questions

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BEAUCOUP DE CHEMIN RESTE À FAIRE EN MATIÈRE DE DOPAGE DANS LE CYCLISME
BEAUCOUP DE CHEMIN RESTE À FAIRE EN MATIÈRE DE DOPAGE DANS LE CYCLISME

par Julien Pretot

PARIS (Reuters) - A l'issue du procès Festina, Richard Virenque livrait cette sentence définitive: le cyclisme changerait immédiatement ou jamais.

C'était il y a douze ans.

L'affaire Armstrong vient montrer s'il en était besoin qu'en matière de lutte contre le dopage, le chemin est encore long.

Quand le septuple vainqueur du classement de la montagne du Tour de France avait partagé sa prophétie, le cyclisme sortait d'une des plus violentes tempêtes qu'il ait jamais connue.

Un long procès venait de mettre au jour et de condamner un système de dopage organisé par une équipe et des procédés effrayants.

Les témoignages d'anciens coéquipiers qui ont permis à l'Agence américaine antidopage (Usada) de confondre Lance Armstrong ne sont pas très différents de ceux exposés dans le procès Festina.

Seuls les détails changent.

Jonathan Vaughters, par exemple, raconte qu'Armstrong se faisait lui-même ses injections "après s'être brossé les dents".

Le procès fait au septuple lauréat du Tour est aussi celui d'instances qui ont dû réfuter avoir fermé les yeux.

En 2000, le président de l'UCI Hein Verbruggen avait été accusé de savoir ce qu'il se passait dans le peloton. Cette année, les mêmes accusations ont été portées contre son successeur, Pat McQuaid.

Tous deux ont nié fermement avoir couvert Armstrong lors d'un contrôle positif sur le Tour de Suisse en 2001, tout en acceptant un peu plus tard, au nom de l'UCI, un don de 100.000 dollars de l'Américain.

DOUTES

Avec cette affaire Armstrong et la parution du dossier à charge de l'Usada, qui accable l'ancien coureur, tout un sport est terni, estime l'homme fort du cyclisme britannique Dave Brailsford, qui a mené Bradley Wiggins à la victoire sur le Tour l'été dernier.

"Il est désormais compréhensible que les gens s'interrogent sur les résultats dans le cyclisme", a dit à la BBC le patron du Team Sky.

Certaines choses ont pourtant changé, notamment avec les progrès de la détection des produits dopants. Depuis cinq ans, les laboratoires sont ainsi en mesure de retrouver l'EPO-Cera et d'identifier les transfusions sanguines.

"Le peloton est plus propre, sur certaines courses", dit à Reuters une source experte de la lutte antidopage, ajoutant que le Tour d'Espagne restait un repaire de tricheurs parce que les contrôles y sont bien moins sérieux que sur les autres grands Tours.

Cette source explique comment les grandes équipes entravent le travail des contrôleurs en ne donnant pas les numéros des chambres des coureurs dans leurs hôtels, ce qui laisse à ces derniers assez de temps pour diluer leur sang grâce à des solutions salines.

Il revient donc à l'UCI et aux organisateurs d'agir et parler de concert.

Or l'UCI est encore en retrait de la lutte contre le dopage voire a la réputation de ne pas coopérer avec les autorités compétentes, même si elle a lancé en 2008 le passeport biologique.

Elle commentera le dossier de l'Usada "dans les 21 jours", soit le délai dont elle dispose pour faire appel auprès du Tribunal arbitral du sport des sanctions prises par l'agence américaine contre Lance Armstrong.

L'organisateur du Tour de France, Amaury Sport Organisation (ASO), qui se distinguait il y a encore quelques années par un discours bien plus musclé, a pour sa part fait savoir qu'il ne fera pas de commentaire avant l'UCI.

L'une comme l'autre ne semblent ainsi pas donner le sentiment que le cyclisme évolue dans la bonne direction.

VOYANTS AU ROUGE

Il y a deux ans, Jonathan Vaughters, ancien coéquipier d'Armstrong et manager de trois coureurs qui ont aussi témoigné contre l'Américain, assurait que lui et ses employés parleraient s'ils étaient sollicités.

Pourquoi avoir attendu de se faire prendre, alors qu'il aurait pu le faire lorsque son équipe, Garmin-Sharp, a été créée avec la volonté de défendre un cyclisme propre ?

La plupart des témoins-clés de l'affaire Armstrong n'ont rien à perdre sur le plan sportif et une fois que les laboratoires ont détecté l'EPO-Cera et les manipulations sanguines, il est devenu plus difficile de tricher sans risquer d'être découvert.

L'Agence mondiale antidopage a toutefois donné un mauvais signal en 2009 en assouplissant le règlement concernant l'usage de corticoïdes - dont les effets sont importants quoique moins spectaculaires que ceux d'autres substances.

"Les voyants sont au rouge", a dit l'expert antidopage, soulignant que la situation était d'autant plus grave au niveau amateur. "Et les corticoïdes ont des effets dévastateurs."

Le cyclisme est un des sports où le dopage s'est le plus développé mais il est aussi, aujourd'hui, un de ceux qui fournit le plus d'efforts pour s'en défaire.

Mais il ne peut se débarrasser des soupçons, même s'il n'est pas plus "sale" aujourd'hui que par le passé.

"Il faudrait être stupide pour croire ça allait (changer) vite", a dit Vaughters à Reuters.

Quand certains coureurs, comme le repenti David Millar, ont adopté une posture antidopage très ferme, d'autres, tels Alex Dowsett, du Team Sky, considèrent qu'Armstrong restera une légende.

Edité par Gregory Blachier

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