Donne cours de piano pour aide en plomberie

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La première «accorderie» française a ouvert ses portes à Paris. Importé du Québec, ce concept permet aux habitants d'un quartier d'échanger des services en fonction de leurs compétences.

Le temps, c'est de l'argent. Ce proverbe universel résume parfaitement l'esprit de l'«Accorderie», un concept importé du Québec sous l'impulsion de la Fondation Macif. La toute première accorderie française a été officiellement inaugurée le 15 décembre par Bertrand Delanoë, le maire de Paris, dans le 19e arrondissement de la capitale. Son principe est simple: proposer aux habitants d'un même quartier de se regrouper pour échanger des services, gratuitement, en fonction des compétences de chacun. Un «accordeur» consacrant une heure à aider une personne âgée, par exemple, sera en échange doté d'un «crédit temps» équivalent pour bénéficier de cours de langue ou d'un coup de main en bricolage.

Alain Philippe, président de la Fondation Macif, et Bertrand Delanoë, maire de Paris, lors de l'inauguration de l'accorderie à Paris. Crédit: @Mourad Chefaï
Alain Philippe, président de la Fondation Macif, et Bertrand Delanoë, maire de Paris, lors de l'inauguration de l'accorderie à Paris. Crédit: @Mourad Chefaï

Outre celle de la rue de Crimée à Paris, une accorderie a ouvert ses portes à Chambéry, en Savoie. L'idée est née au Québec en 2002. Aujourd'hui, le réseau québécois compte plusieurs milliers d'accordeurs et pas moins de 800 services disponibles. Un «coup de c½ur» est à l'origine de son arrivée en France. Alain Philippe, le président de la Fondation Macif, a profité de l'un de ses voyages outre-Atlantique pour ramener ce concept dans ses valises. «L'étude de faisabilité que nous avons lancée en 2010 a démontré qu'il existait une véritable attente en France», explique-t-il.

Alternative au «tout-marchand»

Pour les experts marketing de LaSer, filiale des Galeries Lafayette et de BNP Paribas, «ce système d'entraide, à mi-chemin entre troc et réseau social solidaire, prouve qu'il est possible d'inventer des systèmes alternatifs au tout-marchand». Il existe déjà, en France, un système d'échange local (SEL), qui propose à ses adhérents d'échanger des services et biens en utilisant une monnaie virtuelle. A l'accorderie, le temps est la seule monnaie ayant cours. «C'est un concept innovant de lutte contre l'exclusion sociale et la pauvreté. Il donne aux citoyens qui n'en ont pas les moyens financiers un accès à de nombreux services», estime Alain Philippe. Conseils pour cuisiner ou coudre, restauration de meubles, apprentissage de sports, dépannage informatique ou travaux de plomberie, le catalogue des compétences est illimité.

Et dans le contexte économique actuel, l'initiative semble porteuse. C'est en tout cas ce que veut croire la Fondation Macif, alors que le budget annuel d'une accorderie représente quelque 60.000 euros. Pour celle du 19e arrondissement, la Ville de Paris soutient le projet à hauteur de 20.000 euros par an pendant trois ans. En 2012, trois nouvelles adresses parisiennes devraient voir le jour, dans les 14e et 18e arrondissements, et dans le quartier de Belleville. La Fondation Macif espère ouvrir à terme six à 10 accorderies par an sur tout le territoire. En attendant, les premiers retours sont encourageants. Alors que les échanges ont débuté dès novembre, l'accorderie de Paris a déjà séduit une centaine d'accordeurs qui offrent quelque 300 services différents.

«Les gens ont des talents cachés et aussi de grands besoins»

Dino Bendiab est un accordeur conquis. Ce consultant qui s'intéresse depuis longtemps aux initiatives alternatives comme les monnaies locales ou la location d'objets entre particuliers a souhaité «tenter l'expérience» de l'accorderie. «Ce système d'échange oblige les gens à se demander ce qu'ils peuvent offrir à leurs voisins. La démarche est très positive», estime-t-il. D'autant plus qu'un accordeur peut proposer plusieurs compétences. Dino Bendiab a ainsi de nombreuses cordes à son arc. Formé aux techniques du shiatsu, il offre aux autres accordeurs des «massages bien-être». Passionné de photographie, et disposant de tout le matériel nécessaire, il se propose également de réaliser des portraits. Enfin, il souhaite partager son talent pour les langues, à l'occasion de conversations en anglais et en italien. «Au quotidien, à mon travail, je me sers très peu de ces compétences. Autant en faire profiter les autres», explique l'accordeur. De son côté, Dino Bendiab s'est mis en quête de cours de chant et de guitare. Selon lui, l'accorderie va être un succès en France. «Ce concept a un potentiel inouï. Les gens ont des tonnes de talents cachés et aussi de grands besoins.»

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