Djotodia se proclame chef de l'Etat par intérim en Centrafrique

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MICHEL DJOTODIA, UN DIRIGEANT DU SÉLÉKA, SE PROCLAME PRÉSIDENT DE LA CENTRAFRIQUE
MICHEL DJOTODIA, UN DIRIGEANT DU SÉLÉKA, SE PROCLAME PRÉSIDENT DE LA CENTRAFRIQUE

par Paul-Marin Ngoupana et Ange Aboa

BANGUI (Reuters) - Un dirigeant rebelle du Séléka, Michel Djotodia, s'est proclamé chef de l'Etat par intérim en République centrafricaine après le renversement, dimanche, du président François Bozizé, qui s'est réfugié au Cameroun voisin.

Les insurgés se sont engagés à maintenir dans ses fonctions le Premier ministre, Nicolas Tiangaye, et à remanier "légèrement" le gouvernement formé à la suite d'un accord de partage du pouvoir conclu en janvier à Libreville, au Gabon.

Ils ont promis de tenir des élections "d'ici deux ou trois ans" pour rétablir un régime démocratique dans ce pays enclavé d'Afrique centrale, l'un des plus pauvres de la planète malgré un fort potentiel minier et agricole.

La prise de Bangui à l'issue d'une offensive éclair de quatre jours a été condamnée par les Nations unies et l'Union africaine, qui a suspendu la Centrafrique et décrété des sanctions visant les chefs du mouvement. Les Etats-Unis, la France et le Tchad, ancien soutien de François Bozizé, ont appelé Michel Djotodia à respecter l'accord de Libreville.

La France, qui n'a pas répondu aux appels à l'aide de François Bozizé, a renforcé son dispositif militaire à Bangui, mais sans prendre part aux combats.

Les 250 soldats déjà sur place ont été rejoints par 300 militaires supplémentaires, chargés d'assurer la sécurité de l'aéroport, des missions diplomatiques et des quelque 1.200 ressortissants français qui vivent au Centrafrique.

"ALLIANCE"

Le Séléka ("alliance", en langue songo) rassemble cinq mouvements rebelles qui sont repassés à l'offensive jeudi en accusant François Bozizé d'avoir failli à sa promesse de les intégrer au sein de l'armée et du gouvernement.

D'après les militaires français, des actes de pillage se poursuivaient lundi pour la seconde journée consécutive dans certains quartiers de "Bangui la Coquette", nichée sur les rives de l'Oubangui et toujours privée d'électricité.

Ailleurs dans la capitale, le calme prévaut, le contingent de la force de paix régionale Micopax coopérant avec le Séléka pour tenter de rétablir l'ordre après le chaos qui s'est emparé de cette ville de 600.000 habitants lors de l'arrivée des insurgés. Le contingent de la Micopax est composé de militaires tchadiens, gabonais et des deux Congos.

"Nous respecterons l'accord de Libreville : une transition politique de deux à trois ans avant des élections", a annoncé le porte-parole des rebelles, Eric Massi. "Le Premier ministre actuel reste en place et le gouvernement va être légèrement remanié."

"Bangui est calme et sous notre contrôle mais nous avons des choses à faire sur le terrain en termes de sécurité. Il faut mettre fin aux pillages", a ajouté par téléphone Eric Massi, en évoquant les nombreux pillages de commerces et de domiciles signalés dimanche.

Selon la présidence à Yaoundé, François Bozizé se trouve au Cameroun où il cherche un pays tiers pour y demander l'asile. Des informations contradictoires avaient circulé jusqu'alors sur le lieu où se trouverait François Bozizé, certains le disant en République démocratique du Congo (RDC).

AUCUNE RÉSISTANCE

Les rebelles ont pénétré sans rencontrer de résistance aux portes de Bangui, où ils se sont heurtés au contingent sud-africain déployé dans le cadre d'un accord militaire bilatéral.

Treize soldats sud-africains ont été tués au cours de ces combats, 27 autres ont été blessés et un est porté disparu, a annoncé le président Jacob Zuma, évoquant une "triste journée" pour son pays. Prétoria, a-t-il dit, n'a pas encore pris de décision sur le bien-fondé de rapatrier son contingent.

A Paris, le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, a jugé qu'une évacuation des Français n'était pas d'actualité. "Pour le moment, ce n'est pas nécessaire", a-t-il déclaré sur Europe 1. "Nous avons envoyé un certain nombre de troupes pour protéger nos ressortissants. Et les choses sont de notre point de vue sous contrôle concernant les Français."

Le chef de la diplomatie française a assuré que Paris ne chercherait pas à intervenir dans le conflit opposant le Séléka à François Bozizé. "François Hollande l'a dit fort bien, nous n'avons pas à nous mêler aux affaires intérieures de la Centrafrique", a dit Laurent Fabius, ajoutant toutefois que "pour l'instant il n'y a pas de pouvoir légitime là-bas".

Avec Ed Cropley à Pretoria et Marine Pennetier à Paris; Bertrand Boucey, Tangi Salaün et Jean-Loup Fiévet pour le service français, édité par Gilles Trequesser

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