Djihad-Lourdes peines requises pour la filière de Strasbourg

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    * La peine maximale demandée pour 4 prévenus 
    * Ils nient des intentions djihadistes 
    * La défense estime qu'ils ne sont pas jugés sur des faits 
 
 (actualisé avec réactions) 
    PARIS, 6 juin (Reuters) - Le parquet de Paris a requis lundi 
dix ans de prison, soit la peine maximale encourue, à l'encontre 
du frère aîné d'un des tueurs du Bataclan, jugé à Paris pour 
avoir reçu un entraînement militaire au sein d'un groupe 
islamiste en Syrie.  
    Au premier jour des débats, Karim Mohamed Aggad avait 
demandé un "procès équitable", sans "amalgame". 
    "On choisit ses amis, pas sa famille", avait-il dit. "On n'a 
aucune part de responsabilité dans ce qui s'est passé. Mon frère 
a fait ce qu'il a fait, ça n'engage que lui."  ID:nL8N18R2SP  
    Sont jugés dans cette affaire sept Alsaciens, soupçonnés 
d'avoir participé en 2013 et 2014 à une filière d'acheminement 
de candidats au djihad vers la Syrie, et d'avoir reçu un 
entraînement militaire dans ce pays. 
    Le procureur a requis dix ans de prison à l'encontre de 
trois autres prévenus, huit ans pour les trois derniers, et 
demandé que toutes les peines soient assorties d'une période de 
sûreté des deux tiers, avec un maintien en détention.  
    Une distinction faite en fonction du temps passé sur place : 
un mois de moins pour ceux envers lesquels il a été plus 
clément.  
    "Ce sont des peines lourdes qui sont requises, j'en ai bien 
conscience", a déclaré le procureur Nicolas Le Bris. Mais "ce 
sont des faits extrêmement graves" qui sont jugés, a-t-il 
estimé. "On a des gens, et ça ressort des écoutes, qui ont été 
au front." 
    Ce groupe d'Alsaciens, âgés de 24 à 27 ans, a rejoint la 
Syrie fin 2013 via la Turquie avec l'aide du "recruteur" présumé 
Mourad Fares, avant de rentrer en France en ordre dispersé début 
2014.  
     
    "LE PROCÈS DE LA PEUR" 
    Tous reconnaissent s'être rendus en Syrie, mais contestent 
avoir voulu y mener le djihad armé, et disent avoir été piégés. 
    Certains assurent que ce voyage avait "un but d'humanité", 
et visait à "aider leurs frères Syriens". D'autres, comme Karim 
Mohamed Aggad, disent avoir eu pour seule intention de combattre 
le régime de Bachar al Assad.  
    Une ligne de défense qui n'a pas convaincu le procureur. 
    "Ce départ, programmé, a bien une connotation religieuse", 
a-t-il estimé lundi, citant notamment des écoutes téléphoniques 
en ce sens et des documents "djihadistes" retrouvés dans les 
ordinateurs et téléphones des prévenus. 
    Pour lui, pas de doute, ces individus étaient "déterminés à 
partir rejoindre un groupe djihadiste", et sur place, ils se 
sont "parfaitement adaptés". 
    Françoise Cotta, qui défend Karim Mohamed Aggad, a dit ne 
pas être surprise par les peines demandées. "Ce sont des garçons 
qui vont être condamnés pour la peur qu'ils inspirent, beaucoup 
plus que pour ce qu'ils ont fait matériellement", a-t-elle dit à 
la presse. "C'est le procès de la peur." 
    Une analyse partagée par Me Martin Pradel. "On est en train 
de réprimer des faits qui, en eux-mêmes, ne sont pas 
particulièrement graves, mais qui soulèvent des interrogations 
sur la capacité d'une personne à aller plus loin, et donc on est 
au-delà d'un phénomène de simple justice", a-t-il regretté. 
    De cette petite bande d'amis - dix à l'origine, dont deux 
sont morts sur place -, seul Foued Mohamed Aggad, le plus jeune, 
est resté en Syrie. Avant de réapparaître, le 13 novembre 2015, 
au sein de l'équipée sanglante qui fera 90 morts dans la salle 
de spectacle parisienne du Bataclan.  
 
 (Chine Labbé, édité par Yves Clarisse) 
 
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