Dix-huit ans pour l'amant meurtrier d'un notaire

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STRASBOURG (Reuters) - Un homme de 39 ans accusé d'avoir tué à Strasbourg son amant, le notaire Bertrand Bilger, de près de vingt ans son aîné, a été condamné mercredi à 18 ans de réclusion criminelle par la cour d'assises du Bas-Rhin.

Les trois jours d'audience n'ont pas permis de déterminer avec précision les motifs du meurtre, commis sur fond d'alcoolisation et peut-être de cocaïne, mais ont mis en lumière le caractère affabulateur d'un accusé qui n'avait encore jamais eu affaire à la justice.

"Gilles Manderscheidt cultive le mensonge comme un art", a lancé l'avocat général, Morgane Robitaillie, en référence aux faux titres d'ingénieur et aux fausses identités dont se prévalait ce technico-commercial, bien inséré dans la société, n'était sa propension à dépenser plus qu'il ne gagnait.

En référence également à la légitime défense qu'il a invoquée pour expliquer le meurtre du notaire et à l'ancienneté de ses liens avec lui.

Gilles Manderscheidt dit avoir fréquenté Bertrand Bilger depuis 1994 quand divers éléments laissent supposer une relation encore récente au moment du meurtre, le 23 mai 2010.

Les deux hommes traversent alors une période difficile.

Bertrand Bilger, 59 ans, est suspendu pour un an en raison d'irrégularités de gestion au sein de son étude, Gilles Manderscheidt a pris une année sabbatique après avoir divorcé de la femme dont il a eu deux enfants. Il est criblé de dettes et loue occasionnellement ses services comme "escort boy".

"Bertrand a été pour moi toutes ces années comme un repère, une espèce de stabilité", a dit à la cour l'accusé, qui a peu connu son père et dont les psychiatres expliquent la propension à mentir par la personnalité de sa mère, une femme "extrêmement intrusive dans sa vie".

Les deux hommes, qui passent le week-end ensemble dans le luxueux appartement du notaire, finissent par se disputer et en viennent aux coups.

Le corps de Bertrand Bilger sera retrouvé lardé d'une quinzaine de coups de couteaux dont un lui a perforé la rate et trois l'ont achevé par égorgement.

Gilles Manderscheidt volera quelques vêtements avant de quitter l'appartement au volant du coupé Mercedes de son hôte, emportant au passage une montre de luxe, des carnets de chèques et trois cartes de crédit.

Il sera interpellé cinq jours plus tard à Paris, endormi en plein après-midi dans le véhicule, au terme d'une échappée à Lille auprès d'un jeune amant puis dans la capitale où il a mené grande vie au Ritz.

Gilbert Reilhac, édité par Sophie Louet

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