Divergences massives sur le sort d'Assad à Genève II

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DIVERGENCES PERSISTANTES SUR LE SORT DE BACHAR AL ASSAD À LA CONFÉRENCE DE GENÈVE II
DIVERGENCES PERSISTANTES SUR LE SORT DE BACHAR AL ASSAD À LA CONFÉRENCE DE GENÈVE II

par John Irish et Stephanie Nebehay

MONTREUX, Suisse (Reuters) - Face à face pour la première fois depuis le début du conflit syrien, le gouvernement de Damas et l'opposition en exil ont affiché avec virulence des positions inconciliables mercredi lors de la conférence de paix internationale de Montreux.

Les Etats-Unis et la Russie, coparrains de cette réunion diplomatique dont les Nations unies espèrent qu'elle se poursuivra par des négociations à partir de vendredi à Genève, ont également fait étalage de leurs divergences d'approche sur la question de l'avenir du président Bachar al Assad.

Ahmad Djarba, chef de la délégation représentant l'opposition et président de la Coalition nationale syrienne (CNS), a accusé Assad de crimes de guerre rappelant l'Allemagne nazie et estimé que le maintien au pouvoir du président syrien était inenvisageable.

Le ministre syrien des Affaires étrangères Walid al Moualem a déclaré que Bachar al Assad ne se plierait pas aux demandes extérieures et a demandé aux puissances étrangères de cesser de "soutenir le terrorisme" et de lever les sanctions contre Damas.

"Nous sommes ici en tant que représentants du peuple et de l'Etat syrien et tout le monde devrait savoir que personne d'autre que les Syriens eux-mêmes n'a le droit dans ce monde-ci de retirer sa légitimité à un président ou à un gouvernement (...)", a-t-il déclaré.

Un peu plus tard, le ministre syrien de l'Information, Omran Zoabi, a de nouveau exclu tout départ d'Assad: "Assad ne s'en va pas", a-t-il dit aux journalistes en marge de la conférence.

"Le problème, c'est Assad", a répliqué Monzer Abkik, porte-parole de l'opposition. "Nous disons 'démocratie', ils répondent 'Assad', nous parlons d'une nation, ils parlent d'un homme", a-t-il poursuivi.

Les Etats-Unis et la Russie n'ont pas non plus caché leurs positions divergentes sur le président syrien et leur interprétation du "communiqué de Genève I".

"DANSER SUR LES TABLES"

Adoptée le 30 juin 2012, cette déclaration appelait à la constitution d'un gouvernement de transition doté des pleins pouvoirs exécutifs pour superviser le changement en Syrie "formé sur la base du consentement mutuel".

Pour les pays occidentaux et les pays arabes qui soutiennent l'opposition syrienne, Etats-Unis en tête, la mise en place d'une telle autorité transitoire implique le départ immédiat d'Assad, ce que conteste le gouvernement russe.

Le décalage de même que la virulence des propos de la délégation de Damas sont tels que des diplomates doutent que Montreux, où chacune des délégations a pu exposer son point de vue sur la guerre civile, se transforme en négociations à partir de vendredi à Genève.

Lors d'un point de presse en fin d'après-midi, peu avant la fin de la conférence, Laurent Fabius, le ministre français des Affaires étrangères, a souligné que "les élucubrations longues et agressives" de Moualem contrastaient avec "la position responsable et démocratique du président de la Coalition".

Son homologue allemand, Frank-Walter Steinmeier, a jugé pour sa part que le ministre syrien des Affaires étrangères avait tenu des propos "stupéfiants et exaspérants". Si les représentants du régime ne font pas preuve d'intelligence, a-t-il ajouté, il sera difficile de progresser.

"Il va falloir que le régime montre qu'il est là pour négocier. A ce stade, c'est loin d'être encourageant. On a l'impression que le régime est venu à Genève pour faire échec à Genève", indique une source diplomatique française. "La délégation du régime doit comprendre qu'on ne vient pas à Genève pour danser sur les tables."

ACCÈS HUMANITAIRE

Ouvrant mercredi cette réunion formelle, le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, a demandé d'emblée aux parties en conflit d'organiser un accès humanitaire, "immédiat et total", notamment dans les zones assiégées. Laurent Fabius a appelé à un cessez-le-feu immédiat en Syrie et à l'ouverture de corridors humanitaires pour venir en aide aux civils.

La guerre civile en Syrie, simple soulèvement populaire à son origine en mars 2011, a fait 130.000 morts et jeté sur les routes un tiers des 22 millions de Syriens.

"Après près de trois années douloureuses de conflit et de souffrances en Syrie, aujourd'hui est une journée d'espoir fragile mais réel", a déclaré Ban Ki-moon.

Affichant la détermination de l'opposition, Ahmed Djarba a appelé en vain la délégation gouvernementale à se retourner contre le président syrien avant le début des négociations.

"Nous voulons nous assurer que nous avons un partenaire dans cette pièce qui, d'une délégation de Bachar al Assad, se transforme en délégation libre de sorte que la totalité du pouvoir exécutif soit remis par Bachar al Assad", a-t-il dit.

"Ma question est claire. Avons-nous un tel partenaire?"

Retournant les accusations du gouvernement syrien selon lesquelles les rebelles ont renforcé l'action des djihadistes, le chef de la CNS a accusé les forces syriennes d'avoir créé les conditions pour la montée en puissance d'Al Qaïda.

CONSENTEMENT MUTUEL

Le secrétaire d'Etat américain John Kerry a lui aussi réaffirmé que Bachar al Assad ne pouvait en aucune façon faire partie d'un gouvernement de transition.

"Nous ne voyons qu'une option: négocier un gouvernement de transition issu d'un consentement mutuel. Cela signifie que Bachar al Assad ne fera pas partie de ce gouvernement de transition. Il n'est absolument pas possible qu'un homme qui a mené une réponse brutale contre son peuple puisse retrouver une légitimité pour gouverner", a-t-il dit.

Son homologue russe Sergueï Lavrov, invitant les "acteurs extérieurs" à ne pas se mêler des affaires de la Syrie, a expliqué lui que "l'essence de ce document (ndlr, le communiqué de Genève), c'est que l'avenir de la Syrie doit être déterminé par consentement mutuel entre le gouvernement et l'opposition".

Il a estimé que l'opposition politique intérieure syrienne devait faire partie du dialogue national syrien et que l'Iran, finalement absent de Genève II à la suite des menaces de boycott de la Coalition nationale syrienne et des pressions occidentales, devait faire partie du dialogue international.

L'Arabie saoudite, qui soutient l'opposition syrienne, a déclaré par la voix de son ministre des Affaires étrangères le prince Saoud al Fayçal qu'il ne pouvait y avoir aucun rôle dans la phase de transition pour Assad dont les mains, a-t-il dit, sont "tachées de sang". Il a appelé au retrait de toutes les forces étrangères de Syrie y compris des combattants chiites du Hezbollah libanais et des Gardiens iraniens de la révolution qui combattent aux côtés des forces de Bachar al Assad.

Pour l'Iran, absent de Montreux et s'exprimant par la voix de son président, Hassan Rohani, "la réunion de Genève II a déjà échoué avant même d'avoir commencé".

Avec Tom Miles, Gabriela Baczynska, Dominic Evans, Samia Nakhoul, Khaled Yacoub Oweis, Lesley Wroughton et Mariam Karouny à Montreux; Guy Faulconbridge à Londres et Laila Bassam et Paris Hafezi à Ankara, Alexander Dziadosz et Stephen Kalin à Beyrouth; Danielle Rouquié et Henri-Pierre André pour le service français, édité par Jean-Stéphane Brosse

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  • M3182284 le mercredi 22 jan 2014 à 15:53

    Poudre aux yeux des démocraties. Il s'agit d'un dictateur face à l'hydre islamique. Hypocrisie et ignominie. Laissons les s'entretuer sans interventionnisme mediatique larmoyant. Les preneurs d'otages sont du coté "rebelle".Le dictateur est comme les autres, pour lui-même