Discussions difficiles à Genève sur la transition en Syrie

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Discussions difficiles à Genève sur la transition en Syrie
Discussions difficiles à Genève sur la transition en Syrie

par Stephanie Nebehay et Angus MacSwan

GENEVE (Reuters) - L'émissaire international Kofi Annan a exhorté samedi les Etats membres du Groupe d'action pour la Syrie réunis à Genève à s'entendre sur le processus de transition politique.

La conférence organisée à son initiative pour tenter de mettre fin à 16 mois de conflit se déroule sur fond de discorde entre grandes puissances sur le sort à réserver au président syrien Bachar al Assad.

Kofi Annan, représentant spécial de l'Onu et de la Ligue arabe pour la Syrie, souhaite que les ministres des Affaires étrangères qu'il a invités parviennent à un consensus sur un gouvernement d'union nationale, qui exclurait les personnalités discréditées et contraindrait donc Bachar al Assad à la démission.

"Une crise internationale de grande ampleur menace. Nous sommes ici pour nous entendre sur les dispositions et les principes d'une transition politique dirigée par les Syriens qui réponde aux aspirations légitimes du peuple syrien", a-t-il déclaré à l'ouverture des débats.

"Personne ne peut douter des dangers extrêmes que ce conflit représente pour les Syriens, pour la région et pour le monde.

"Sans votre cohésion, votre détermination commune et votre action immédiate (...), personne ne gagnera et tout le monde y perdra d'une façon ou d'une autre", a insisté le diplomate ghanéen.

Ban Ki-moon, secrétaire général de l'Onu, a quant à lui souhaité qu'un accord soit conclu dès aujourd'hui.

La Russie, alliée de longue date du président syrien et opposée par principe à ce qu'elle considère comme une ingérence étrangère dans les affaires intérieures de la Syrie, juge qu'une solution ne doit pas être imposée de l'extérieur.

Les Etats-Unis et leurs partenaires européens et arabes estiment au contraire qu'il n'y aura pas de solution tant que Bachar al Assad restera au pouvoir. La répression du soulèvement commencé en mars 2011 a fait au moins 10.000 morts, selon les Nations unies.

"Nous avons toujours estimé qu'un avenir stable pour la Syrie, qu'un processus politique stable, passaient par une renonciation d'Assad au pouvoir dans le cadre d'un accord sur un processus de transition", a rappelé le secrétaire au Foreign Office William Hague à son arrivée à Genève.

Son homologue russe, Sergueï Lavrov, ne s'est pas exprimé.

"L'AFFAIRE DES SYRIENS"

Il s'était entretenu vendredi soir avec la secrétaire d'Etat Hillary Clinton à Saint-Pétersbourg mais, selon un responsable américain, ces discussions n'ont pas permis de rapprocher les positions des deux grandes puissances.

"Nos partenaires occidentaux veulent décider eux-mêmes de l'issue du processus politique en Syrie alors que c'est l'affaire des Syriens", a déclaré en Russie l'adjoint de Sergueï Lavrov, Guennadi Gatilov, avant la réunion de samedi.

Du côté des Etats-Unis, un responsable américain a indiqué que les discussions étaient "difficiles" et qu'un accord pourrait ne pas être conclu.

Le projet d'accord préparé par Annan, dont Reuters a pu prendre connaissance, recommande donc la formation d'un gouvernement d'union nationale doté de tous les pouvoirs exécutifs, à même de créer un environnement neutre propice à la transition politique.

"Il pourrait comprendre des membres de l'actuel gouvernement et de l'opposition ainsi que d'autres groupes, mais ceux dont la présence continue et la participation entamerait la crédibilité de la transition et mettrait en péril la stabilité et la réconciliation en seraient exclus", peut-on y lire. Cette disposition, au coeur de la discorde, écarterait donc Assad.

Les ministres des Affaires étrangères des membres permanents du Conseil de sécurité (Chine, Etats-Unis, France, Grande-Bretagne et Russie) sont présents en Suisse, ainsi que leurs homologues turc, koweïtien et qatari. Nabil Elarabi, secrétaire général de la Ligue arabe, s'y trouve également.

L'Iran, allié le plus proche de la Syrie dans la région et l'Arabie saoudite, ennemie à la fois de Damas et de Téhéran et principal soutien des forces opposées au président Assad, sont les principaux absents.

Sur le terrain, les bombardements des forces gouvernementales et des affrontements avec les rebelles de l'Armée syrienne libre (ASL) dans les bastions de l'opposition ont pour l'instant fait 16 morts samedi, selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme.

Après des semaines de siège, l'armée a par ailleurs pénétré à Douma, ville située à une quinzaine de kilomètres de Damas, dont les habitants en fuite parlent de corps jonchant les rues.

Tom Miles; Danielle Rouquié et Jean-Philippe Lefief pour le service français

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