Discussions délicates en vue à Genève entre les Six et l'Iran

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LES DISCUSSIONS SUR LE NUCLÉAIRE IRANIEN REPRENNENT À GENÈVE
LES DISCUSSIONS SUR LE NUCLÉAIRE IRANIEN REPRENNENT À GENÈVE

par Justyna Pawlak et Parisa Hafezi

GENEVE (Reuters) - Les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l'Onu plus l'Allemagne ont repris mercredi à Genève avec l'Iran des pourparlers qui s'annoncent ardus en vue d'un accord intérimaire sur le programme nucléaire de Téhéran.

Si Moscou et Londres manifestent leur confiance en la possibilité d'une issue positive, Paris -accusé par Téhéran de prendre fait et cause pour les Etats-Unis et Israël- et Washington ont souligné la difficulté de la tâche.

"Je pense que nous pouvons avoir un accord (...) mais nous verrons bien car c'est difficile... C'est très difficile", a dit un haut responsable américain aux journalistes après la reprise des négociations sur les bords du lac Léman.

"Ce sont des négociations difficiles. Elles sont dures, il y a des moments de tension, mais aussi de temps en temps des moments d'humour", a-t-il ajouté.

Ali Khamenei, guide suprême de la République islamique, a dit avoir fixé des "lignes rouges" à ses négociateurs et s'en est pris à la France, qu'il a accusée d'avoir "cédé aux Etats-Unis" et de s'être "mise à genoux devant le régime israélien" en empêchant la conclusion d'un accord à Genève il y a dix jours.

"Les propos de Khamenei ne peuvent pas aller dans le sens de l'apaisement et de la compréhension, donc l'Iran doit apporter des réponses et pas apporter un certain nombre de provocations", a répondu le président français François Hollande lors d'une visite en Italie.

PAS D'ACCORD RAPIDE SUR L'ENRICHISSEMENT

Le secrétaire d'Etat américain John Kerry s'est évertué à doucher les espoirs d'un éventuel accord sur le niveau d'enrichissement d'uranium permettant ou non à l'Iran d'acquérir l'arme nucléaire.

"Nous en sommes à un stade initial qui déterminera si un premier pas peut être franchi, et cela (la question de l'enrichissement) ne sera certainement pas résolu dans un premier temps, je puis vous l'assurer", a-t-il dit.

Au Majlis, le Parlement iranien, des élus ont proposé mardi à la signature de leurs collègues un texte exigeant que le gouvernement poursuive l'enrichissement de l'uranium à 20%, niveau qui facilite une utilisation militaire de l'atome.

Les discussions ont commencé mercredi par une rencontre entre le chef de la diplomatie iranienne, Mohammad Javad Zarif, et Catherine Ashton, porte-parole de la diplomatie de l'Union européenne qui coordonne l'action des Six.

Le ministre iranien a évoqué, sans plus de précisions, une entrevue "bonne et utile".

Les pays du P5+1 (les cinq membres permanents du Conseil de sécurité - Etats-Unis, Russie, France, Grande-Bretagne et Chine - et l'Allemagne), soucieux de mettre fin à un long bras de fer avec Téhéran, avaient failli arracher au début du mois des concessions sur les activités nucléaires des Iraniens en échange d'un allègement des sanctions internationales.

Depuis, les responsables des grandes puissances ont fait savoir qu'un accord intérimaire était possible sur des mesures dites de renforcement de la confiance et ce malgré des mises en garde de diplomates sur la persistance de divergences susceptibles de faire capoter les nouvelles discussions.

L'EXEMPLE SYRIEN

Pour le Britannique William Hague, les divergences sont minces et un accord historique est à portée de la main. "Ceci constitue la meilleure occasion depuis longtemps de réaliser des progrès sur l'une des questions les plus graves de politique étrangère", a déclaré le secrétaire au Foreign Office lors d'une conférence de presse à Istanbul.

"J'espère que les discussions qui ont repris aujourd'hui à Genève produiront un résultat", a déclaré le président russe Vladimir Poutine, qui recevait mercredi soir au Kremlin le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.

Ce dernier avait fait le déplacement de Moscou pour tenter de persuader le président russe d'assortir tout accord avec Téhéran de conditions draconiennes.

Benjamin Netanyahu a estimé que l'accord conclu sur la destruction de l'arsenal chimique syrien donnait des raisons d'espérer en une issue similaire concernant le potentiel nucléaire iranien.

"Je pense que nous pouvons tirer des conclusions sérieuses de la résolution à laquelle sont parvenues les grandes puissances sur les armes non-conventionnelles syriennes", a-t-il dit.

L'Etat hébreu, qui possède la bombe atomique sans l'admettre officiellement, considère qu'un Iran détenteur d'une arme nucléaire constituerait une menace de mort pour son existence.

Avec Louis Charbonneau, John Irish et Fredrik Dahl à Genève, Marcus George et Isabel Coles à Dubaï, Steve Gutterman à Moscou, Dan Williams à Jérusalem et Sophie Louet à Paris, Jean-Loup Fiévet et Pascal Liétout pour le service français, édité par Guy Kerivel

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