Dilma Rousseff se rapproche d'une destitution au Brésil

le , mis à jour à 06:55
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    * Les députés votent pour une destitution de la présidente 
    * Le Sénat doit se prononcer à son tour 
    * Partisans et adversaires de Rousseff mobilisés 
    * L'instabilité politique risque de perdurer 
 
 (Actualisé avec réactions, précisions) 
    par Maria Carolina Marcello et Alonso Soto 
    BRASILIA, 18 avril (Reuters) - Dilma Rousseff a perdu 
dimanche une bataille cruciale dans sa lutte pour son maintien à 
la tête du Brésil avec le feu vert donné par les députés 
brésiliens à sa destitution, ce qui pourrait mettre un terme à 
13 années de pouvoir du Parti des travailleurs (PT). 
    Alors que des milliers de partisans et d'adversaires de la 
présidente manifestaient séparément devant le Congrès à 
Brasilia, comme dans de nombreuses villes du Brésil, les députés 
favorables à sa destitution ont facilement réuni la majorité des 
deux tiers requise à la chambre basse du parlement. 
    Les députés d'opposition ont laissé éclater leur joie, 
poings levés, formant une mêlée aux couleurs du Brésil, vert et 
jaune, autour de l'élu qui a fourni le 342e vote décisif, sur 
513 députés, après plusieurs heures de vote. 
    Dans les deux plus grandes villes du pays, Sao Paulo et Rio 
de Janeiro, des feux d'artifice ont éclairé le ciel nocturne 
tandis que des concerts de klaxons résonnaient. 
    Il revient désormais au Sénat de décider du sort de la 
présidente, accusée d'avoir maquillé les comptes publics pour 
favoriser sa réélection pour un second mandat de quatre ans en 
2014. 
    Si le Sénat décide que la procédure peut se poursuivre, ce 
qui semble probable, Dilma Rousseff, progressivement lâchée par 
ses alliés ces dernières semaines, sera automatiquement 
suspendue et son vice-président Michel Temer exercera les 
fonctions de chef de l'Etat. En cas de confirmation de la 
destitution, Michel Temer restera à la tête du Brésil jusqu'à la 
fin prévue du mandat de Dilma Rousseff, soit 2018. 
     
    PAYS DIVISÉ 
    Cette bataille politique, qui intervient alors que le Brésil 
est plongé dans sa plus grave récession économique depuis les 
années 1930, a divisé ce pays de 200 millions d'habitants comme 
jamais depuis la fin de la dictature militaire en 1985. 
    Cette crise a en outre dégénéré en conflit ouvert entre 
Dilma Rousseff et Michel Temer, un centriste de 75 ans, ce qui 
devrait faire perdurer l'instabilité politique, quelle que soit 
l'issue de la procédure. 
    Après 13 années aux commandes du pays, le Parti des 
travailleurs a conservé le puissant soutien d'une partie des 
classes populaires, reconnaissantes de l'amélioration de la 
qualité de vie de dizaines de millions de personnes depuis 
l'accession à la présidence du mentor de Dilma Rousseff, Luiz 
Inacio Lula da Silva. 
    "La bataille va se poursuivre désormais dans les rues et au 
Sénat", a réagi José Guimaraes, chef de file des députés du PT. 
"Nous avons perdu parce que les fomenteurs de coup d'Etat 
étaient plus forts." 
    Outre les centaines de milliers de manifestants réunis par 
les pro- et les anti-Rousseff à travers le pays, des millions de 
Brésiliens ont suivi le vote des députés en direct à la 
télévision, dans des bars, chez eux ou sur des écrans géants 
installés dans les rues. 
    A Brasilia, une barrière de deux mètres de haut a été érigée 
sur plus d'un kilomètre pour séparer les deux rassemblements 
rivaux, symbole de la division du pays. 
    Dans une vidéo et une tribune publiée dans la presse avant 
le vote, Dilma Rousseff, première femme à diriger le plus grand 
pays d'Amérique latine, a démenti avoir commis des actes 
justifiant sa destitution, présentant la procédure visant à la 
chasser du pouvoir comme un "coup d'Etat" et "la plus grosse 
fraude juridique et politique" de l'histoire du Brésil. 
     
    CORRUPTION 
    Au-delà de l'accusation de manipulation des comptes publics, 
son pouvoir a aussi été affaibli par la récession économique et 
par l'affaire Petrobras, un dossier de corruption présumée à 
grande échelle impliquant le puissant groupe pétrolier public. 
    Ses partisans soulignent que le jeu d'écritures comptables 
qui lui est reproché est fréquemment utilisé par les élus au 
Brésil. 
    En votant, nombre d'élus d'opposition ont dénoncé la 
corruption et les difficultés économiques mais peu ont mentionné 
la question budgétaire. 
    Dilma Rousseff n'a pas été personnellement mise en cause par 
la justice dans le dossier Petrobras, contrairement à bon nombre 
des députés qui étaient appelés à se prononcer sur son sort, au 
premier rang desquels le président de la chambre, son ancien 
allié Eduardo Cunha. Selon le site d'information politique 
indépendant Congresso em Foco, plus de 300 députés sont visés 
par une enquête pour corruption, fraude ou infraction au code 
électoral. 
    Les milieux d'affaires brésiliens ont mis tout leur poids 
dans la bataille contre Dilma Rousseff, en misant sur Michel 
Temer pour restaurer la confiance des entrepreneurs et relancer 
l'économie. 
    Adriano Pires, patron de l'Institut brésilien des 
infrastructures, a déclaré qu'une mise à l'écart de Dilma 
Rousseff pourrait conduire à une libéralisation de l'important 
secteur pétrolier. Les syndicats craignent pour leur part des 
privatisations et des suppressions d'emplois. 
    Alors que les actions et la devise brésiliennes ont été 
récemment parmi les actifs les plus performants au monde dans la 
perspective d'une destitution de Dilma Rousseff, le vote des 
députés devrait renforcer cette tendance ce lundi sur les 
marchés financiers du Brésil. 
 
 (Avec les correspondants de Reuters au Brésil; Henri-Pierre 
André et Bertrand Boucey pour le service français) 
 
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