Dilma Rousseff écartée du pouvoir au Brésil

le , mis à jour à 14:15
0
    * Le Sénat approuve un procès en destitution de la 
présidente 
    * Rousseff est suspendue pour un délai maximal de 180 jours 
    * Le vice-président Michel Temer lui succède à la tête de 
l'Etat 
 
    par Anthony Boadle et Maria Carolina Marcello 
    BRASILIA, 12 mai (Reuters) - Dilma Rousseff a été suspendue 
de ses fonctions jeudi après le feu vert donné par les sénateurs 
à l'ouverture d'un procès en destitution visant la présidente 
brésilienne, accusée d'avoir maquillé les comptes publics pour 
faciliter sa réélection en 2014. 
    La chef de l'Etat sera remplacée par son vice-président 
Michel Temer le temps que durera le procès, d'une durée maximale 
de 180 jours, dont l'organisation a été approuvée par 55 
sénateurs sur 81. Une majorité simple de 41 sénateurs suffisait. 
    Au terme de ce procès en destitution, une majorité des deux 
tiers, soit 54 voix sur 81, sera nécessaire pour acter la mise à 
l'écart définitive de Dilma Rousseff. Dans cette hypothèse, 
Michel Temer, membre du Parti du mouvement démocratique 
brésilien (PMDB), assurerait la présidence jusqu'à la fin de son 
mandat, le 31 décembre 2018. 
    Agé de 75 ans, centriste, spécialiste de droit 
constitutionnel qui a passé des décennies au Congrès, Michel 
Temer devrait annoncer dès jeudi après-midi la composition de 
son gouvernement. Il promet des politiques favorables aux 
marchés afin de réduire le déficit budgétaire et l'inflation. 
    Henrique Meirelles, ancien président de la banque centrale, 
sera nommé aux Finances, a indiqué un de ses conseillers. 
    L'opposition reproche à Dilma Rousseff d'avoir ruiné une 
économie qui fut un temps l'une des plus performantes des pays 
en développement en mettant en oeuvre des mesures qualifiées de 
populistes qui se sont traduites par une envolée des prix à la 
consommation, une entrée en récession et une explosion du 
chômage. 
     
    "UN TRAITEMENT DOULOUREUX MAIS NÉCESSAIRE" 
    "Aujourd'hui, nous essayons de surmonter cette situation en 
révoquant ce gouvernement irresponsable. Nous n'avons pas 
d'alternative", a déclaré le sénateur Blairo Maggi, l'un des 
plus gros producteurs brésiliens de soja, qui devrait entrer au 
gouvernement de Michel Temer pour prendre le portefeuille de 
l'agriculture. 
    "La destitution est une tragédie pour ce pays, c'est un 
traitement douloureux mais nécessaire et continuer avec le 
gouvernement Rousseff serait une tragédie encore plus grande", a 
renchéri le sénateur José Serra, pressenti pour devenir ministre 
des Affaires étrangères, pendant les vingt heures de débat qui 
ont précédé ce vote historique à Brasilia. 
    La présidente a également souffert des multiples scandales 
de corruption qui éclaboussent depuis des années une grande 
partie de la classe politique brésilienne.  
    Au coeur de ces scandales figure la tentaculaire affaire 
Petrobras, du nom du géant pétrolier brésilien que Dilma 
Rousseff a dirigé avant son élection. 
    La chef de l'Etat n'est pas accusée de corruption, Michel 
Temer non plus, contrairement à certains de ses alliés et 
collègues au sein du PMDB. Le parquet souligne qu'il est loin 
d'avoir terminé son enquête.  
    A l'extérieur du Sénat, protégé par une clôture métallique 
érigée pour séparer les manifestants, près de 6.000 partisans de 
la destitution se sont réunis pour exprimer leur joie tandis que 
la police utilisait des gaz lacrymogènes pour disperser les 
soutiens de la présidente.  
    Dilma Rousseff a dissous son gouvernement, montre le Journal 
officiel, et a donné des instructions pour ne pas faciliter la 
transition, car elle considère sa suspension comme illégale. 
    Son gouvernement s'était tourné vers la Cour suprême pour 
contester la procédure mais son recours a été rejeté mercredi. 
    Dans son bureau du Planalto, le palais présidentiel, ses 
conseillers ont rangé ses affaires et débarrassé les étagères. 
     
    "LE PARTI DES TRAVAILLEURS A TELLEMENT FAIT POUR NOUS" 
    Première femme élue à la tête de la première puissance 
économique d'Amérique latine, en 2010, Dilma Rousseff, 68 ans,  
a dénoncé à de multiples reprises un "coup d'Etat". 
    Elle s'exprimera à 10h00 (13h00 GMT) avant de quitter le 
palais présidentiel du Planalto. En tant que présidente 
suspendue, elle pourra continuer à habiter dans sa résidence 
officielle et à utiliser un avion de l'armée de l'air pour ses 
déplacements. 
    Les sondages d'opinion montrent qu'une écrasante majorité de 
Brésiliens souhaitaient que Dilma Rousseff soit destituée, mais 
Michel Temer ne jouit pas non plus d'une immense popularité. 
    Selon un récent sondage de l'institut Datafolha, seuls 1% 
des électeurs brésiliens voteraient pour lui s'il se présentait 
comme candidat à la présidence en 2018, ce qu'il assure ne pas 
avoir l'intention de faire.  
    D'autres enquêtes d'opinion montrent qu'environ 60% des 
Brésiliens souhaitent qu'il soit destitué lui aussi.  
    Michel Temer hérite d'un pays dont le déficit budgétaire 
dépasse 10% du produit intérieur brut, où le chômage est en 
hausse, l'investissement en baisse. Les projections anticipent 
une contraction de plus de 3% du PIB en 2016.  
    "Seules de grandes réformes peuvent empêcher le Brésil de 
sauter de crise en crise", estime Eduardo Giannetti da Fonseca, 
économiste et écrivain. 
    Même si les partisans de l'opposition ont fait la fête sur 
l'avenue Paulista, l'avenue centrale de Sao Paulo, la plus 
grande ville du pays, beaucoup de Brésiliens s'inquiètent de la 
fin des plus de treize années au pouvoir du Parti des 
travailleurs, une époque ouverte avec l'élection en 2002 de Luiz 
Inácio Lula da Silva, mentor de Dilma Rousseff.  
    "Est-ce que Dilma a fait des erreurs ? Evidemment. Mais le 
Parti des travailleurs a tellement fait pour nous, pour le 
peuple", souligne Benedito Polongo, un concierge de 63 ans, qui 
se souvient qu'il n'avait ni travail ni compte en banque avant 
l'accession de Lula à la présidence en janvier 2003. "Je crains 
que ceux qui vont lui succéder vont effacer tout ce qui avait 
été fait pour les pauvres." 
 
 (Avec Alonso Soto, Marcela Ayres, Brad Brooks et Silvio 
Cascione,; Nicolas Delame et Jean-Stéphane Brosse pour le 
service français) 
 
Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant

Partenaires Taux