Dilma Rousseff écartée du pouvoir au Brésil

le , mis à jour à 12:22
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DILMA ROUSSEFF ÉCARTÉE DU POUVOIR
DILMA ROUSSEFF ÉCARTÉE DU POUVOIR

par Anthony Boadle et Maria Carolina Marcello

BRASILIA (Reuters) - Dilma Rousseff a été suspendue de ses fonctions jeudi après le feu vert donné par les sénateurs à l'ouverture d'un procès en destitution visant la présidente brésilienne, accusée d'avoir maquillé les comptes publics pour faciliter sa réélection en 2014.

La chef de l'Etat sera remplacée par son vice-président, Michel Temer, le temps de la durée du procès, au maximu 180 jours, dont l'organisation a été approuvée par 55 sénateurs sur 81. Une majorité simple de 41 sénateurs suffisait.

Au terme de ce procès en destitution, une majorité des deux tiers, soit 54 voix sur 81, sera nécessaire pour acter la mise à l'écart définitive de Dilma Rousseff. Dans cette hypothèse, Michel Temer assurerait la présidence jusqu'à la fin de son mandat, le 31 décembre 2018.

Michel Temer, 75 ans, devrait annoncer la composition de son gouvernement dès jeudi. Henrique Meirelles, ancien président de la banque centrale, devrait être nommé aux Finances, selon la presse.

L'opposition reproche à Dilma Rousseff d'avoir ruiné une économie qui fut un temps l'une des plus performantes des pays en développement en mettant en oeuvre des mesures qualifiées de populistes qui se sont traduites par une envolée de l'inflation, une entrée en récession et une explosion du chômage.

"Aujourd'hui, nous essayons de surmonter cette situation en révoquant ce gouvernement irresponsable. Nous n'avons pas d'alternative", a déclaré le sénateur Blairo Maggi, l'un des plus gros producteurs brésiliens de soja, qui devrait entrer au gouvernement de Michel Temer pour prendre le portefeuille de l'Agriculture.

ÉTAGÈRES VIDES

Devant le Sénat, protégé par une clôture métallique érigée pour séparer les manifestants, près de 6.000 partisans de la destitution se sont réunis pour exprimer leur joie. La police a fait usage de gaz lacrymogènes pour disperser les soutiens de la présidente.

Dilma Rousseff a fait connaître son intention de dissoudre le gouvernement dès sa destitution approuvée et donné des instructions pour ne pas faciliter la transition, car elle considère sa suspension comme illégale.

Son gouvernement s'est tourné vers la Cour suprême pour contester la procédure mais son recours a été rejeté mercredi.

Dans son bureau du Planalto, le palais présidentiel, ses conseillers ont rangé ses affaires et débarrassé les étagères.

Première femme élue à la tête de la première puissance économique d'Amérique latine, en 2010, Dilma Rousseff, 68 ans, a dénoncé à de multiples reprises un "coup d'Etat". Elle s'est montrée combative jusqu'au dernier moment, mais la situation économique déplorable du pays conjuguée à la multiplication des scandales politico-financiers ont précipité sa chute.

Les sondages d'opinion montrent qu'une écrasante majorité de Brésiliens souhaitaient que Dilma Rousseff soit destituée, mais Michel Temer ne jouit pas non plus d'une immense popularité.

"J'ai voté pour Dilma, je crois que c'est une grande dirigeante, mais je pense aussi qu'elle a tellement mal travaillé que l'heure de son départ est venue", a expliqué Leticia Britto, une étudiante de Sao Paulo. "La meilleure façon d'avancer serait de convoquer des élections."

(Avec les rédactions de Reuters au Brésil, Nicolas Delame pour le service français, édité par Jean-Stéphane Brosse)

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