Dilma Rousseff cherche jusqu'au bout à éviter sa destitution

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DILMA ROUSSEFF CHERCHE JUSQU'AU BOUT À ÉVITER SA DESTITUTION
DILMA ROUSSEFF CHERCHE JUSQU'AU BOUT À ÉVITER SA DESTITUTION

par Marcela Ayres et Anthony Boadle

BRASILIA (Reuters) - La présidente du Brésil, Dilma Rousseff, s'est lancée dans des tractations de la dernière chance avec les députés de son camp pour tenter de s'assurer leur soutien avant un vote au Congrès, dimanche, susceptible de conduire à sa destitution.

La crise politique qui divise le Brésil depuis des mois sur fond de soupçons de corruption s'est peu à peu muée en un conflit ouvert entre la présidente et son vice-président centriste, Michel Temer, qui lui succéderait si elle était destituée.

Dilma Rousseff a annulé son intervention à un meeting anti-destitution, samedi, pour aller rencontrer, à huis clos, une partie des députés appelés à se prononcer pour ou contre sa destitution au motif qu'elle aurait enfreint les règles budgétaires en vigueur en maquillant les compte publics pour faciliter sa réélection en 2014.

Ces discussions suggèrent que le vote de dimanche pourrait être plus serré qu'attendu initialement. On estime que Dilma Rousseff doit trouver 20 voix en sa faveur pour empêcher la destitution de réunir la majorité des deux tiers à la chambre basse, qui compte 513 sièges.

Un conseiller de Michel Temer a déclaré que la présidente, soutenue par son prédécesseur Luis Iñacio Lula da Silva, qui reste l'homme politique le plus influent du pays, était parvenue à faire changer de camp une "poignée" de députés mais pas assez pour faire pencher la balance en sa faveur.

Dans une vidéo et une tribune publiée dans la presse, Dilma Rousseff, première femme à diriger le plus grand pays d'Amérique latine, a de nouveau nié avoir commis des actes justifiant sa destitution, présentant la procédure visant à la chasser du pouvoir comme "la plus grosse fraude juridique et politique" de l'histoire du Brésil.

"Nous sommes face à la menace d'un coup d'Etat, un coup d'Etat sans armes qui utilise des méthodes plus destructrices, comme la fraude et le mensonge, pour tenter de détruire un gouvernement légitimement élu", écrit-elle dans le grand quotidien Folha de S.Paulo.

"SI ELLE PERD, NOUS DESCENDRONS DANS LES RUES"

Outre les accusations de manipulation du budget, Dilma Rousseff se voit reprocher par une partie de l'opinion publique d'avoir laissé le pays s'enfoncer dans sa pire crise économique depuis un quart de siècle.

Son pouvoir a en outre été affaibli par l'affaire Petrobras, un dossier de corruption présumée à grande échelle impliquant le puissant groupe pétrolier public.

La crise politique, qui a fait éclater la coalition gouvernementale, est d'autant plus profonde que l'héritière de "Lula" a conservé le soutien d'une partie des classes populaires, reconnaissantes au Parti des travailleurs, sa formation d'origine, pour avoir amélioré la qualité de vie de dizaines de millions de personnes en treize ans de pouvoir.

"Si elle perd et que Temer la remplace, nous descendrons dans les rues et nous aurons la force d'y rester aussi longtemps que nécessaire", a déclaré Marco Antonio Baratto, coordinateur du mouvement des paysans sans terre MST, lors d'un meeting réunissant plusieurs milliers de supporters de Rousseff sur le parking du stade de football de Brasilia.

Lula, l'air fatigué, a brièvement pris la parole lors de ce meeting avant d'expliquer qu'il devait retourner participer aux discussions avec les députés.

Si la chambre basse se prononce en faveur de la destitution dimanche, il appartiendra ensuite au Sénat de se prononcer sur le renvoi de la présidente devant la justice pour infraction aux règles budgétaires. Si elle perd ce vote, qui pourrait avoir lieu le 10 ou le 11 mai, elle sera automatiquement suspendue et remplacée par Michel Temer.

Ce dernier, qui assurerait la présidence jusqu'en 2018 si Dilma Rousseff était jugée coupable par le Sénat, n'a que peu de soutiens politiques.

Si elle survit au vote de dimanche, la présidente restera très affaiblie et les observateurs estiment que sa promesse de former alors un gouvernement d'union nationale a peu de chances d'être tenue au vu des divisions profondes créées par la crise.

(avec Eduardo Simoes et Alonso Soto, Marc Angrand pour le service français)

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