Dialogue de sourds entre syndicats et gouvernement sur Florange

le
2
LES SYNDICATS DE FLORANGE DÉÇUS À L'ISSUE DE LEUR ENTREVUE AVEC JEAN-MARC AYRAULT
LES SYNDICATS DE FLORANGE DÉÇUS À L'ISSUE DE LEUR ENTREVUE AVEC JEAN-MARC AYRAULT

par Julien Ponthus et Elizabeth Pineau

PARIS (Reuters) - Gouvernement et syndicats ont campé sur leurs positions mercredi, Jean-Marc Ayrault vantant l'accord conclu avec ArcelorMittal pour préserver l'emploi à Florange, alors que les représentants des salariés réclament sa renégociation.

Invité du journal de 20h00 sur France 2, le chef du gouvernement a mis en avant l'absence de plan social à Florange, où quelque 600 licenciements seront évités.

"C'est une situation qui est acquise. Beaucoup de Français aimeraient avoir un tel résultat", a-t-il fait valoir.

Le Premier ministre, qui recevra jeudi matin les élus de la région, a annoncé la mise en place d'un comité de suivi de l'accord passé avec Mittal dirigé par le sous-préfet de Thionville, avec la participation d'élus et de syndicats.

"Il faudra que les engagements soient tenus", a-t-il affirmé.

A la sorte de Matignon, les représentants syndicaux n'ont pas caché leur déception.

"Il est hors de question pour le Premier ministre de revenir en arrière", a déclaré Norbert Cima, de Force ouvrière, évoquant une entrevue "très tendue" à Matignon entre les syndicats et plusieurs ministres du gouvernement. "Il a refusé tout autre projet."

Le délégué CFDT, Edouard Martin, s'est montré plus modéré, émettant l'espoir que la situation puisse évoluer.

"Je lui ai dit que nous avons le sentiment d'avoir été trahis", a-t-il déclaré à l'issue de la réunion. "Le fait que M. Ayrault ait accepté de dire il y a peut être des zones d'ombre; je suis prêt à vous recevoir de nouveau, ça nous ouvre une brèche", a-t-il ajouté.

Jean-Marc Ayrault a présenté aux syndicats les détails de l'accord conclu vendredi avec le géant mondial de l'acier. Selon Le Monde et le Canard enchaîné, plus des deux-tiers des 180 millions d'euros d'investissement promis par le groupe ne sont pas stratégiques et auraient de toute façon dû être versés.

L'utilisation du site de Florange pour expérimenter le procédé européen Ulcos de fabrication d'acier à basse émission de CO2 est également incertaine.

En tout état de cause, cet accord ne satisfait pas les syndicats et laisse sceptiques plusieurs ministres, qui défendaient l'option d'une nationalisation du site.

Ils estiment notamment que le gouvernement ne peut pas faire confiance au PDG Lakshmi Mittal, l'homme d'affaires indien dont le bilan social est régulièrement mis en cause.

ENTOURLOUPE

"Il ne faut pas laisser la possibilité à M. Mittal de faire une nouvelle entourloupe comme ce qu'il a fait à Gandrange", a ainsi jugé la ministre du Logement, Cécile Duflot, sur BFM-TV.

Elle faisait allusion à l'incapacité du gouvernement de droite de l'ex-président Nicolas Sarkozy à préserver l'activité de cet autre site mosellan du groupe sidérurgique.

Les salariés plaçaient leur espoir dans une nationalisation temporaire de l'aciérie de Florange, préconisée par le ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, en attendant un repreneur, mais non retenue au final.

"Nous avons regardé toutes les hypothèses sans exclusive et sans a priori", a dit Jean-Marc Ayrault sur France 2.

En marge de ce dossier, une intersyndicale doit se réunir jeudi matin à l'usine de Basse-Indre (Loire-Atlantique), près de Nantes, où le transfert de deux activités vers Florange va entraîner la suppression d'une soixantaine de postes.

Les personnes concernées feront l'objet de reclassements sur le site, a promis sa direction locale.

"On veut que les salariés prennent bien conscience que ce projet ne tient pas la route, qu'il faut se battre pour faire annuler ce plan", a dit Mickaël Eveillard, délégué syndical CGT de l'usine de Basse-Indre qui emploie 546 salariés et en fait travailler 150 autres d'entreprises sous-traitantes.

L'usine se trouve sur l'ancienne circonscription de Jean-Marc Ayrault, ex-député-maire de Nantes, qui s'est opposé à la nationalisation transitoire réclamée par Arnaud Montebourg.

Selon le Républicain Lorrain, Bernard Serin, patron du groupe sidérurgique CMI, et Alexei Mordachov, milliardaire qui possède le géant russe de l'acier Severstal, s'étaient associés pour proposer de reprendre l'ensemble du site lorrain d'ArcelorMittal.

Les services du Premier ministre assuraient vendredi que le repreneur évoqué par Arnaud Montebourg n'était pas "crédible", un camouflet pour le ministre, que le président François Hollande aurait convaincu de ne pas démissionner.

Interrogé à ce sujet sur France 2, Jean-Marc Ayrault a répondu: "On a besoin de tout le monde dans une équipe".

"Ce qui est important c'est que cette équipe soit solidaire quand les décisions sont prises", a-t-il ajouté.

Avec le service France, édité par Emmanuel Jarry

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
  • baljo le mercredi 5 déc 2012 à 21:46

    Les hauts fourneaux c'est comme les ateliers de réparation des brouettes, il faut savoir tourner la page( dit-il devant son pc)

  • M8645678 le mercredi 5 déc 2012 à 21:35

    J'ai de plus en plus confiance en Ayrault. C'est l'homme qu'il nous fallait pour mâter les agités du bocal de Florange, qui ne comprendront jamais rien à l'économie. Les hauts fourneaux c'est comme les ateliers de réparation des brouettes, il faut savoir tourner la page(