Devant le Congrès, Netanyahu réfute la politique iranienne d'Obama

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* Le PM israélien évoque "un potentiel cauchemar nucléaire" * Pour Obama, rien de neuf dans le discours de Netanyahu * L'Iran déplore un discours "ennuyeux et répétitif" * Les conditions de la venue de Netanyahu à Washington ont suscité la polémique (Actualisé avec réaction d'Obama, Iran) par Dan Williams et Matt Spetalnick WASHINGTON, 3 mars (Reuters) - Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a déclaré mardi devant les élus du Congrès américain que l'Iran représentait une menace pour le monde entier et mis en garde Washington contre un "mauvais accord" sur le programme nucléaire iranien qui enclencherait, a-t-il dit, "un compte à rebours avant un potentiel cauchemar nucléaire". Ce discours très attendu et controversé, prononcé à l'invitation de John Boehner, le président républicain de la Chambre de représentants, et salué par une partie de la salle, était structuré comme une réfutation point par point de la politique iranienne de Barack Obama. Lequel a déclaré en retour ne voir "rien de neuf" dans cette intervention. "Le Premier ministre n'a pas proposé d'alternatives viables", a ajouté le président démocrate. Pendant 39 minutes, Netanyahu a amplifié sa campagne contre la perspective d'un accord entre l'Iran et le P5+1 (Etats-Unis, France, Chine, Russie, Grande-Bretagne et Allemagne), à moins d'un mois de la date butoir du 31 mars fixée pour la conclusion du volet politique des négociations sur le nucléaire. Le Premier ministre israélien, qui voit dans le programme nucléaire iranien une menace contre l'existence même d'Israël, a notamment affirmé que le régime iranien constituait une "grave menace non seulement pour Israël mais aussi pour la paix dans le monde entier" et qu'il ne pouvait être question de faire confiance à la République islamique. "Nous devons nous unir pour faire barrage aux efforts de conquête, d'asservissement et de terreur de l'Iran", a-t-il dit. "Nous ne devons pas miser la sécurité de la planète sur l'espoir que l'Iran changera en mieux." Alors que le secrétaire d'Etat américain John Kerry et le ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif préparent en Suisse un nouveau cycle de discussions entre Téhéran et les puissances du P5+1, le chef du gouvernement israélien a fustigé la perspective d'un "mauvais accord". "Le programme nucléaire de l'Iran peut être ramené bien en deçà de la proposition actuelle en insistant sur un meilleur accord et en maintenant la pression sur un régime très vulnérable, compte tenu notamment du récent effondrement des prix du pétrole", a-t-il expliqué. NETANYAHU DÉPLORE QUE CERTAINS AIENT POLITISÉ SA DÉMARCHE Dans une interview accordée lundi à l'agence Reuters, Barack Obama, qui ne devrait pas voir Netanyahu lors de son séjour à Washington, déclarait que l'Iran devait s'engager à geler, de façon vérifiable, ses activités atomiques pendant au moins dix ans pour qu'un accord définitif soit conclu sur la question de son programme nucléaire qui empoisonne les relations internationales depuis l'été 2002. (voir ID:nL5N0W45DR ) Netanyahu lui a répondu en estimant qu'une levée des restrictions sur le programme nucléaire dans un horizon de dix ans était précisément l'une des raisons pour lesquelles cet accord potentiel serait néfaste. "Si l'accord en cours de négociation est accepté par l'Iran, il ne l'empêchera pas de mettre au point des armes nucléaires, il ne fera au contraire que garantir que l'Iran se dotera d'armes nucléaires", a-t-il poursuivi. "Cet accord ne sera pas un adieu aux armes, mais un adieu au contrôle des armes et un compte à rebours avant un potentiel cauchemar nucléaire", a-t-il ajouté. Les circonstances de son intervention ont suscité une vive controverse aux Etats-Unis et fragilisé les relations avec Washington. "Je regrette profondément que certains considèrent ma présence ici comme politique. Cela n'a jamais été mon intention", a déclaré Netanyahu devant une assemblée où ont manqué jusqu'à 60 des 232 élus démocrates du Sénat et de la Chambre des représentants. L'IRAN PARLE D'UN "DISCOURS ENNUYEUX ET RÉPÉTITIF" Netanyahu avait été invité par le républicain John Boehner sans consultation avec la Maison blanche, et Obama a refusé de le recevoir en invoquant la trop grande proximité des élections législatives israéliennes, le 17 mars. Pas question, a-t-il expliqué, de donner l'impression de s'immiscer dans la campagne électorale. Ainsi que la Maison blanche l'avait suggéré, le président démocrate n'a même pas suivi le discours à la télévision, se contentant d'en lire une transcription. Nancy Pelosi, qui dirige le groupe démocrate à la Chambre des représentants, a indiqué pour sa part qu'en tant qu'amie d'Israël, elle avait par moments eu les larmes aux yeux en écoutant un discours qui, a-t-elle dit, était "une insulte à l'intelligence des Etats-Unis" et était empreint de "condescendance quant à notre degré de connaissance de la menace posée par l'Iran". De nombreux Israéliens s'inquiètent d'une éventuelle politisation des relations avec Washington alors que les dirigeants israéliens s'attachent traditionnellement à respecter une stricte égalité dans leurs rapports avec les démocrates et avec les républicains américains. "La triste vérité, c'est qu'après les applaudissements, Netanyahu reste seul, Israël est isolé et les négociations avec l'Iran continueront sans implication israélienne", a commenté Isaac Herzog, chef de file de l'Union sioniste, la liste de centre gauche au coude-à-coude avec le Likoud de Netanyahu dans les sondages. Sur CNN, le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif a estimé que Netanyahu tentait de créer de la tension et du conflit pour éviter que les négociations sur le nucléaire iranien aboutissent. Cité par l'agence de presse iranienne Irna, le porte-parole de son ministère a indiqué par la suite que "le discours du Premier ministre du régime sioniste avait été ennuyeux et répétitif (...) et s'inscrivait dans le cadre de la campagne électorale des partisans de l'intransigeance à Tel Aviv". (Avec Roberta Rampton et Doina Chiacu; Eric Faye et Henri-Pierre André pour le service français)
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