Dévaluation du yuan : simple feu de paille ou risque persistant ?

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La dévaluation du yuan s'est arrêtée depuis vendredi. Le mouvement est-il terminé ou va-t-il reprendre ?
La dévaluation du yuan s'est arrêtée depuis vendredi. Le mouvement est-il terminé ou va-t-il reprendre ?

La dévaluation du yuan décidée la semaine dernière a beaucoup agité les marchés. Néanmoins, les dévaluations successives sont désormais terminées et plusieurs économistes relativisent l’ampleur de leur impact. Les inquiétudes sur ce sujet n’étaient-elles qu’un feu de paille ?

C’était une surprise totale. « Entre le 10 et le 13 août, la banque centrale chinoise a relevé par trois fois le centre de la fourchette de fluctuation autorisée du Renminbi [yuan] face au dollar, mouvement qui s’est traduit par une dépréciation de 4,4% de la devise chinoise face au billet vert », rappelait lundi soir Aurel BGC dans une note hebdomadaire.

Etrangement, ce sont surtout les marchés européens qui ont accusé le coup suite à la dévaluation chinoise. Aux Etats-Unis, le choc a été moindre sur les marchés. Christian Parisot et Jean-Louis Mourier, économistes chez Aurel BGC, remarquent ainsi une « différence de réaction entre les bourses américaines, qui ont terminé la semaine en hausse, et celles de la zone euro, qui ont perdu entre 0,4% (…) et plus de 4,5% », avec un indice global Eurostoxx en contraction de 3,4%.

Les deux économistes poursuivent : « les réactions des marchés boursiers, en particulier européens, semblent démesurés au regard de l’ampleur de la dévaluation de la devise chinoise. Si la baisse du taux de change du yuan devait en rester là, il ne faudrait pas en attendre d’impact significatif sur les échanges internationaux chinois et sur la concurrence entre producteurs chinois et leurs concurrents étrangers. Il reste que l’annonce des autorités chinoises a surpris par sa brutalité ».

Deux scénarios possibles pour les semaines et mois à venir

Cette « brutalité » s’est traduite par une certaine surprise pour les investisseurs. Surprise de la première dévaluation, surprise de la seconde dévaluation dès le lendemain, mais aussi surprise de l’arrêt soudain de cette politique : vendredi 14 août, les autorités chinoises avaient même fait machine arrière en revalorisant légèrement leur monnaie. D’où une interrogation sur les motivations profondes de la banque centrale chinoise.

« Si ce mouvement [de dévaluation] vise à rétablir la compétitivité des entreprises chinoises, entamée par l’envol de leurs coûts salariaux et par la forte dépréciation des devises de plusieurs économies émergentes ces derniers mois, le mouvement est appelé à se poursuivre. Ce qui a été fait du 11 au 13 août ne suffira pas », expliquent Christian Parisot et Jean-Louis Mourier, qui rejoignent ainsi sur ce point l’avis émis la semaine dernière par l’économiste Véronique Riches-Flores, qui expliquait que « l’économie chinoise ne s’en tirera pas avec une dévaluation symbolique ».

Néanmoins, il se pourrait que cette dévaluation n’ait pas comme but premier d’accélérer les exportations chinoises. Les autorités chinoises semblent en effet surtout motivées par l’envie de rendre le yuan plus flexible à l’avenir face aux autres monnaies, de manière à satisfaire les demandes du FMI à ce sujet. « S’il s’agit d’un nouveau pas vers une plus grande convertibilité du yuan et une libéralisation du système de taux de change, la dépréciation à venir de la devise chinoise pourrait être plus limitée », remarque ainsi Aurel BGC. Cette deuxième option semble désormais crédible, puisque la banque centrale chinoise a arrêté depuis vendredi dernier de dévaluer sa monnaie.

« Dans tous les cas, il est compréhensible que les investisseurs aient réagi négativement dans un premier temps. Cela n’explique, en revanche, toujours pas la sous-performance des indices européens. L’un des éléments d’explication réside dans les relations commerciales, entre les zones. La Chine importe considérablement plus d’Europe (plus de 17% en 2014) que d’Amérique du Nord (9%) ou, a fortiori, des Etats-Unis (8%) », avance Aurel BGC.

« Beaucoup de bruit pour rien » (Paul Jackson)

Pour sa part, Paul Jackson relativisait également lundi l’importance de la dévaluation chinoise. Le directeur de la recherche économique de la société d’investissement Source rappelait en effet que l’euro s’est quant à lui dévalué de 25% face au dollar depuis un an, ce qui n’a pas pour autant bouleversé le commerce mondial. À côté de cela, la dévaluation de 4,4% du yuan reste relativement anodine.

« Vu sous cet angle-là, le ton dramatique qui a caractérisé certains commentaires autour de la dévaluation (…) du yuan chinois la semaine dernière est pour le moins stupéfiant. Il ne serait guère étonnant de voir le couple dollar/yuan remonter à 7.00 [contre environ 6.4 aujourd’hui], mais les répercussions générales de cet arbitrage devraient s’avérer limitées », estime-t-il.

Paul Jackson admet néanmoins que la dévaluation chinoise n‘est pas neutre pour tout le monde. « Les grands perdants de ce rebondissement seront ceux qui ont des intérêts commerciaux significatifs en lien avec la Chine, principalement certains des pays voisins et des secteurs tels que les ressources naturelles, l’automobile et l’industrie lourde ».

Enfin, pour lui, la décision chinoise aura bel et bien un impact sur la politique monétaire américaine. « Avec une nouvelle monnaie en baisse par rapport au billet vert, la Réserve Fédérale américaine n’a aucun intérêt à se précipiter dans la prochaine hausse des taux d’intérêt, et nous continuons à estimer que ce « décollage » se fera plutôt en décembre qu’en septembre », explique-t-il.

X. Bargue (redaction@boursorama.fr)

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